Les Origines de la paroisse
Le quartier
A la fin du XVIe siècle, l’actuel Faubourg Saint-Germain dépend de l’Abbaye de Saint Germain des Prés et n’est pas encore englobé dans Paris. Il se présentecomme un espace champêtre, peu habité, comportant labours, prairies, vignes, moulins et hameaux.
De la place de la Croix-Rouge part, à l’ouest, une route vers le village de Grenelle. Plus au nord, un chemin de terre dit « chemin aux vaches » conduit de l’abbaye aux prairies situées le long de la Seine. Un charroi nord-sud coupe ces deux voies, conduisant des carrières de pierre situées au sud de Paris vers un bac construit en 1550 sur la Seine, face au château des Tuileries.
Marguerite de Valois acquiert les terrains longeant la Seine pour y construire un hôtel particulier. Agrémentée d’un grand parc ombragé, ouvert au public, cette propriété s’étend vers l’ouest jusqu’à l’actuelle rue de Bellechasse.
L’université possède à côté de cet ensemble un vaste terrain, ‘le Pré aux clercs’, où les étudiants peuvent venir se détendre.
C’est à l’angle du charroi conduisant vers le bac et du ‘chemin aux vaches’ qu’en 1631 les Dominicains achètent à l’Abbaye de Saint Germain des Prés un « terrain spacieux de 9 arpents » (environ 3 hectares), avec une petite maison et un grand jardin.
Les Dominicains à paris sous l’ancien régime
L’ordre des dominicains est fondé au début du XIIIe par Saint Dominique. Celui-ci, né dans la province de Burgos (Espagne) vers 1170, est frappé lors d’un voyage dans le Languedoc par les progrès de l’hérésie albigeoise. Ne voulant pas s’associer à la croisade guerrière, il préfère combattre cette hérésie par une prédication pacifique. A cet effet, en 1215, il réunit à Toulouse quelques compagnons désireux, comme lui d’être des prédicateurs de la vraie foi.
Les statuts de l’ordre, fixés en 1216 à Bologne, prescrivent la ‘pauvreté mendiante’ et la ‘prédication’, d’où le nom de ‘Frères Prêcheurs’.
Dès 1218, les Frères prêcheurs s’installent à Paris, sur la route de Saint Jacques de Compostelle (carrefour actuel de la rue Saint Jacques et de la rue Soufflot). Leur chapelle est dédiée à Saint Jacques le Majeur, d’où le nom de Jacobins également donné aux Dominicains et à leurs couvents.
En 1612, les ‘jacobins réformés’ fondent près des Tuileries le couvent de l’Assomption (actuellement rue et place du Marché Saint Honoré), qui sera occupé pendant la Révolution par la ‘Société des Amis de la Constitution’, faction politique plus connue sous le nom de ‘Club des Jacobins’.
En 1631, l’ordre décide d’établir un Noviciat Interprovincial à Paris, sur le Terrain acquis de l’Abbaye de Saint Germain des Prés. Les religieux construisent une première chapelle et érigent, en bordure de la rue du Bac et du ‘chemin aux vaches’, qui bientôt prendra le nom de rue Saint Dominique, dix-sept maisons de rapport : ce faisant, ils vont donner sa configuration actuelle au quartier en formant ce qui deviendra le carrefour ‘Bac – Saint Germain’.
Rayonnement du Noviciat Favorisé par le Cardinal de Richelieu, la nouvelle fondation assure la formation assure la formation de nombreux novices dont un grand nombre est dirigé vers les Antilles Françaises puis la Guyanes, dans le cadre de la politique missionnaire du Cardinal.
Un large travail d’érudition est concrétisé par l’édition, au cours du XVIIIe siècle, des 15 volumes des ‘Années Dominicaines’ qui relatent l’histoire de l’ordre et des 6 volumes du ‘Dictionnaire Universel des Sciences Ecclésiastiques’.
Ce couvent possède alors une bibliothèque de 14 000 volumes.
Trois frères Dominicains se sont illustrés dans le domaine artistique :
Le frère Romain (1646-1735)
Architecte mandaté par Louis XIV pour réaliser les plans du Pont Royal.
Le frère André (1662-1732)
Peintre de grand talent qui, après un séjour à Rome, est chargé de décoré la chapelle et le couvent.
Le frère Claude (1697-1774), à qui l’on doit la façade de l’église.
Contexte religieux et développement du quartier aux xviie et xviiie siècles Au milieu du XVIIe siècle, la France, avec les derniers soubresauts de la guerre de Trente ans, se relève des troubles des guerres civiles du XVIe. L’application des décisions de la Contre-Réforme et du Concile de Trente permet à l’Eglise de France de se rénover.
Canoniquement, le quartier –consacré à l’Assomption- fait partie de la paroisse Saint-Sulpice ayant alors pour curé le très influent Père Olier (1608-1657).
Saint Françoisde Sale et Saint Vincent de Paul ont également une profonde influence sur la formation religieuse des habitants de la paroisse.
Après le décès de Margueritte de Valois (1615) ses jardins disparaissent : le quai de la Grenouillère est aménagé et de nouvelles voies sont créées à la suite du lotissement des terrains.
Le XVIIe siècle est celui de nombreuses fondations monastiques et hospitalières dans le quartier. Certaines ont disparu, d’autres ont reçu une nouvelle destination :
Les Petits Augustins, près de l’Hôtel de la Reine Margot, devenus l’Ecole des Beaux-Arts.
Les Carmes, actuellement l’institut Catholique.
Les Benardines de Pentemont devenues temple protestant.
Le séminaire des Missions Etrangères de la rue du Bac.
Au XVIIIe siècle on construit dans le secteur plus d’hôtels particulier que de cloître ou d’hospice : plus de 300, dont 100 subsistent encore aujoud’hui.
La chapelle s aint dominique En 1682, la chapelle Saint Dominique (église actuelle) est construite sur les plans de l’architecte Pierre Bullet.
A cette époque l’architecture religieuse de style classique est influencé par l’art baroque italien. La chapelle Saint Dominique de la rue du Bac, de dimensions réduites, est de la même inspiration architecturale que les chapelles Saint Joseph des Carmes, Notre Dame des Victoires et l’église Saint Roch.
L’ensemble de la chapelle s’insère dans un grand rectangle : l’intérieur présente la forme d’une croix latine, le transept, sans débordement, se situant dans le prolongement des bas-côtés de la nef.
L’implantation nord-sud de l’église du terrain et à une recherche de perspective face à l’Hôtel de Luynes, détruit lors du percement du boulevard Saint Germain. A l’époque, une allée plantée d’arbres conduisait à l’entrée principale rue Saint Dominique.
En 1722, pour la commodité et le recueillement des religieux, envahis dans leur chapelle par les habitants du quartier, toujours plus nombreux, est édifié, derrière le maître autel, un sanctuaire privé qui deviendra la Chapelle Saint Louis en 1824.
Les batiments conventuels
Ceux-ci furent construits de 1735 à 1739, et comprenaient un cloître voûté à 4 faces sur lesquelles s’élevaient plusieurs étages pour les chambres des religieux.
Aujourd’hui encore, on y accède par un vaste escalier en pierre, remarquable par sa majestueuse révolution, sa rampe en fer forgé et les voussures de pénétration.
Atour du cloître, s’étendaient le réfectoire des frères et 4 salles ornées de boiseries, destinées aux récréations des novices et à la réception des visiteurs. La bibliothèque occupait une partie du premier étage.
Derrière ce couvent, un jardin, une grande cour plantée et des dépendances complétaient l’ensemble.
De la chapelle de saint dominique à l’eglise paroissiale saint thomas d’aquin (1789-1802)
Par décret du 2 novembre 1789, l’Assemblée Nationale Constituante met les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation. La loi du 13 février 1790 prohibe les vœux monastiques et prononce la suppression des Ordres et des Congrégations.
Les Dominicains des trois couvents parisiens, restés fidèles à leurs vœux, se regroupent au noviciat de la rue du Bac, assistants, impuissants à l’inventaire et au pillage de leurs biens. Ils sont dispersés en 1793.
Entre temps, les bâtiments conventuels du noviciat et la chapelle Saint Dominique sont affectés au Ministère de la Défense pour devenir une manufacture d’armes.
Le 4 février 1791, restructurant les paroisses, l’Assemblée Nationale Constituante disjoint la destination des bâtiments conventuels de la chapelle et érige en paroisse ‘les Jacobins de Saint Dominique sous la dénomination de Saint Thomas d’Aquin, patron de la dite église’, Saint Dominique étant récusé pour avoir vécu l’inquisition.
En mars 1791, l’abbé Latyl est élu curé constitutionnel et l’abbé Laurent, vicaire. L’abbé Latyl est arrêté puis guillotiné le 23 juillet 1794.
L’église est fermée en décembre 1793. Réouverte le 15 juillet 1795, l’abbé Laurent devient ‘chef du culte’ mais les bâtiments sont délabrés : ‘vitres brisées, grilles déferrées, chaire arrachée, maître-autel en morceaux…’.
En 1796, les bâtiments conventuels cessent d’être un arsenal et deviennent le premier musée militaire qui, transféré à l’Hôtel des Invalides, laissera place au ‘Comité d’artillerie’. Malgré les efforts des dominicains, sous la Restauration pour récupérer leur couvent les locaux sont toujours, en l’an 2004 affectés au Ministère de la Défense.
En décembre 1797, un arrêté de la municipalité prescrit, pour l’église Thomas d’Aquin’ le culte catholique jusqu’à 11 heures, le culte des théophilanthropes des 11h30 à 15 heures, puis les cérémonies civiques.
Le 12 juillet 1798, l’abbé Laurent est arrêté et déporté sur l’île de Ré ; le même jour le directoire fait fermer l’église. Mais, le 7 août elle est réouverte au profit seuls des Théophilanthropes qui, en octobre, la consacre à la Paix, puis renonce à y célébrer le culte.
L’église restera fermée 18 mois sauf quelques semaines en juillet-août 1799 pour devenir le lieu de réunion du club des néo-jacobins.
En janvier 1800 l’église est réouverte : l’abbé Laurent, de retour de déportation, redevient ‘chef du culte’ : le 14 août 1800 marque la fin des célébrations civiques et profanes, les objets servant aux fêtes décadaires étant remis en mairie.
Après la signature du Concordat, une ordonnance canonique du Cardinal de Belloy, archevêque de Paris, érige le 7 mai 1802 l’église Saint Thomas d’Aquin en paroisse confiée à l’abbé Charles Ramon de Lalande, premier curé catholique.
L’ Eglise Saint Thomas d’Aquin
La Façade
L a façade de style ‘jésuite’ ne fût érigée qu’en 1766 ; elle comporte une partie centrale élevée de deux étages et de deux parties latérales plus basses.
La partie centrale, correspondant à la nef, possède deux groupe de colonnes superposées :
- Au premier niveau les colonnes sont couronnées de chapiteaux d’ordre dorique, et encadrent une grande porte en plein-cintre décorée de l’arche d’alliance sculptée par Butteux (1769).
- Au dessus de l’archivolte de cette porte deux anges, sculptés par Louis Dumas (1867), tiennent une palme et une couronne.
- Au niveau supérieur de la baie en plein-cintre, élevée au-dessus d’une balustrade et surmontée d’un écusson orné de feuilles d’acanthe, est encadrée de colonnes ioniques.
- L’entablement qui sépare les deux étages offre une frise dorique agrémentées de triglyphes qui alternent avec des métopes décorées d’attributs divers (cœurs enflammés, flèches de carquois, roues de supplice, faisceaux, couronnes de laurier, palmes, épées francisques).
La partie supérieur de l’édifice est couronnée d’un fronton triangulaire, surmonté d’une croix, dont le tympan est occupé par un bas-relief : La Religion, appuyée sur la Vérité, face aux tables de la Loi, tient un calice rayonnant surmonté d’une hostie.
Les deux parties latérales comportent chacune une porte surmontée d’un bas-relief :
- A gauche, la Vierge donnant le rosaire à Saint Dominique, œuvre de Théodore Gruyère (1827).(17)
- A droite, le Christ louant Saint Thomas d’Aquin pour sa doctrine, œuvre de Victor Vilain (1867).(28)
Enclavées dans des propriétés et les bâtiments conventuels, les façades latérales sont dépourvues de décoration.
La nef
L a grande nef comprend quatre travées, en avant du transept, chacune séparée par des pilastres d’ordre corinthien entre lesquels s’ouvrent des arcades en plein-cintre dont les clefs sont ornées de feuilles d’acanthe et de guirlandes de fleurs. Dans les espaces laissés libres, de chaque côté des archivoltes, sont également sculptées des guirlandes de fleurs et de fruits.
Ces pilastres sont couronnés par un entablement avec corniche à modillons, denticules et rosaces, sur laquelle s’appuient les sommiers d’une voûte en plein-cintre. De large fenêtres, munies de verres blancs, font pénétration dans la voûte et éclairent la grande nef, la contre réforme recommandant plus de clarté dans les édifices religieux.
Les différentes travées des collatéraux, formant les bas-côtés, sont recouvertes de petites coupoles sur pendentifs, appuyés sur quatre arcs plein-cintre. Dans chacune des travées se trouve un autel surmonté d’une toile peinte. Avant la Révolution, ces autels étaient protégés par des grilles et de somptueux cénotaphes en marbre ornaient ces petites chapelles.
Le transept
A la croisée du transept, la voûte est surmontée d’une coupole sur pendentifs. Coupole, pendentifs et plafond du transept sont revêtus de peintures sur toile marouflée dues à Blondel en 1845.
Au deux extrémités des bras de la croix s’élèvent des chapelles. Les retables servent d’encadrement à une niche qui abrite une statue, à gauche la Vierge, à droite Saint Vincent de Paul.
Le chœur
Celui-ci occupe un hémicycle qui commence immédiatement après le transept, dont il est séparé par une balustrade en pierre.
L’ouverture sur la chapelle absidiale, encadrée d’une draperie peinte en blanc soutenue par des anges dorés et des têtes de chérubins ailés également dorés, forme un grande Gloire portant, au centre du triangle, en lettre hébraïque, le mot ‘YAHVE’.
Au dessus du chœur, les arcs, également décorés de rinceaux dorés, surplombent le maître-autel construit sur les dessins de Guenepin en 1828.
La chapelle absidiale : « le chœur des religieux »
(qui deviendra ‘chapelle Saint Louis en 1824)
Sanctuaire privé édifié en 1722, la chapelle était revêtue jadis d’un beau lambris, avec une double rangée de stalles que décoraient des sculptures de François Roumier et des peintures du Frère André. De cette décoration première, il ne subsiste aujourd’hui qu’un plafond de François Lemoyne représentant la Transfiguration.
Au dos de la gloire, figure un bronze représentant la vision de Saint Jean dans l’Apocalypse : l’agneau mystique reposant sur le livre aux spet sceaux.
La sacristie
La sacristie possède des boiseries en chêne d’époque Louis XIV, qui comptent parmi les plus belles conservées dans les églises parisiennes, tant par l’ingénieuse disposition des panneaux chantournés que par la qualité des ornements sculptés.
Tribune de l’orgue
Au dessus de la porte d’entrée, un grand arc en anse de panier franchit toute la largeur de la nef et supporte la tribune de l’orgue bordée par une balustrade.
Le grand orgue de saint thomas d’aquin
Le Grand orgue de Saint Thomas d’Aquin est dû à François-Henri Cliquot, qui le termina en 1771. Dans un buffet exécuté en 1769 par François-Charles Butteaux, cet instrument de 16 pieds était composé de 38 jeux répartis en 4 claviers et pédalier, alimenté par 5 soufflets et doté de 2 timbales en bois. La façade du ‘grand corps’ comportant 5 tourelles et 4 plates faces, la façade du positif, 3 tourelles et 2 plates faces.
En 1795 (arrêté du 29 floral an III / 18 mai 1795), on procéda au démontage complet de l’instrument (buffet, tuyaux et mécaniques), qui fut transporté au Panthéon afin d’y être remonté, enrichi de l’orgue des ‘ci-devant bénédictins anglais’ de la rue Saint-Jacques (actuellement Schola Cantorum) construit par Robert Cliquot en 1685. Ce projet resta sans suite.
En 1802, année de l’érection canonique de l’église en paroisse, Pierre Dallery remonta dans son lieu de construction, mais avec d’importantes modification, l’orgue de F.H. Cliquot qui comportant désormais 32 jeux et 3 claviers.
Aucun travail important ne fut exécuté durant la première moitié du XIXème siècle sinon un relevage par P. Dallery en 1842.
En 1861, l’abbé Debeauvais, curé de la paroisse, averti de l’urgence d’une restauration et désireux par ailleurs de transférer le ‘chœur de chant’ dans la tribune du grand orgue, décida de confier cette tâche au célèbre facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll qui entreprit une restructuration complète de l’instrument : suppression du positif de dos, déplacement du grand buffet d’un mètre, transformation complète de la mécanique, dotée d’une machine Barker, construction d’une nouvelle console de 3 claviers, redistribution du matériel sonore ancien réparti sur 34 jeux. De Cliquot, 2 jeux seulement furent conservés.
En 1968, une restauration fut confiée par la ville de Paris, maître d’œuvre, à Kurt Schwenkedel, qui, s’inspirant du cahier des charges proposa une reconstruction de l’instrument dans une esthétique classique en réutilisant une grande partie de la tuyauterie. Le positif de dos fut reconstitué, le grand buffet avancé d’un mètre ; la console dite ‘en fenêtre’ de 4 claviers manuels dont les notes étaient actionnées mécaniquement, recouvra sa place primitive. Ces travaux, effectués grâce à une souscription à laquelle répondirent nombre de généreux donateurs de la paroisse, furent achevés en décembre 1971.
En 1994, à la suite des travaux de nettoiement de l’intérieur de l’église, Mülheisen effectua une remise en état portant sur l’amélioration du toucher et l’égalisation de l’ensemble des fonds, des pelins-jeux et des anches.
L’orgue de Saint Thomas d’Aquin est désormais l’un des orgues parisiens les mieux adaptés à l’interprétation de la musique baroque.