Paroisse Saint Thomas d'Aquin
 Paroisse Saint Thomas d'Aquin

           Homélies du dimanche  2018

Homélie 1er Dimanche de l’ AVENT, Année C, 2 décembre 2018 : Luc 21, 25-28.34-36

 

Dans la continuité de la Fête du Christ Roi de l’univers, et du dialogue entre Jésus et Pilate sur le sens de cette royauté, le Seigneur Jésus nous parle aujourd’hui de sa venue définitive, alors que nous entrons dans ce Temps liturgique de l’Avent qui nous oriente vers la Fête de Noel. 

Il est intéressant de noter que cet enseignement est tenu juste avant la Passion et la mort de Jésus. Parler ainsi de son retour dans la Gloire a d’autant plus de force et vise à former les disciples et la communauté chrétienne pour traverser l’épreuve du temps. Le discours est une affirmation dans la continuité des oracles prophétiques, comme celui de Jérémie, et le genre apocalyptique participe à la transmission de cette certitude du Retour du Christ.

Au fond, Jésus nous dit cette chose simple, conséquence de sa royauté divine :

Parce qu’il est déjà venu en la nuit de Noel et qu’il est le Fils éternel de Dieu, il reviendra naturellement dans sa Gloire pour tout rassembler. Et si ce retour de Jésus s’accompagnera sans doute de signes spectaculaires, il les mentionne, non pour nous faire peur, mais pour dire de nous préparer à sa rencontre. D’ailleurs, nous pouvons considérer que les signes nous les avons. Que nous faudrait-il de plus lorsque nous considérons l’état du monde ? Quel signe attendre encore pour démontrer l’urgence de la conversion ?

En fait, les signes spectaculaires sont une manière de dire que le Seigneur va tout rassembler, tout accomplir parce qu’il est le Seigneur de la création et de l’histoire et donc qu’il est le Maître de toutes les puissances de ce monde. C’est pour cela d’ailleurs qu’il nous dit aussi de ne pas nous affoler, de rester concentrés en quelque sorte.

S’il est venu en la nuit de Noel pour faire de nous ses frères et sœurs, et si par conséquent il reviendra, c’est pour nous rencontrer. Mais cette rencontre n’est possible que si nous la désirons et donc si nous attendons Jésus. Nous savons bien que si nous ne voulons pas voir quelqu’un, nous pouvons l’éviter, le contourner, le fuir, et même, nous pouvons voir quelqu’un, lui dire bonjour poliment mais en fait la rencontre n’a pas vraiment eu lieu parce que nous n’y avons pas mis notre cœur, et que cette personne ne nous intéresse pas !

Voilà le problème sans doute, bien des fois nous faisons les choses par intérêt, pour savoir ce que cela va nous rapporter. Or, Jésus veut nous faire entrer dans le Royaume de son amour éternel et pour cela, notre cœur a besoin d’être préparé, ajusté. C’est le cas si nous attendons en veillant dans la foi et le temps nous est un allié.

Les Pères de l’Eglise et les grands spirituels ont distingué les différentes venues du Christ. Par exemple le Bienheureux van Ruusbroec qui écrit dans Les Noces spirituelles : « Lors du premier avènement, il se fit homme à cause de l'homme, par amour. Le second avènement a lieu tous les jours, souvent et en mainte occasion, dans chaque cœur qui aime, accompagné de nouvelles grâces et de nouveaux dons, selon la capacité de chacun. Dans le troisième avènement, l'on considère celui qui aura lieu le jour du Jugement ou à l'heure de la mort... »

 

 

Alors évidemment celui qui n’est pas prêt, celui qui ne se laisse pas saisir pas cet appel à aimer de tout son cœur, risque d’être surpris. La rencontre avec Jésus risque bien de le gêner, de lui faire peur. Avoir peur de Dieu, c’est rester enfermé dans son péché ! Souvenons-nous de la réaction d’Adam et Eve, après avoir gravement péché contre Dieu et se cachant à sa venue.

Que ce Temps de l’Avent soit, frères et sœurs, une occasion nouvelle de disponibilité, d’attention à la présence de Jésus sauveur, spécialement dans l’Eucharistie. Occasion nouvelle pour aimer davantage, d’un amour intense et débordant, pour affermir nos cœurs, en suivant l’appel à la sainteté que le Seigneur nous lance, en faisant de nouveaux progrès. Ne remettons pas la réponse à cet appel à plus tard car le Seigneur est là, il vient, il ne cesse de venir dans nos journées, souvent à travers les autres. Faisons donc de nos rencontres des occasions de grâce et de manifestation de la joie de Dieu. Car il est déjà venu dans l’humilité mais il reviendra avec puissance et grande gloire. Amen.

Jérôme Angot, curé

Son Eminence le Cardinal Franc Rodé

Fête du Christ Roi

Paris, 25. novembre 2018

 

1. L’année liturgique s’achève avec la solennité du Christ Roi, a qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre, comme l’affirme le prophète Daniel. En effet, Dieu a remis au Fils de l’homme un pouvoir éternel, gloire et royaume indestructible sur les peuples, les nations et les langues. Pouvoir réel, mais comme voilé, qui ne sera manifeste pleinement qu’à la fin des temps, lorsque « l’on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24,30).

2. Ce pouvoir réel, mais qui ne se manifestera qu’à la parousie, c’est-à-dire, à la fin de l’histoire, quelle influence exerce-t-il sur le temps présent, quel est son impact sur le devenir de l’histoire ? L’entretien entre Jésus et Pilate, rapporté par l’évangile de Jean, nous apporte la réponse.

Et pour commencer, il nous aide à bannir toute ambiguïté à une fête, marquée par la mentalité de l’époque où elle fut instituée. C'est, en effet, Pie XI qui, en 1925, par l'encyclique Quas primas introduit dans le calendrier liturgique la fête du Christ-Roi, avec l’intention de renforcer et approfondir l’influence de l’Eglise dans tous les secteurs de la société, rerum civilium imperium. De la conversation entre Jésus et Pilate il se dégage que la royauté de Jésus n’est absolument pas la rivale du pouvoir politique, contrairement à ce que pensent les autorités juives et romaines, qui s’en inquiètent.

On peut se demander pourquoi ils la craignent et s'y opposent, puisque Jésus affirme clairement que son royaume est tout à fait en dehors des schémas de ce monde. « Mon royaume n'est pas de ce monde, mon royaume n'est pas d'ici. » Un royaume qui n'a pas son origine dans le monde et ne se régit pas sur les principes terrestres. Il vient d'ailleurs et il est construit sur d'autres valeurs.

Où est la différence? Voici la réponse de Jésus: « Si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne soit pas livré aux juifs. » La différence est que Jésus refuse de se servir pour soi de la puissance royale dont il dispose, et ne recourt pas aux moyens de ce monde: les armes, la force, la violence, tout en sachant à quoi il s'expose en y renonçant. C'est qu'il ne considère pas sa propre vie comme le bien suprême, ou comme la raison-d ‘Etat à laquelle tout doit être sacrifié. En fait, sa puissance royale se manifeste paradoxalement par la croix, c’est par la faiblesse de la croix que se manifeste la force de Dieu, car « ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Cor 1,25), dit saint Paul. 

Une deuxième affirmation de Jésus nous éclaire encore mieux sur la nature de sa royauté : « Je suis roi, je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage de la vérité. » La royauté du Christ est soumise aux exigences de la vérité, c’est-à-dire, à la volonté de Dieu sur le monde, à son dessein d’amour sur l’homme, à toutes les valeurs qui constituent le message évangélique : la justice, la liberté, l’amour, la paix. La royauté de Jésus est toujours au service de la vérité, elle ne peut être sacrifiée à la raison-d ’Etat.

3. Sous quelles conditions peut-on accepter sa royauté ? « Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix », répond Jésus. Pour comprendre sa royauté, pour s’ouvrir à son message, il faut choisir la vérité, être de la part de la vérité, être de la part de Jésus, car il affirme « je suis la vérité et la vie ».

Nous touchons là un point essentiel, il y va de l’humanité de l’Homme, de sa santé spirituelle. Choisir le camp de la vérité, se mouvoir dans l’espace de la vérité, vouloir la vérité par-dessus tout, c’est la condition de la santé spirituelle.

Qu ’est-ce à dire ?  Notre esprit peut-il tomber malade ? Oui. Le corps devient malade lorsqu’il absorbe quelque chose de nocif, ou lorsqu’il contrevient aux lois de la nature. S’il veut guérir, il lui faut éliminer les toxines et rétablir l’ordre. Comment l’esprit peut-il tomber malade ? Nous ne parlons pas ici des maladies mentales, qui sont des maladies du système nerveux, ou proviennent d’une affection de la sensibilité ou di une malformation somatique. Une véritable maladie de l’esprit se produit lorsque sont menacées les sources mêmes de la vie de l’esprit : la vérité et la justice. L’esprit tombe malade lorsqu’il s’écarte de la vérité. Non encore lorsqu’il ment. Dans ce cas il s’expose au danger, mais il peut se retrouver dans le repentir. L’esprit tombe malade lorsqu’il s’éloigne intérieurement de la vérité, lorsqu’elle ne compte plus rien pour lui, lorsqu’il fait fi de la vérité pour arriver à ses fins, lorsqu’elle n’est plus perçue comme obligatoire. Un tel homme n’apparait pas forcément comme malade. Sa vie peut avoir l’apparence d’une réussite, mais l’ordre intérieur est bouleversé, son échelle de valeurs faussée. In ne distingue plus le but et les moyens pour y arriver.

Pour guérir il faut choisir la vérité et rejeter le mensonge. Et Jésus ajoute : « écouter sa voix », accueillir sa parole, accepter son royaume de vérité et de justice.

4. Celui qui se met du côté de la vérité, sera capable d’entendre la voix du Christ. Et celui qui ne connait pas le Christ ? S’il écoute sa conscience qui est l’antenne de Dieu dans l’homme, sera capable de choisir la vérité, et en choisissant la vérité, sans le savoir, il aura choisi le Christ. Et avec le Christ la santé de l’esprit.

Le Christ nous invite à écouter sa voix, et la condition de sa possibilité est l’acceptation de la vérité. Une invitation qui fait appel à notre liberté, à notre conscience, car Dieu respecte l’homme. Pas d’imposition, pas de violence, pas de manipulation, mais l’invitation à accueillir librement la parole dans la responsabilité personnelle.

5. L’évangile de ce dimanche nous présente deux attitudes devant la vérité : Jésus et Pilate.

D’une part Jésus qui est inconditionnellement fidèle à la vérité et ne la renie même au prix de sa vie. D’autre part Pilate, au service d’un pouvoir politique qui, certes, reconnait une certaine valeur à la vérité, mais non au point d’y sacrifier ses intérêts. Pilate est convaincu de l’innocence de Jésus, mais il le condamne parce que la raison-d Etat l’exige. Il sauve sa carrière et l’ordre publique, mais il sacrifie la justice et la vérité.

A propos de l’affaire Dreyfus Charles Péguy écrivait : «Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, si elle est universellement, commodément, légalement acceptée, suffit à déshonorer tout un peuple».

La vérité, dans sa faiblesse, peut être ignorée, sacrifiée par les puissants, mais, comme chez le Christ, elle s’impose et elle sauve l’honneur d’un peuple et assure sa santé spirituelle. 

Homélie Vigile pascale, année B : Evangile selon saint Marc 16, 1-7

 

En cette nuit, l’Église nous invite à revivre l’aventure surprenante des femmes qui se rendent de grand matin au sépulcre, à partager leurs sentiments et à les suivre dans leur chemin de conversion, au-delà des doutes et des craintes qui les habitent.

 

Alors qu’elles marchent, alourdies par la tristesse, portant des parfums qu’elles ont préparés pour embaumer le corps de Jésus, Marie Madeleine et les autres sont résignées. Elles vont au tombeau pour voir un mort. Elles ne se font pas d’illusion sur l’utilité de leur geste : répandre du parfum sur un cadavre ne sert à rien pour celui qui est mort ; l’utilité est pour ceux qui restent et qui veulent exprimer leur respect et leur affection.  Pourtant, ce n’est plus la même chose. Le lien est rompu. Une béance s’est installée, infranchissable, celle qui existe entre la vie et la mort, à l’image de cette pierre très grande qu’il faut rouler pour ouvrir le tombeau.

 

Arrivées à la tombe, elles trouvent que la pierre est déjà roulée et de plus, le corps de Jésus a disparu. Amère surprise, quand on sait l’importance pour les proches de pouvoir venir auprès de leurs défunts, de retrouver les corps quand ils ont disparu et de pouvoir se recueillir au cimetière ou dans un lieu approprié, surtout pendant le temps du deuil.

 

Mais, ces femmes, qui vont devenir les apôtres des apôtres, n’ont pas le temps de se lamenter ou de faire des conjectures. L’évidence s’impose, le mort n’est plus là, et se heurte aux paroles d’un homme curieux vêtu de blanc, un ange ou sans doute Jésus lui-même mais qu’elles ne reconnaissent pas et qui parle de sa résurrection.

 

A partir du témoignage de ces femmes et des premiers témoins, s’engage alors un processus de conversion des apôtres eux-mêmes et des disciples, avec un travail de mémoire fondé sur les paroles mêmes de Jésus qui, plusieurs fois, parle de sa résurrection mais sans que les auditeurs ne comprennent ce que cela signifie, précisent les Evangiles, travail dans lequel, ne pas comprendre et ne pas croire apparaissent intimement liés.

 

Aussi, comme ces premiers témoins, nous sommes invitées à réévaluer les événements qui nous touchent et qui ne peuvent enfermer la puissance de l’amour de Dieu, même s’ils y prétendent et semblent contraires à ce que nous désirons. Avec la Pâques du Christ, si nous croyons, nous pouvons comprendre à la lumière de l’œuvre créatrice de Dieu et de sa parole.

 

Même si nous passons parfois par les étapes contradictoires, du doute, de la stupéfaction et de l’espérance, nous sommes invités à l’évidence sereine, fruit de la grâce de Dieu qui nous établit dans la communion de l’amour.

 

Ce chemin, c’est la mise en œuvre de la Pâque du Christ en notre vie ; mourir au péché pour vivre de la vie nouvelle du Ressuscité que nous recevons dans le baptême mais que nous devons sans cesse accueillir et ratifier.

 

Dans le baptême, en effet, « nous sommes unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne » mais pour mener une vie nouvelle qui s’épanouira dans notre propre résurrection « qui ressemblera à la sienne » (Rm 6).

 

En cette nuit pascale, accueillons cet appel qui retentit de nouveau dans nos obscurités. Reprenons ce chemin de vie où le Ressuscité nous attend comme en Galilée. Mettons-nous dans les pas des premiers témoins. Ecartons-nous des impasses de la recherche de nous-mêmes ou d’un horizon purement ludique et terrestre de notre existence et où l’Ange de Dieu pourrait nous dire : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? »

 

Fêter Pâques, c’est fêter la vie qui est en Dieu et qu’il nous communique. C’est renouveler notre conscience que cette vie est un don, et que nous la recevons. C’est se rappeler que la vie est un fruit de l’amour, celui que Jésus a manifesté sur la croix pour triompher de la mort.

 

Pour nous préparer à célébrer et recevoir ce mystère de la vie qui est en Dieu et qui est renouvelé dans l’Eucharistie, nous avons entendu les promesses de l’ancien testament, montrant comment Dieu poursuit son œuvre de salut dans l’histoire et que les événements les plus dramatiques ne peuvent arrêter.

 

De cette vie qui est à l’oeuvre, nous allons pouvoir être témoins dans notre assemblée puisque trois enfants vont recevoir le sacrement du baptême et passer ainsi à une vie nouvelle dans le Christ.

 

Pourquoi cherchons-nous encore le Vivant parmi les morts ?

 

 

Jérôme Angot, curé

Samedi saint, 31 mars 2018

 

 

 

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Homélie Jeudi saint : Evangile selon saint Jean 13, 1-15

 

En ce Jeudi saint, et avec les vendredi et samedi saints qui vont suivre, nous revivons spirituellement la réalisation du mystère pascal du Christ, du salut que Dieu a voulu assurer à l’homme et à toute la création, malgré la force de l’opposition du mal et du péché.

Cette opposition est bien signifiée d’abord dans la première lecture du Livre de l’Exode (chp. 12), à partir de la figure du pays d’Egypte et du Pharaon qui personnifient cette force de l’esclavage et du mal et de la mort. Ce Pharaon qui représente la face obscure de notre âme prête à se rebeller contre Dieu et le cœur endurci de l’homme qui s’oppose à la conversion et au détachement du monde présent.

Toutes les plaies d’Egypte et notamment la dernière, la plus violente de toutes avec la mort des premiers-nés, manifeste la puissance de ce mal mortifère qui s’oppose à la volonté de Dieu.

Pourtant le Seigneur n’abandonne pas son peuple, à cette mort des premiers nés, il substitue le sacrifice de l’agneau, l’action libératrice de Dieu, demandant d’en faire un mémorial, un anniversaire, « c’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. » L’homme est ainsi éduqué par Dieu pour ne pas user de la violence qui est déplacée vers le sacrifice des animaux. La violence qui tue est abominable et elle n’est pas volonté de Dieu et il est important de le rappeler dans nôtre actualité marquée par l’attentat de Trèbes. Le psaume aussi se fait l’écho de ce déplacement pour en arriver au seul sacrifice qui plaise à Dieu, celui de l’action de grâce qui trouvera sa perfection dans l’offrande du Christ sur la croix.

A rebours de cette puissance du mal qui traverse le cœur et l’histoire de l’homme, comme il a traversé le cœur de Judas l’Iscariote, qui a trahit la confiance et l’amitié reçues, par jalousie et par un attachement excessif aux biens et à la vanité du monde, le Seigneur a définitivement vaincue cette violence en envoyant son propre Fils, en le faisant entrer dans le monde et en acceptant librement de mourir pour nous. Par son abaissement signifié par le lavement des pieds, il apporte le salut ou la possibilité du salut à tous.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’insistance de Jésus à laver Pierre et ses disciples « si je ne te lave pas tu n’auras pas de part avec moi ». Je crois qu’il nous faut beaucoup méditer sur cet aspect qui exprime bien que c’est le Christ qui nous sauve et que, ce qui nous revient de faire de notre côté, c’est d’accueillir ce que Jésus a réalisé pour nous sur la croix nous ouvrant la résurrection.

Nous laisser faire, accepter d’être sauvé par le Christ, entrer dans cette humilité de l’amour pour recevoir cette force non de la violence mais de la vie qui est à l’œuvre dans le mémorial de sa pâque ; cette force du passage de Dieu parmi les hommes qui se réalise à chaque Eucharistie : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. »

Ce faisant, le Seigneur nous indique l’essentiel qui est au cœur de son sacrifice, l’amour avec lequel il a réalisé tout cela. C’est pourquoi il nous dit aussi « faîtes aussi cela les uns pour les autres », nous renvoyant au plus grand commandement « aimer Dieu plus que tout » et aimer son prochain comme soi-même. Comme il est bon et salvateur de réentendre ces paroles de Jésus qui nous font prendre conscience des limites que nous mettons à l’amour et au don de nous-mêmes.

Que ce Jeudi saint, soit l’occasion de revisiter tous nos engagements, nos relations pour voir comment les vivre avec un amour renouvelé, dans la vérité, en les rapportant à Dieu qui nous a aimé le premier et qui nous a donné son Fils.

Prions donc les uns pour les autres, pour toute l’Eglise qui est née de ce don suprême du Christ et qui ne cesse donc de naître de l’Eucharistie en nous laissant transformer. Prions en particulier pour les prêtres dont le sacerdoce a été institué en cette dernière Cène du Seigneur et prions pour les vocations sacerdotales afin que l’offrande parfaite du Christ soit toujours célébrée pour le salut du monde. Amen.

 

Jérôme Angot, curé

Jeudi 29 mars 2018

 

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4ème dimanche de Carême

2 Ch 36, 14-16,19-23

Ep 2,4-10

Jn 3, 14-21

 

 

          Les textes que nous venons d’entendre ont une gravité et une force que nous ne pouvons ni ignorer, ni occulter. Les dernières lignes du 2ème livre des Chroniques évoquent une période de l’histoire d’Israël qui fut de refus de Dieu et de mépris de ses messagers avant la déportation à Babylone. Dans l’Epître aux Ephésiens nous est rappelée la réalité de notre condition de personnes aimées de Dieu, en Christ, à la mesure de Dieu, c’est à dire infiniment, chaque jour et pour toujours. Enfin, à la faveur de son entretien avec Nicodème, Jésus annonce la figure paradoxale du salut dans l’élévation du Fils de l’homme sur la croix. Ce sont trois appels à entendre ce que le Seigneur désire nous dire aujourd’hui et nous confier. Ce sont trois regards qui nous donnent de percevoir avec des yeux nouveaux un présent habité de la présence de Dieu en tout et en tous. Ce sont trois textes qu’il importe d’écouter attentivement afin que la Parole de Dieu soit efficace en nous et à travers nous.

 

 

          Dans la première lecture, l’auteur du livre des Chroniques décrit une situation d’abandon et de rejet de Dieu de la part de «tous les chefs des prêtres et du peuple». Ils refusent en quelque sorte d’assumer leur différence, d’être pleinement qui ils sont de par l’élection, de vivre la logique de leur foi; ils s’alignent plutôt sur ce que font et disent «les nations païennes» et ils les imitent comme s’ils trouvaient en eux des exemples à suivre et des modèles à imiter. Par peur de s’opposer et par conformisme, ils se détournent de ce que le prophète Michée exprime si justement en disant: «on t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi: rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu» (Mi 6,8). Leur endurcissement devient aveuglement et leur aveuglement les conduit à cette obscurité profonde qui n’a d’autre issue que leur anéantissement et leur déportation: ils perdent tout, y compris leur liberté. Ce texte ne manque pas de nous interroger nous aussi: ne sommes-nous pas tentés parfois de relativiser ou d’oublier ce qu’exige de nous une fidélité au Seigneur qui soit authentique? Ne sommes-nous pas rétifs à son appel à tenir bon, à tenir ferme, à avoir une conscience vigilante au milieu des sollicitations multiples et de toutes natures qui détournent du chemin vers Dieu? Alors prend toute son importance et toute sa force ce que Jésus dit à Nicodème: «la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leur œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière: il ne vient pas à la lumière...mais celui qui fait la vérité vient à la lumière». Le combat spirituel ne relève pas de l’illusion ni du mythe: c’est une réalité sans cesse présente et parfois éprouvante sur le chemin de nos vies. La lumière n’est pas à chercher comme si elle n’était pas là: «elle est venue dans le monde» dit Jésus; elle est là, avec nous, au milieu de nous. Alors pourquoi ne la voyons-nous pas? Parce que nous avons fait des choix et pris des décisions qui nous ont obscurci la vue et qui nous ont peu à peu et imperceptiblement aveuglés. C’est le mystère de la liberté humaine qui choisit ce qui l’asservit et la détruit.  Une étrange attraction du vide et une étonnante fascination pour ce qui est rien, le néant, conduisent à ces ténèbres qui attirent et engloutissent comme elles engloutiront Judas lors de la dernière Cène (cf. Jn 13,30).  Jésus nous prévient: «celui qui fait le mal déteste la lumière: il ne vient pas à la lumière» et il oppose celui qui fait le mal et celui qui fait la vérité – non celui qui dit la vérité sans la faire ou pour ne pas la faire, mais celui qui s’attache humblement à distinguer ce qui est vrai de ce qui est trompeur et fallacieux...humblement car la vérité, la vérité désirée et cherchée, se dit avec délicatesse et sans violence et elle  se vit avec pudeur et sans ostentation. «L’obscurité ne peut chasser l’obscurité, seule la lumière peut y parvenir» disait Martin Luther King tout en ajoutant «la haine ne peut chasser la haine».

 

          C’est alors que peut s’inscrire en nous ce que nous dit Paul dans l’Epître aux Ephésiens car nous ne pouvons pas rester figés et interrogatifs devant le mystère du mal comme si nous en étions captifs, comme si les ténèbres nous sidéraient. Paul nous dit que notre vie a pour fondement et pour source le don de Dieu, l’immense amour du Dieu riche en miséricorde: le Dieu que nous confessons n’est pas un juge qui pèse et qui jauge ce que nous faisons et qui nous sommes à l’étalon de normes implacables et inexorables. C’est la grâce de Dieu qui nous fait vivre; elle est ce que nous ne pouvons que recevoir et accueillir parce que nous ne pouvons pas nous la donner à nous-mêmes. «Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes; personne ne peut en tirer orgueil» nous dit Paul. Il ne s’agit pas d’une attente à vivre: il s’agit du salut déjà réalisé car «Dieu nous a donné le salut avec le Christ». Ce qui est alors premier, c’est l’expérience du Christ regardé, écouté, aimé. Le Pape Benoît XVI écrivait dans l’encyclique Deus caritas est: «à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon et, par là, son orientation décisive» (n°1). Ce qui est premier, c’est la rencontre du Christ, la découverte de la bonté de Dieu manifestée en Christ: «Dieu nous a montré la richesse surabondante de sa grâce par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus» avons-nous entendu dans l’Epître aux Ephésiens. Et la grâce, reçue parce qu’acceptée, accueillie parce que désirée se vit comme consolation: «la consolation, c’est Dieu qui nous donne le goût de Dieu. C’est Dieu qui nous attire sans nous contraindre» disait un jésuite qui m’a marqué. A cause de la grâce qui nous est donnée, Dieu se fait sentir en nous et nous fait éprouver sa présence: c’est une paix tranquille, une assurance sereine, un sentiment d’unité. C’est le moment où nous vivons de quelque chose qui ne peut venir que de Dieu seul et n’avoir sa source qu’en Dieu: cette grâce nous fait regarder vers l’avant, elle nous fait sortir de nous-mêmes et elle nous tourne dans la paix et la joie vers un monde à aimer comme Dieu l’a aimé.

 

          Pour reconnaître cette grâce, ce don de Dieu, cette vie que Dieu nous donne avec le Christ, il nous faut entendre ce que Jésus dit à Nicodème: «de même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle». Au désert, quand quelqu’un était mordu par un serpent, il lui fallait regarder le serpent d’airain pour rester en vie (Nb 21,4-9); aujourd’hui, nous sommes appelés à tourner les yeux vers le Crucifié, vers cette Croix plantée au milieu des temps et de l’humanité, pour recevoir la vie que Dieu donne comme «richesse surabondante de sa grâce». Il nous faut donc rester devant la Croix, car ce n’est pas une croix parmi d’autres: c’est la Croix unique de ce supplicié qui s’appelle Jésus. C’est la Croix d’où Jésus nous regarde, et celui qui garde les yeux tournés vers la Croix n’a plus ensuite le même regard: la Croix nous donne des yeux qui voient l’envers des choses car les yeux habitués à la Croix regardent autrement. Il nous faut regarder la Croix pour comprendre combien s’y brisent beaucoup de nos discours sur Dieu et de nos images de Dieu construites trop à notre ressemblance et à notre mesure. Il nous faut regarder la Croix sans nous en détourner hâtivement car, devant le Crucifié, chacun est ramené aux racines de son être et de sa foi, chacun est reconduit en ce lieu intime où le Crucifié se présente à lui dans sa faiblesse et son impuissance.  Il nous faut regarder le Fils de l’homme élevé sur l’instrument du supplice pour comprendre que l’espérance chrétienne n’est ni un optimisme ni un idéalisme: elle a pour berceau une Croix mais une Croix qui est celle du Ressuscité.  Ce sont les yeux qui auront su se lever et se poser longuement sur la Croix et le Crucifié qui pourront le reconnaître dans la lumière de Pâques car le Ressuscité continue de porter les plaies du Crucifié. 

 

           Frères et sœurs, poursuivons le chemin vers Pâques que nous avons commencé, nous rappelant ce proverbe chinois: «ne crains pas d’avancer lentement mais seulement de t’arrêter». Poursuivons-le avec le désir de «faire la vérité» sans nous cacher derrière de faux-semblants et des discours pour d’autres, de la vivre en actes comme une humble fidélité au Seigneur.  Poursuivons-le en demandant au Seigneur de faire en nous ce que nous ne pouvons pas réaliser par nous-mêmes mais que Sa grâce peut accomplir. Poursuivons-le en demandant des yeux que les larmes du repentir et la joie du pardon auront lavés, des yeux qui se porteront vers le Crucifié comme vers Celui qui nous veut vivants, vivants de cette vie qui a  jailli du tombeau au jour de Pâques.

 

 

11 mars 2018                                            François-Xavier Dumortier s.j

            

Homélie du Père Louis Valentin du 18 février 2018

 

 

Ne nous laisse pas entrer en tentation

Genèse  9,8-15    Psaume 24    1 Pierre 3,18-22    Marc 1,12-15

 

« En ce temps-là, Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert où il reste quarante jours, tenté par Satan. » C’est ce qu’écrit Marc dans son évangile. L’évangile de Matthieu est quant à lui un peu différent. Sa formule est plus mystérieuse : « Jésus fut emmené par l’Esprit pour être tenté par le diable ».

 

Relire ces versets d’évangile l’année même où l’Eglise de France a changé la supplique du Notre Père donne aux tentations du Christ un relief tout particulier. En effet, nous ne demandons plus au Père de ne pas succomber à la tentation, mais de ne pas entrer en tentation, ce qui est substantiellement différent !

 

Nous, chrétiens, avons le sentiment que le combat spirituel que Jésus a mené au désert est singulier. Dans ce combat, l’homme pécheur, c’est-à-dire blessé dans sa liberté et sa volonté, s’affronte à Satan, cette force mystérieuse qui s’oppose à Dieu.

 

Le Père Varillon a dit que la liberté ne consistait pas à  faire ce que nous voulions mais de vouloir ce que nous faisions. Quant à Saint Pierre, dans le passage de sa première lettre que nous venons d’entendre, écrit « que le baptême est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ».

 

En réalité il semblerait bien que le problème ne soit pas seulement d’entrer en tentation ou de ne pas y succomber. Il nous faut ne pas consentir à la tentation et plus encore la rejeter, car cette force mystérieuse qu’est Satan veut nous conduire au péché. Le mieux est donc de rester à distance de Satan.  Cette résolution, nous la trouvons dans le Credo que nous professerons la nuit de Pâques.

« Renoncez-vous à Satan, au péché et à tout ce qui conduit au péché ? Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché ? Pour échapper au pouvoir du péché, rejetez-vous ce qui conduit au mal ?... »

Autrement dit, Dieu ne peut pas nous laisser entrer en tentation, si nous ne renonçons pas préalablement à Satan et à tout ce qui conduit au mal.

 

         Nous demandons à Dieu de ne pas entrer en tentation. Ce n’est pas pour autant que nous ne connaitrons pas des épreuves. La tentation et l’épreuve ne sont pas pareilles même si elles ont des similitudes. En effet, toute tentation est une sorte d’épreuve puisqu’elle nous éprouve. A l’inverse, toute épreuve n’est pas forcément une tentation.

 

         Malheureusement, nous en avons tous l’expérience, la vie, et non Dieu, se charge de nous en envoyer. Le problème, c’est que nous sommes fragiles et que, face à l’épreuve nous pouvons réagir en étant tenté par la révolte en ne voyant plus que le mal qui nous accable. Le risque est de nous enfermer dans nos épreuves et de rester prisonnier de la solitude.

 

         C’est ici que le récit de Jésus tenté au désert nous éclaire. L’évangile nous précise que Jésus y a passé quarante jours seul face à Satan. Il est sorti de ce combat libre et en paix. Et qu’est-ce que la paix sinon ressentir enfin la présence aimante et agissante de Dieu au cœur même de notre solitude.

 

         Au terme de ces réflexions je voudrais revenir sur cette supplication : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Je crois que ce que nous demandons du fond de notre cœur et plus encore de notre foi, c’est que Dieu, comme il l’a fait pour Jésus, ne nous laisse pas enfermés dans nos solitudes, nos misères, nos détresses, nos doutes, nos péchés, et surtout le sentiment éventuel que nous sommes abandonnés de lui !

 

         Oui, croire à l’Evangile, c’est croire en la présence de Dieu, à sa confiance en nous, à son amour inconditionnel, miséricordieux et fidèle, pour ses enfants. Annoncer le règne de Dieu, c’est annoncer que sa présence rend libre, libre d’aimer.

         Le carême ce n’est pas seulement le temps des bonnes résolutions qui sont d’ailleurs plus ou moins faciles à tenir, ni même le temps des privations. Le carême est d’abord ce temps que nous prenons pour laisser Dieu venir nous habiter et nous rendre aptes à vivre et à annoncer l’Evangile.

 

         Frères et sœurs, qu’au cours de ce carême que nous venons de commencer, nous ayons le désir de retrouver notre dignité humaine ainsi que la vraie liberté, celle des enfants de Dieu, que nous avons reçue à notre baptême.

Homélie de Mgr  Jean-Louis Bruguès, donnée à Paris le 28 janvier 2018

en la paroisse de Saint-Thomas d’Aquin, à l'occasion de la Fête patronale

 

 

LA FOI ET LA RAISON

 

 

             Si vous nous faisiez l’honneur de visiter notre Bibliothèque Vaticane, je vous conduirais presque immédiatement jusqu’à la fastueuse Salle sixtine, qui était, en cette fin du XVIe siècle, l’espace le plus vaste de Rome peint à fresques en dehors des églises. Sur les parois de gauche sont représentées les grandes bibliothèques qui jalonnent l’histoire de l’humanité : Babylone, Athènes, Alexandrie, Rome, Jérusalem, enfin la Vaticane. On y raconte donc la saga de la raison humaine, la grande aventure de l’humanisme universel. Les parois sont percées de fenêtres qui donnent sur la cour du Belvedere, que l’on peut traduire indifféremment, car l’italien est subtil, par « bien voir » ou encore « voir ce qui est beau ». À quoi sert donc, si je puis dire, la raison humaine ? A bien voir : bien voir le monde, l’histoire, notre société, notre prochain, notre propre vie ; apercevoir ce qui est bel et bon en chacune de ces séquences.

 

             Les murs de droite évoquent les conciles œcuméniques des premiers siècles : Nicée, Éphèse, Chalcédoine, Constantinople… Autant d’étapes dans l’histoire de la compréhension de notre foi. La progression – pour ne pas dire le progrès – s’effectue habituellement non par ruptures et retour aux origines, mais par approfondissement de l’analyse et de l’interprétation. Là encore, de larges fenêtres donnent sur une autre cour, la cour de la Pigne, un fruit qui chez les Anciens Romains symbolisait la sagesse. À quoi donc sert la foi ? À rechercher la sagesse et en vivre. Comme le disait la première lecture, tirée précisément du livre de la Sagesse, « … la sagesse est plus précieuse que la pierre la plus précieuse. Au regard d’elle, tout l’or n’est qu’un peu de sable ; à côté d’elle, l’argent compte pour de la boue ».

 

             Deux aventures donc du génie humain : à gauche, celle de la raison, à droite, celle de la foi. Or, chacune des fresques se trouve placée dans un exact vis-à-vis avec celle qui lui fait face : une bibliothèque/un concile, une bibliothèque/un concile, etc. On comprend que chacune n’a pu progresser en son domaine propre qu’avec l’appui de l’autre. Voilà donc illustrée de manière superbe ce à quoi nous sommes devenus si sensibles, le dialogue entre la foi et la raison, entre la doctrine et la culture, pour parler comme les contemporains de nos fresques !

 

             Si je me suis quelque peu étendu sur la description de la Salle sixtine, ce n’est pas seulement pour évoquer le cadre magnifique dans lequel nous travaillons, mais d’abord parce j’ai vu en elle, dès mon premier contact, dès que j’ai ouvert la porte et suis entré la première fois, comme suffoqué par tant de beauté, la représentation physique – physique et artistique - de ce qu’a voulu faire Thomas d’Aquin en ce jour où l’Église nous invite à faire mémoire de lui.

 

             À plusieurs reprises, S. Thomas présente la vie chrétienne comme une sagesse. Le mot n’est pas pris à la vue ou à l’ouïe, réputés des sens nobles, mais à quelque chose de plus primitif, au goût, à la saveur, à la sapidité. Qu’est-ce que la vie chrétienne donc ? L’art de savourer l’existence, un art qui implique une collaboration étroite entre Lui et nous, Lui, le Créateur de toute chose, Lui qui a lancé chacun de nous dans l’existence, et nous qui sommes ses créatures, faites à son image et appelées à lui ressembler, à retourner vers lui, une collaboration entre sa grâce et notre nature, en somme, entre la foi qu’il nous donne et la raison qui éclaire nos pas.

 

             Nous célébrons cette année les vingt ans de la parution d’une encyclique qui restera l’une des plus importantes de son siècle. Les premières lignes auraient pu être dictées par Thomas : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même » (Fides et ratio, 1).

 

             Vérité. Mais qui parle encore de vérité ? Depuis peu, en effet, on parle « post-vérité ». On entend par là le refus de dire les choses comme elles sont, ou encore de trafiquer le réel et d’inventer de toutes pièces des affirmations délestées de toute vraisemblance, les fameuses « fake news » qui envahissent nos écrans, nos portables et jusqu’à nos convictions personnelles. Le mensonge paierait ; pourquoi serait-il condamnable ? Le réel s’est évanoui.

 

              S. Thomas peut-il nous aider aujourd’hui ? N’y a-t-il pas là quelque illusion à solliciter l’aide d’un homme qui vécut au XIIIe siècle ? Voyez vous-mêmes : nous avions perdu toute confiance en cette raison que nous avons vu commettre les pires crimes ? Thomas nous apprend à reprendre confiance : oui, la raison est belle, elle est capable de bel-vedere, capable de générosité et de vérité. Dans la lettre officielle que le pape Jean-Paul II m’envoyait le 11 mars 1993, à l’occasion du centenaire de la Revue Thomiste, alors que j’étais provincial de Toulouse, il écrivait : « L’Aquinate invite tout homme à avoir le souci inlassable de la vérité, car c’est en la scrutant avec insistance qu’on parvient à la compréhension du réel et de Celui qui en est l’Auteur ». Le réel existe donc ; là il y a de l’être, il y a du réel. L’homme est capable de l’appréhender dans une démarche de foi qui le pousse à s’émerveiller devant la bonté divine qui transparaît dans la création, mais encore dans une démarche « simplement » philosophique, car la raison humaine est une participation à l’intelligence même de Dieu.

 

             On a souvent fait de S. Thomas un pur intellectuel, une « belle mécanique » en somme. De fait ; on se sent devenir intelligent quand on prend la peine de le lire. Il était aussi un homme de prière, quittant sa cellule tôt le matin pour se rendre à l’église conventuelle. Là, il adorait les bras en croix ou se prosternait devant l’autel : on raconte même qu’il alla plonger sa tête dans le tabernacle ! Il passait des heures devant le Saint-Sacrement. L’analyse de son écriture révèle une grande sensibilité ; on le surprit souvent en larmes lorsqu’il entendait certains versets. Son propre frère, Raynald, était l’un des poètes préférés de l’empereur Frédéric II. Quant à lui-même, il a été qualifié par des écrivains comme Rémy de Gourmont, de plus grand poète en langue latine du Moyen Age tout entier.

 

             Écoutons donc cet écrivain incomparable : « Que la louange soit pleine, qu’elle soit sonore, écrivait-il dans le Lauda Sion. Quelle soit joyeuse, qu’elle soit belle, la jubilation de l’esprit ! Comme motif particulier de louange, le pain vivant et vivifiant nous est proposé aujourd’hui. Ce que tu ne comprends ni ne vois, la foi t’en donne l’assurance. La chair est une nourriture et le sang un breuvage. Lors du repas de la Sainte Cène, il fut donné aux douze apôtres ses frères ».

 

             Écoutons donc S. Thomas et préparons-nous, comme il nous invite à le faire, à recevoir le pain vivant et vivifiant, le Corps du Christ.

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