Paroisse Saint Thomas d'Aquin
 Paroisse Saint Thomas d'Aquin

Homélies année 2020

  

Méditation pour le 6è dimanche de Carême

 

 

 

APPROCHANT DE JERUSALEM



Au fil du Carême, nous voici parvenus au seuil de la Semaine Sainte qui s’ouvre par le Dimanche des Rameaux et de la Passion.

 

Confinés comme des moines en leurs cellules par la pandémie du Coronavirus, distancés de nos proches ou au contraire entassés avec toute la famille dans des locaux tout à coup bien étroits, nous pouvons méditer, au gré des laps de temps disponibles, sur l’état du monde et de nos comportements.

 

Comme toujours, et selon nos caractères ou nos dons d’observation, nous retrouvons la marque des héros ou celle des fripouilles, des raisons d’espérer ou de souhaiter la fin…

 

L’Evangile, cependant, veut encore faire de nous des hommes raisonnables, justes et religieux ainsi que le stipule saint Paul. Aussi, est ce avec la prudence biblique du serpent et la tendresse christique de la colombe que nous voulons garder le cap de la Foi.

L’histoire de l’humanité est ce chaos grandiose où le meilleur voisine le pire, où, comme la tapisserie de Pénélope, ce qui est fait le jour est souvent défait la nuit.

 

La Foi ne procède pas d’une auto suggestion optimiste ; elle ne dissimule pas les menaces du présent. Sans démagogie, même bien intentionnée, elle ne cherche pas à rassurer à bas prix, car pour elle, la charité authentique est dans la vérité, certes justifiée et expliquée, mais exprimée sans faille ni complaisance. Le chrétien n’est pas là pour être aimé du monde mais pour annoncer et faire vivre le Salut.

 

Jésus, donc, entre dans Jérusalem. Ah, la belle affaire ! Cela sent bon le printemps, la vie qui renait, les feuillages qui verdissent, des festivités pascales en vue. Il se met en place, dit-on, un petit défilé organisé par les partisans du rabbi de Nazareth. Le voila qui descend de Bethphagé vers la vieille ville. Il est monté sur une ânesse, prophète pacifique vers la Ville de la Paix, et il est acclamé avec des cris et des rameaux frais coupés aux branches des arbres environnants ! On jette les manteaux sous ses pas afin qu’ils soient bénis par sa présence. On entend monter l’Hosanna en faveur du Ciel, du fils de David, de celui « qui vient au nom du Seigneur » !

 

Pourtant, dans quelques jours cet élu sera jeté en pâture aux bourreaux des Romains. Mais sont-ce les mêmes gens qui conspuent l’ecce homo ? Le petit peuple ne siège pas au sanhédrin et n’accède guère aux intérieurs des Grands Prêtres. La jalousie des uns et la peur des autres tuent Jésus. Ce sont les deux racines du mal et les perversions du démon. Elles resteront peut-être jusqu’à la fin des temps les grandes plaies des serviteurs de l’Evangile.

 

Jésus entre dans sa passion, lui qui pâti en son humanité, cachant si fort son impassibilité divine. Il délivre ses ultimes paroles ; il pose ses derniers signes. Puis il entre dans le grand silence qui va précéder la parfaite immobilité de la Croix. Cloué au bois comme un oiseau de proie nuisible, défiguré par la violence du supplice, il accompli mystérieusement les fonctions sacrées du plus haut sacerdoce, inscrivant dans son expiration l’accomplissement même du sacrifice eucharistique, livrant son corps, versant son sang pour purifier la terre hostile et désaltérer la gorge brûlante des pécheurs.

 

Qui dira, jamais, la solitude absolue du Maître dans l’impénétrable de son âme consacrée, absorbée en son Père, tendue dans l’Esprit mais sans doute séparée des humains ignorants et même de ses pauvres disciples ? Il fallait cette épreuve pour achever la perfection du combattant et pour rendre inégalable la puissance du sacrifice. Et tout cela, pour nous qui gémissons, impatients et mécontents, pour bien des riens quand il faudrait se taire devant la souffrance plus grande des autres.

 

Déposons, sous les pas de Jésus, les fardeaux de nos vies humiliées par le poids des péchés et implorons la grâce des guérisons intérieures qui raniment la charité active. Jetons-nous dans les bras de la Miiséricorde afin de devenir nous-mêmes miséricorde.

Sainte Semaine et très sainte Pâque en ces temps difficiles qui forcent à l’espérance !

 

P.J.J.Launay

Méditation sur l’évangile du 5eme dimanche de Carême :

 

Dans l’évangile selon saint Jean 11, 1-45 où Jésus fait revenir Lazare à la vie humaine, alors qu’il était mort depuis quatre jours déjà, la question de la mort s’impose. De fait, le lieu central du récit est ce tombeau devant lequel Jésus se tient et devant lequel il crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

 

D’abord, nous dit-on, Lazare était tombé malade. La maladie nous confronte déjà à la fragilité et à la fin de l’existence. L’épidémie actuelle de Covid-19 pourrait faire écho à cette dure et sombre réalité, traduite dans un sondage disant que plus de 60% des français ont, par contrecoup, peur de la mort.

 

De fait, humainement parlant, il n’y a pas d’issue à la mort, on ne peut l’éviter. Les hommes savent faire beaucoup de chose ; par exemple aller sur la lune, ce qui est très impressionnant, et ils réalisent des prouesses techniques de plus en plus étonnantes. Mais ils ne savent pas comment faire pour ne pas mourir. C’est pourquoi, il y a une tendance générale à occulter la mort.

 

C’est bien là, le moteur même de notre foi en Dieu. Nous croyons parce que Jésus, Fils de Dieu, est ressuscité des morts, passant ainsi définitivement à une vie nouvelle, éternelle, la vie du Royaume. De fait, le texte évangélique se termine en disant que « les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui. » D’une autre façon, saint Paul déclare « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. » (1Co 15, 17)

 

C’est donc bien face à la mort que Jésus manifeste le plus sa puissance. Tous les autres miracles ou signes opérés par lui n’étaient que des préparations au signe inévitable et incontournable de la victoire de la vie sur la mort. De fait, ces signes, pourtant nombreux, n’étaient jamais suffisants pour ses contemporains. Il en fallait toujours plus. Le signe, ayant pour caractéristique de faire appel à nos facultés d’interprétation et à notre liberté altérée par le péché, est par nature limité. Avec le retour à la vie de Lazare, il y a comme un sommet de tous les signes faits par Jésus. « Cet homme fait beaucoup de signes » se disent les Pharisiens au verset 47, mais là, en quelque sorte, il va trop loin, « Si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui », se disent-ils au verset 48. D’où la décision de le faire mourir, au verset 53 : « Dès ce jour-là, donc, ils résolurent de le tuer ». Et la mort de Jésus sera le signe suprême puisque, trois jours après, il ressuscite d’entre les morts.

 

Nous voyons bien que la question de la vie face à la mort s’impose dans ce texte qui pose donc la question de la foi ! Citons encore saint Paul dans la Lettre aux Hébreux : « La foi est une façon de posséder ce que l’on espère. » (He 11, 1) Une autre traduction dit : c’est la garantie des biens que l’on espère !

Autrement dit, par la foi, nous vivons déjà, même imparfaitement mais réellement, de la vie du Royaume, dans lequel nous entrons par le Baptême et qui s’achève, au sens d’un accomplissement, par la résurrection qui nous y fait entrer de façon définitive.

 

Que ce nouveau dimanche de Carême soit donc l’occasion de raviver notre foi ! Celle-ci passe par la conversion, chemin par lequel nous nous laissons délier, comme Lazare, par le Christ, de tout ce qui nous entrave pour avancer vers cette vie nouvelle.

Jérôme Angot, curé

 

 

Homélie 4eme Dimanche de Carême, Année A

dimanche 22 mars 2020              

 

 

LES HOMMES NAISSENT AVEUGLES

 

Sam 16, 1b.6-7.10-13a     Psaume 22     Eph 5, 8-14     Jn 9, 1-41

 

Ce récit de jésus rendant la vue à un aveugle de naissance se présente comme une tragédie en cinq actes. La guérison ; la réaction des voisins ; le déni des pharisiens et la réponse des parents ; la seconde convocation des pharisiens ; et enfin, Jésus dévoilant le sens de cette guérison. Ne disposant que de sept ou huit minutes, je suis obligé de m’en tenir à l’essentiel.

 

  1. Tout commence par Jésus qui aperçoit un aveugle. Il fait de la boue avec sa salive et lui dit d’aller se laver les yeux à la piscine de Siloé. Au retour, il voit… Dans ce premier temps, Jésus précise à ses disciples que la cécité de cet homme n’est aucunement liée ni à son péché, ni à celui de ses parents. Nous devons donc exclure l’idée pourtant si répandue que la maladie ou les épreuves de la vie seraient une conséquence du péché et qui plus est voulues par Dieu.

 

  1. Face à cet évènement, les voisins s’interrogent pour savoir s’il s’agit bien du mendiant qu’ils avaient l’habitude de voir. Les uns disent oui, les autres affirment que c’est quelqu’un qui lui ressemble. Quant à l’aveugle il affirme que c’est bien lui. Cela étant, aucun ne comprend comment Jésus a pu le guérir.

 

  1.  Ils décident donc de l’envoyer chez les pharisiens. Ces derniers affirment que Jésus ne peut pas être de Dieu puisqu’il ne respecte pas le Sabbat et qu’un pécheur ne saurait accomplir un tel acte. Face à ces pharisiens incrédules notre aveugle leur dit : « c’est un prophète ».

Quant à ses parents, ils refusent de prendre parti car ils savent que les pharisiens s’étaient mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.

 

  1. Cette histoire aurait pu s’arrêter là. Mais non. Les pharisiens s’acharnent et convoquent à nouveau l’aveugle. Ils « savent » que « cet homme » Jésus est un pécheur. Ils lui demandent donc comment cet homme a fait pour lui ouvrir les yeux En substance, notre aveugle leur répond : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». Furieux qu’on leur fasse la leçon, les pharisiens jette l’aveugle dehors »

 

  1. Tout va se dénouer par la rencontre de cet homme guéri avec Jésus. Ce dernier temps se déroule en deux étapes. La première c’est la profession de foi de cet homme qui répond aux questions de Jésus par une magnifique profession de foi : « Je crois Seigneur ! ». Enfin il a compris que cet homme qui l’avait guéri est le Fils de l’homme ».

La deuxième étape est un discours de Jésus qui termine sur une phrase énigmatique et sévère pour les pharisiens et pour tout ceux qui croient savoir qui est Dieu : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : Nous voyons, votre péché demeure ».

 

       Ce miracle qui pourrait paraitre banal, reprend en réalité l’histoire du monde et celle du Salut. Pour vous la résumer, le mieux est de vous citer ce qu’en écrit de manière lumineuse Saint Augustin : « l’aveugle de naissance, c’est le genre humain… c’est le genre humain qui est aveugle… ». Je me permettrais de rajouter que Jésus est venu en ce monde guérir les pécheurs, ouvrir les yeux aux aveugles que nous sommes ; ouvrir également nos oreilles à la Parole de de Dieu ; rendre les muets capables de chanter les merveilles de Dieu, son amour, son pardon…

 

Dans trois semaines nous fêterons la résurrection. Au cours de la vigile pascale, nous chanterons plein de foi et d’espérance :

« Lumière du Christ !

Nous rendons Gloire à Dieu ».

 

 

P. Louis VALENTIN

2è dimanche de carême

 

D’où as-tu donc cette eau vive ?

      

          En ce Temps de Carême et, alors qu’un sentiment d’inquiétude et d’interrogation sur nos modes de vie se font jour à l’occasion de la crise sanitaire actuelle, l’Évangile de l’eau vive apportée par Jésus nous est proposé. En écho, nous voulons dire avec la Samaritaine, l’aspiration qui habite nos cœurs : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

 


          Le virus qui a fait irruption dans notre vie quotidienne de façon, pour ainsi dire, surréaliste, et qui peu à peu dicte sa loi, rappelle brutalement l’évidence parfois oubliée en France et en occident, de notre fragilité personnelle et collective. La mondialisation heureuse, recyclage de l’utopie du progrès continu chez les nations favorisées qui ont souvent évacué les questions essentielles sur le sens de la vie humaine et de sa dignité, à commencer par celle de Dieu, est touchée de plein fouet.

 

 

          Nulle récupération de ma part en ces propos mais un constat lucide. C’est au titre de cette lucidité, comme une forme de la charité notamment envers les plus fragiles, que nous participons à l’effort collectif pour limiter la transmission du virus.

 

          Nous remanions donc nos agendas et reportons un certain nombre de réunions et célébrations. Ces mesures de prudence provisoires correspondent aux consignes, non seulement des pouvoirs publics, mais aussi de l'archevêché de Paris. En tant que lieux collectifs, les paroisses font aussi partie de la vie sociale et il est normal qu’elles tiennent compte de ces consignes.

 

          Celles-ci ne nous empêchent pas, bien au contraire, de redoubler de ferveur dans notre vie spirituelle, en nous confiant à la grâce de Dieu, spécialement dans la prière et dans l'attention aux autres. N'oublions pas qu'en cette période de Carême, nous nous préparons à fêter le Christ ressuscité d'entre les morts. Nous devons donc cultiver la vertu théologale de l'espérance qui est liée à celles de la foi et de la charité.

 

 

          En nous appuyant sur l’intercession des saints, notamment celle de sainte Geneviève et de saint Thomas d’Aquin, notre saint patron, en nous aidant mutuellement dans cette ferveur renouvelée, nous sommes invités à venir adorer le Seigneur présent dans le Saint-Sacrement, les dimanches à 17h30 pour lui confier les soucis du monde. Venons boire à la source d’eau vive, celle de l’Esprit Saint qui nous est donnée par le Christ.

Jérôme Angot, cur

Homélie dimanche 23 février 2020, année A, Mt 5, 38-48 :

 

Comme dimanche dernier, notre évangile se situe au début du ministère public de Jésus, après la proclamation des Béatitudes sur la montagne, dans une évocation de l’ancien testament au Mont Sinaï et du don de la loi au peuple par l’intermédiaire de Moïse. Et, nous l’avons entendu dimanche dernier, c’est sur ce lieu symbolique de la rencontre entre Dieu et l’homme que Jésus rappelle l’importance de la cette loi, affirmant que pas un iota n’en disparaîtra.

Cette intransigeance de Jésus peut susciter l’inquiétude, dans la mesure où elle est rapportée au jugement final qui conduit soit au Royaume des Cieux soit à la Géhenne. Aujourd’hui, nous pouvons avoir cette même impression quand nous entendons : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5, 39). Et penser, décidément, que son enseignement, et donc toute la foi chrétienne, ne sont pas raisonnables.

 

Nous pourrions être découragés et dire que cet enseignement est trop dur, surhumain, que ce Royaume dont il nous parle est hors de portée ; Nous pourrions ressentir la perplexité des apôtres au sujet de la vie éternelle : « Mais alors qui peut être sauvé ? »

 

La réflexion change cependant déjà, lorsque nous regardons l’attitude de Jésus quand il a Lui-même été humilié au cours de sa Passion, notamment lorsqu’il est interrogé par le grand prêtre et qu’un garde le gifle. Il répond alors : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? (Jn 18, 15) Jésus, alors, impressionne par sa grande maîtrise des passions, par sa douceur, avec une recherche du Bien des personnes pour les orienter vers la justice et la vérité, en faisant appel à leur conscience, attitude qui doit nous inspirer, en bien des contextes où nous pouvons être en difficulté parce que nous sommes chrétiens et croyants.

 

Tendre l’autre joue ne signifie donc pas chercher à se faire battre dans un goût morbide pour les coups. Cela ne correspond pas non plus à la passivité de celui qui subit et ne peut rien faire d’autre. Jésus oppose, au contraire, au mal et à la violence, une attitude active de compassion et de vérité, seule à même de mettre une limite au mal et de le dépasser. Il prône la force de l’amour qui défie toute logique de puissance mortifère qui enferme l’homme et le détruit.

 

La radicalité du discours de Jésus correspond en fait au motif même de sa venue dans le monde ; tout d’abord, dénoncer le péché qui égare l’homme en le conduisant à la mort et d’autre part, annoncer un salut qu’il réalise sur la croix, révélant ainsi la profondeur de l’Amour de Dieu.

 

L’intransigeance de Jésus est donc appliquée au péché et non au pécheur auquel il dit toujours « Va et ne pèche plus », lui laissant la possibilité de se convertir, de vivre et de grandir dans l’amour.

 

Ainsi, l’enseignement des prophètes est perfectionné par celui de Jésus, pour défaire progressivement l’homme de son endurcissement et le conduire à la découverte du don qui élargit le cœur et fait accéder déjà à la vie du Royaume.

 

Entre le « Œil pour œil, et dent pour dent » de l’ancienne alliance qui consistait déjà à mettre une limite à la violence, et « tendre l’autre joue », Jésus nous invite à une sorte de saut qualitatif pour nous ouvrir à l’amour du prochain y compris des ennemis.

 

Il apporte ainsi à cette Loi du Décalogue « un supplément d’âme » rappelant qu’elle est une aide pour aimer en vérité avec la lumière de l’Esprit-Saint et nous guider vers une finalité dont nous goûterons la plénitude dans le royaume des cieux.

 

En attendant et ceci est essentiel, dans cette redécouverte des commandements à la lumière de l’enseignement de Jésus, nous reprenons conscience que Dieu a mis cette loi de l’amour au cœur de tout homme. Loi ainsi révélée, non seulement comme possibilité, c’est-à-dire qu’il est possible d’aimer en vérité dans l’existence de chaque jour avec la lumière de l’Esprit-Saint, mais elle est aussi révélée comme condition du bonheur pour l’homme. Même si cette loi se révèle aussi avec ses exigences car nous sommes confrontés à nos résistances, nos refus et nos péchés. Pour aimer davantage Dieu et notre prochain, nous avons à lutter, à persévérer, à nous convertir sans cesse pour vivre un plus grand don de nous-mêmes.

 

C’est pourquoi, cette loi est aussi un chemin à parcourir. Chemin emprunté par tous ceux et celles qui nous ont précédé dans la foi, en particulier les saints, qui ont compris que l’amour est une totalité qui concerne toute l’existence.

 

En cela, Jésus nous indique le chemin de la perfection « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », au sens de sainteté (Cf. Lv 19, 1-2), que seuls ceux qui ressemblent aux petits enfants peuvent déjà posséder (Cf. Mt 19, 14).

Au-delà de la seule application d’un code de bonne conduite pour une vie sociale harmonieuse et policée, nous sommes donc invités à vivre de la grâce de l’Esprit-Saint qui nous élève aux profondeurs de l’amour de Dieu dont la folie est plus sage que la sagesse de ce monde. Saint Paul, en 1Co 3, 16-23, rappelle cette sagesse qui inspire l’Ecriture : « Le Seigneur connaît les raisonnements des sages : ce n’est que du vent ! » (ou « n’ont aucune valeur » selon la traduction). Autrement dit, hormis l’amour, il ne reste rien.

 

Si nous voulons donc que notre vie ait une consistance, vivons déjà du Royaume de l’amour, de cette force, même si nous nous savons fragiles, qui peut animer notre existence et nous donner le courage face aux épreuves et imprévus de toutes sortes, car cette force ne vient pas de nous-mêmes, elle vient de Dieu.

 

Rendons grâce à Dieu le Père de nous ouvrir par son Esprit saint aux profondeurs de son Amour qu’il a manifesté pleinement en son Fils Jésus Christ, en qui il nous donne de connaître cet amour éternel qui se reflète en la vie des saints et en tout homme de bonne volonté qui l’accueille dans son existence pour mener une vie nouvelle. Amen.

Jérôme ANGOT, curé

Une cathédrale de vérité


Homélie à la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin, en la fête patronale de St Thomas d'Aquin
Paris, 26 janvier 2020


Pour quiconque ne serait pas un lecteur assidu de la Somme de théologie, pour quiconque
n’aurait pas passé ses années d’étudiant à apprendre la philosophie, saint Thomas d’Aquin
risque d’échapper un peu. Même si, par la suite, on s’est frotté de théologie, on a pu passer à côté de lui et le manquer.
Saint Thomas n’est pas un saint populaire. On salue de loin le docteur de l’Église, mais
l’homme fut discret, et le saint demeure méconnu. Pourtant, ce qui nous intéresse, aujourd’hui, c’est de fêter le saint, selon le type de sainteté qui fut le sien.


Ne nous méprenons pas : tous les saints sont des saints pour le même motif. Ils ont aimé
Dieu par-dessus tout, ils se sont laissés envahir par la charité du Christ, ils ont aimé l’Église et aimé leur prochain, du fait de leur vie, immergée dans la grâce de Dieu. Tous les saints sont des chrétiens parvenus au plus haut degré de la charité, de la charité reçue, puis de la charité donnée. Nul n’est saint sans cela.
Mais il y a plusieurs manières d’exercer la charité reçue. Il en est une, peut-être la plus
importante, mais aussi parfois la plus oubliée : la charité de la vérité.
Donner la vérité est la plus grande des charités. Pourquoi ? Parce que le Christ, qui est
venu par son Incarnation restaurer la charité, se définit lui-même ainsi : « Je suis la Vérité ».
Tout simplement, pour aimer quelqu’un, il faut être vrai avec lui. Quiconque triche, ment, se tait à l’instant où il devrait parler, n’aime pas. La vérité est la plus grande des charités.
Cette vérité, nous la devons au monde, à nos proches, à nous-mêmes. Comme le dit
saint Jean : il faut « faire » la vérité, car la vérité nous « rendra libres ». Pour faire la vérité, il
faut vivre très près du Christ.


C’est à une telle oeuvre de vérité que Thomas a consacré sa vie. Entré chez les
dominicains, il a vécu à plusieurs reprises à Paris pour étudier, puis enseigner, mais pas dans ce couvent-ci, qui n’existait pas au XIIIe siècle. On le décrit comme un compagnon empli de charité, délicat, effacé, dévoué. Il ne joue pas son propre personnage.
En revanche, il consacre toutes ses forces à l’oeuvre de sa vie : enseigner la Bible à la
Sorbonne, écrire la totalité de la théologie chrétienne, et plusieurs fois, pour offrir la vérité aux étudiants. Il n’était ni le premier ni le seul, mais il a conféré à son oeuvre un équilibre chrétien, une puissance de synthèse, une capacité d’intégration, exceptionnels. Tout est référé à Dieu, tout vient de Dieu, et puis y retourne, mais de telle sorte que chaque créature y trouve sa place, et que chaque personne libre y joue son rôle. Pour saint Thomas, la providence n’est pas Dieu qui fait tout, tout seul, c’est Dieu qui nous fait agir : il oeuvre pour nous faire participer, donc il suscite notre responsabilité, pour le meilleur et pour le pire.
Oui, mais une telle architecture de la doctrine chrétienne, que l’on a comparée à une
cathédrale gothique, n’allait pas sans exiger une autre fonction de la vérité : le discernement, le tri du vrai et du faux.


Thomas fut obligé de prendre parti sur plusieurs fronts et controverses qui ont marqué
l’Occident. La principale controverse fut l’acceptation, plutôt que le refus, de la philosophie d’Aristote. Ce choix n’allait pas de soi : Aristote était un païen, et plusieurs points de sa doctrine semblaient contredire la foi chrétienne. Thomas a dû discerner, sauver l’essentiel, purifier le reste, dire non, aussi, à des déviances. Tout cela réclamait un travail acharné.


Plus profondément que le discernement, le travail de la vérité réclame une vertu à nulle
autre pareille : le courage. Le courage de travailler intellectuellement plutôt que de paresser, le courage de choisir le vrai plutôt que ce qui plaît, le courage de défendre la foi catholique et l’honneur de l’Église pour de bonnes raisons, y compris contre le qu’en-dira-t-on, les conventions, les modes, parfois ses amis. Le courage n’est pas toujours une vertu partagée, y compris dans la vie de l’Église, y compris dans nos familles. Parfois, on baisse la tête, on baisse les bras, on pose sa plume. On préfère, selon la sinistre expression si répandue, « ne pas faire de vagues », on cherche le consensus. On laisse écorner quelque chose de la vérité, donc de la charité.
Mais autre le courage, toujours un peu hasardeux, de celui qui se bat tout seul, pour le
panache, comme Cyrano, et autre le courage de celui qui se bat pour le Christ. Ce combattant là s’efface derrière la vérité qu’il sert. Il se bat pour le Royaume de Dieu, pas pour sa propre gloire. Où donc demeure le témoignage de la charité de saint Thomas d’Aquin ? Il se montre dans son oeuvre de vérité, page après page. Son oeuvre est énorme. Elle l’a dévoré et même elle l’a tué, avant que d’être finie, comme pour certains de nos grands écrivains : Balzac, Proust. Ils sont morts, happés par leur oeuvre, restée inachevée.


Un jour, Thomas est en prière devant le Saint-Sacrement. Le Christ de l’autel se met à
lui parler :
– Thomas, tu as bien parlé de moi, Quelle récompense veux-tu ?
– Aucune autre que toi, Seigneur.
Thomas demande au Christ le Christ lui-même, comme unique récompense. On ne
saurait mieux dire, en si peu de mots, la totalité du christianisme, preuve que la théologie de Thomas était bien construite.
Tout part de Dieu, tout revient à Dieu, par le Christ. Donc, en théologie, mais aussi
dans la prédication, ou dans le catéchisme, ou dans toute sorte de témoignage, on parle de Dieu, pas de soi-même. On annonce le Christ, avec les mots du Christ. Nul ne se raconte lui-même, il n’y a rien à annoncer. En effet, y compris en théologie, à trop partir de l’homme, on manque la richesse des mystères de Dieu. Dieu s’est révélé, il nous a tout dit sur lui. Il nous revient de proclamer sa vérité, la vérité.
Faudrait-il alors négliger des vérités plus humaines, seulement rationnelles ? Pas du
tout, bien au contraire, il faut les trouver elles aussi, chacune à sa place. Toute vérité humaine doit être lue avec les lunettes de la vérité divine, et non l’inverse. C’est ainsi qu’elle trouve sa place.


C’est à cette condition que la pensée chrétienne, la théologie, la vie spirituelle ellemême,
peuvent survivre à tous les incendies, comme la théologie de saint Thomas, comme la
cathédrale gothique qu’elle demeure pour les siècles. Elle est le fruit de l’industrie des hommes et de l’amour de Dieu.

 

Père Thierry-Dominique Humbrecht o.p.

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