Paroisse Saint Thomas d'Aquin
 Paroisse Saint Thomas d'Aquin

Lectures spirituelles 2021

21 février 2021

 

L’accomplissement de toute justice


Pourquoi l’Incarnation, pourquoi l’enfance, pourquoi le cours de la vie, pourquoi l’affront, pourquoi la croix, pourquoi la mort, pourquoi la sépulture ont-ils été assumés pour la rédemption de l’homme ? Voilà ce que disent les hommes de peu de science.

Sans aucun doute notre Seigneur aurait pu triompher du diable par son autorité divine et libérer l’homme de sa domination. Oui, il l’aurait pu : mais la raison s’y opposait, la justice ne le permettait pas, elles qui sont plus grandes auprès de Dieu que toute force et toute puissance.

Pour que tous les actes de Dieu fussent en règle avec la justice et la raison sa force est venue du ciel ; elle est venue arracher l’homme au diable non par la puissance, mais en observant en tous points la justice, comme le Seigneur lui-même l’a rappelé à Jean Baptiste qui se récusait au moment du baptême, lui disant : « Laisse donc, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » 

Pour cette raison donc, notre Seigneur et Sauveur est venu « dans une chair semblable à la chair du péché » (Mt 3, 15) comme l’enseigne l’Apôtre, et il a tout pris sur lui sauf le péché, afin que, la justice étant accomplie, le péché soit ainsi condamné dans la chair, tandis qu’il assumait d’une substance pécheresse une chair sans péché. Le combat avec l’Esprit dans le désert le prouve : là, le diable est vaincu non par la majesté divine, mais par le rappel du commandement, mais par les jeûnes, mais par la réponse conforme à la Loi.

St Césaire d’Arles

 

 

Moine de Lérins puis évêque d’Arles à 33 ans, saint Césaire († 542) fut un pasteur dynamique et spirituel. Ce guide courageux a écrit : « Il ne faut pas rester la bouche close dans l’Église, comme les chiens muets de l’Écriture. » / Sermon 11, 1-3, trad. M.-J. Delage, Paris, Cerf, Sources chrétiennes n° 175, 1971, p. 387-391.

 

 

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Lecture patristique, Homélie de Lansperge le Chartreux (+ 1539) Sermon 2 sur le premier dimanche de carême, Opera omnia,t 1, 180

 

Tout ce que le Seigneur Jésus a voulu faire aussi bien que souffrir, il l'a fait pour nous instruire, nous reprendre et nous être utile.

Puisqu'il savait que nous en tirerions beaucoup de fruit pour notre instruction et notre réconfort, il n'a voulu rien omettre de ce qui pourrait nous profiter. C'est pourquoi il fut conduit au désert, et il n'y a pas de doute que ce fut par l'Esprit Saint.

En effet, l'Esprit Saint a voulu le conduire là où le démon pourrait le trouver et oserait s'approcher de lui pour le tenter. Car le tentateur était provoqué à le mettre à l'épreuve par des circonstances favorables, c'est-à-dire la solitude, la prière, la mortification corporelle, le jeûne et la faim. Ainsi le démon aurait-il la possibilité d'apprendre de Jésus s'il était le Christ et le Fils de Dieu.

La première chose que nous apprenons ici, c'est que la vie de l'homme sur la terre est une vie de combat (Jb 7,1). Et aussi que le chrétien doit s'attendre à être d'emblée tenté par le démon. Qu'il se prépare donc à la tentation, selon l'Écriture : Si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l'épreuve (Si 2,1).

C'est pourquoi le Seigneur a voulu réconforter par ses exemples tout nouveau baptisé, tout nouveau converti, pour qu'il n'ait pas peur et ne devienne pas timoré, si après sa conversion ou son baptême, ayant été tenté par le démon plus fortement qu'auparavant, ou s'il souffre davantage de la persécution, il lit dans l'Évangile que le Christ lui-même a été tenté par le démon aussitôt après son baptême.

La deuxième leçon que le Christ a voulu nous donner par son exemple, c'est que nous ne cherchions pas facilement à nous exposer à la tentation. Conscients de notre faiblesse, veillons plutôt à ne pas entrer en tentation, prions et évitons les occasions d'être tentés.

Dimanche 14 février 2021

 

 

Le corps transfiguré
 

Le corps peut exister. Il n’existe pas encore car nous avons à le revêtir, à le créer dans son humanité. Il n’existera pleinement que lorsqu’il sera entré tout entier dans cette relation personnifiante, devenu tout entier une offrande et une oblation.

Il suffit de le vivre dans toutes ses dimensions humaines pour qu’il devienne précisément cela : une introduction continuelle au monde divin, une révélation continuelle du monde divin. Et c’est une raison de plus pour l’aimer infiniment comme Dieu l’aime, non pas comme une chose, mais comme une personne, et de le traiter avec tant de respect qu’il ne soit pas une chose posée devant nous et dont nous puissions user comme une possession mais comme une réalité que nous avons à devenir et qui est nous-mêmes.

Ce serait une immense erreur d’imaginer qu’il y a dans le christianisme une sorte d’inimitié qui nous vouerait à la haine des corps. Dans le Christ tout est aimé, tout est glorifié, tout est transfiguré.

Maurice Zundel

(† 1975), prêtre suisse, mena une vie de prédicateur itinérant en France et à l’étranger. Docteur en philosophie, mystique, poète, liturgiste, il est l’auteur de nombreux ouvrages. / Je ne crois pas en Dieu, je le vis, Paris, Le Passeur, 2017, p. 254-255.

 

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Lecture Patristique Saint Paschase Radbert (né vers790, mort à Saint-Riquier en 865). Commentaire sur l'évangile de Matthieu,5, 8,CCM 56 A, 475-476.

 

Le Christ guérit celui qui croit. Le Seigneur guérit chaque jour l'âme de tout homme qui l'implore, l'adore pieusement et proclame avec foi ces paroles : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier (Mt 8,2), et cela quel que soit le nombre de ses fautes. Car celui qui croit du fond du cœur devient juste (Rm 10,10).

 

Il nous faut donc adresser à Dieu nos demandes en toute confiance, sans mettre nullement en doute sa puissance. Et, si nous prions avec une foi pleine d'amour, nous bénéficions certainement, pour parvenir au salut, du concours de la volonté divine qui agit en proportion de sa puissance et qui est capable de produire son effet. C'est la raison pour laquelle le Seigneur répond aussitôt au lépreux qui le supplie : Je le veux (Mt 8,3). Car, à peine le pécheur commence-t-il à prier avec foi, que la main du Seigneur se met à soigner la lèpre de son âme.

 

Ce lépreux nous donne un conseil excellent sur la façon de prier. Ainsi ne met-il pas en doute la volonté du Seigneur, comme s'il refusait de croire en sa bonté. Mais, conscient de la gravité de ses fautes, il ne veut pas présumer de cette volonté. Quand il dit que le Seigneur, s'il le veut, peut le purifier, il fait bien d'affirmer ainsi le pouvoir qui appartient au Seigneur, de même que sa foi inébranlable. Car, pour obtenir une grâce, la foi pure et vraie est à bon droit requise tout autant que la mise en œuvre de la puissance et de la bonté du Créateur.

 

Par ailleurs, si la foi est faible, elle doit d'abord être fortifiée. C'est alors seulement qu'elle révélera toute sa puissance pour obtenir la guérison de l'âme et du corps. L'apôtre Pierre parle sans aucun doute de cette foi quand il dit : Il a purifié leurs cœurs par la foi (Ac 15,9). Si le cœur des croyants est purifié par la foi, nous devons entendre par là, la force de la foi, car, comme le dit l'apôtre Jacques, celui qui doute ressemble au flot de la mer (Je 1,6). Mais, la foi pure, vécue dans l'amour, maintenue par la persévérance, patiente dans l'attente, humble dans son affirmation, ferme dans sa confiance, pleine de respect dans sa prière et de sagesse dans ce qu'elle demande, est certaine d'entendre en toute circonstance cette parole du Seigneur : Je le veux.

 

En ayant présente à l'esprit cette réponse admirable, nous devons regrouper les mots selon leur sens. Aussi bien le lépreux a-t-il dit pour commencer : Seigneur, si tu le veux, et le Seigneur : Je le veux. Le lépreux ayant ajouté : Tu peux me purifier, le Seigneur ordonna avec la puissance de sa parole : Sois purifié (Mt 8,2-3). Vraiment, tout ce que le pécheur a proclamé dans une vraie confession de foi, la bonté et la puissance divine l'ont aussitôt accompli par grâce. Un autre évangéliste précise que l'homme qui recouvra la santé était tout couvert de lèpre (Lc 5,12), afin que personne ne perde confiance en raison de la gravité de ses fautes. Car tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu (Rm 3,23). C'est pourquoi, si nous croyons à bon droit que la puissance de Dieu est à l'œuvre partout, nous devons le croire également de sa volonté. Il veut, en effet, que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité (1Tm 2,4).

Dimanche 7 février 2021

 

Demander ce qui est grand

 


Jésus lui-même prie et ne prie pas en vain. Il obtient ce qu’il demande dans sa prière, alors qu’il ne l’obtiendrait peut-être pas sans prier. Qui de nous, donc, peut se permettre de ne pas prier ?

 

Marc nous apprend en effet : Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Et cette parole : « Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours » (Jn 11, 42), prononcée par Jésus et conservée par l’évangéliste, montre bien que celui qui prie toujours est toujours exaucé.

 

Il me faut cependant décourager ceux qui recherchent la vie spirituelle et la vie en Christ et demandent des biens méprisables et terrestres. Demandez les grandes choses et les petites vous seront données par surcroît (Mt 6, 33) ; demandez les biens du ciel et ceux de la terre vous seront accordés en sus.

 

Vous voulez être spirituels ? Demandez dans vos prières les biens du ciel, ceux qui sont importants et, les ayant reçus, vous hériterez du royaume des Cieux : demandant ce qui est grand, vous jouirez des biens plus grands. Pour ce qui est des biens de la terre et quotidiens, dont vous avez besoin pour vos nécessités corporelles, le Père vous les donne par surcroît, dans la mesure du nécessaire.

 

Origène


(† v. 254), prêtre né à Alexandrie, penseur et spirituel éminent, fut le plus profond exégète de l’Antiquité chrétienne. / La Prière, XIII, 1.4 ; XIV, 1, trad. A.-G. Hamman, Paris, Migne, Les Pères dans la foi 3, 2002, p. 51-56.

Dimanche 31 janvier 2021

 

 

Saint Bonaventure (1221-1274) franciscain, docteur de l'Église

 

Sermon 'Christus unus omnium magister' (in Saint Bonaventure et la sagesse chrétienne, coll. microcosme, Maîtres spirituels; trad. J.-G. Bougerol; Éd. Seuil 1963, p. 72)

 

« Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! »

 

« Vous avez un seul maître, le Christ » (Mt 23,10). (...)

 

Le Christ est en effet « le reflet de la gloire du Père, l'empreinte de sa substance, qui soutient toute chose par sa parole puissante » (He 1,3). C'est lui l'origine de toute sagesse ; le Verbe de Dieu dans les hauteurs est la source de la sagesse. Le Christ est la source de toute connaissance vraie ; il est, en effet, « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6). (...) En tant que voie, le Christ est maître et principe de la connaissance selon la foi. (...)

 

C'est pourquoi Pierre enseigne dans sa deuxième lettre : « Nous tenons pour très certaine la parole prophétique à laquelle vous faites bien de prêter votre attention comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur » (1,19). (...) Car le Christ est le principe de toute révélation par son avènement dans l'esprit, et l'affermissement de toute autorité par son avènement dans la chair. Il vient d'abord dans l'esprit comme lumière révélatrice de toute vision prophétique.

 

Selon Daniel : « Il révèle ce qui est profond et caché ; il connaît ce que couvrent les ténèbres, et la lumière est avec lui » (2,22) ; il s'agit de la lumière de la divine sagesse qui est le Christ. Selon Jean, il dit : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres » (8,12), et « Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir enfants de lumière » (12,36) (...)

 

Sans cette lumière qui est le Christ, personne ne peut pénétrer les secrets de la foi. Et c'est pourquoi, au livre de la Sagesse, nous lisons : « Ô Dieu, envoie cette Sagesse de ton saint ciel et du trône de ta majesté, afin qu'elle soit avec moi et travaille à mes côtés. Je saurai ainsi ce qui te plaît. (...)

 

En effet, quel homme peut connaître le dessein de Dieu, et qui peut concevoir la volonté de Dieu ? » (9,10-13) Personne ne peut parvenir à la certitude de foi révélée, sinon par l'avènement du Christ dans l'esprit et dans la chair.

 

 

 

 

CANTIQUE DE LA SAGESSE (Sg 9). Prière pour obtenir la Sagesse.

 

« Dieu de mes pères et Seigneur de miséricorde, par ta parole tu fis l’univers,

 

Tu formas l’homme par ta Sagesse pour qu’il soit maître de tes créatures,

qu’il gouverne le monde avec justice et sainteté, qu’il rende, avec droiture, ses jugements.

Donne-moi la Sagesse, assise auprès de toi.

 

Ne me retranche pas du nombre de tes enfants : je suis ton serviteur, le fils de ta servante, un homme frêle et qui dure peu, trop faible pour comprendre les préceptes et les lois.

 

Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien.

 

Or la Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ; elle était là quand tu fis l’univers ; elle connaît ce qui plaît à tes yeux, ce qui est conforme à tes décrets.

 

Des cieux très saints, daigne l’envoyer, fais-la descendre du trône de ta gloire. Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît.

 

Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire.

Dimanche 24 janvier 2021

 

Manger la Parole


Le pain terrestre, s’il est gardé dans un placard, peut être pris par un voleur ou se couvrir de moisissures.

 

De même la parole de Dieu nous est inutile si elle est seulement « mise en réserve » dans notre esprit ou notre mémoire. En effet, comme nous mangeons notre pain pour nourrir nos corps, nous devons « manger » le pain de vie et nourrir nos âmes. Manger la parole de Dieu, c’est d’abord l’absorber dans les profondeurs de notre être par une foi soumise et aimante, puis laisser la puissance du Verbe s’exprimer dans l’activité essentielle de la foi : les œuvres de charité, les bonnes habitudes, une vie parfaite.

 

Voilà donc ce qui alimente et ravit notre âme pendant le second avènement. Quand nous sommes nourris par la parole de Dieu dans l’Écriture, quand nous vivons le message divin de la révélation biblique, le Christ prend possession de tout notre être, efface en nous la dernière trace du « vieil homme » et manifeste sa présence dans tout ce que nous faisons.

 

Thomas Merton, o.c.s.o.

 

(† 1968), né de parents franco-américains, a étudié à Cambridge (Angleterre) et à Columbia (New York) avant de devenir moine trappiste à l’abbaye Notre-Dame-de-Gethsemani, dans le Kentucky. / Le Temps des fêtes, Paris, Ad Solem, 2012, p. 76-77.

 

 

 

 

 

Il t’appelle encore
 

Tout au long de notre vie, le Christ nous appelle.

 

Il nous a appelés pour la première fois dans le baptême, mais il a ensuite continué de le faire ; que nous obéissions ou non à sa voix.

 

Il nous appelle encore par l’effet de sa grâce. Si nous sommes indignes de notre baptême, il nous appelle au repentir ; si nous nous efforçons d’accomplir notre vocation, il nous appelle de grâce en grâce, et de sainteté en sainteté, tant que la vie nous est accordée. Abraham fut appelé à quitter sa maison, Pierre, ses filets, Matthieu, son bureau de douane, Élisée, sa ferme, Nathanaël, sa retraite ; nous sommes tous en train de répondre à un appel et de quitter une chose pour une autre, interminablement, n’ayant nul lieu où nous reposer, mais nous élevant vers notre repos et n’obéissant à un commandement que pour qu’un autre nous soit prescrit. Le Christ nous appelle maintes et maintes fois, afin de maintes et maintes fois nous justifier – et à nouveau maintes fois, et de plus en plus, afin de nous sanctifier et de nous glorifier.

 

St John Henry Newman

 

(† 1890) fut le principal acteur du mouvement d’Oxford. Son étude des Pères de l’Église l’a conduit au catholicisme en 1845. Il a fondé l’Oratoire d’Angleterre en 1848 et a été créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il a été canonisé en 2019. / Sermons paroissiaux, t. 8, Paris, Cerf, p. 30-31.

Dimanche 17 janvier 2021

 

 

Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444)

évêque et docteur de l'Église

 

Commentaire sur l'évangile de Jean, 2, Prol. ; PG 73, 192 (Les Pères commentent l'évangile; Coll. liturgique sous la direction de H. Delhougne, o.s.b.; trad. R. Pirlot; Ed. Brepols 1991 , p. 85 rev.)

 

« Voici l'Agneau de Dieu »

 

« Jean voit Jésus venir vers lui et il dit : ‘Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde’ » (Jn 1,29). Ce n'est plus le temps de dire : « Préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3,3), puisque celui dont la venue a été préparée se laisse voir : il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours : il faut faire connaître celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare : « Voici l'Agneau de Dieu ».  

 

Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est « mené à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent » (Is 53,7). La Loi de Moïse l'a préfiguré, mais (...) elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes.

 

Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche, est menée à l'abattoir. C'est pour bannir le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappait et mettre fin à cette parole : « Tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gn 3,19).

 

Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre (1Co 15,47), il est la source de tout bien pour l'humanité (...), la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre. « Un seul est mort pour tous », afin de les soumettre tous à Dieu ; « un seul est mort pour tous » afin de les gagner tous, afin que tous désormais « n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,14-15).

Dimanche 10 janvier 2021 - Baptême du Christ

 

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D'ALEXANDRIE SUR L'ÉVANGILE DE JEAN

 

C'est pour nous que le Christ, au baptême, a reçu le Saint-Esprit

Le Créateur de l’univers avait décidé de récapituler toutes choses dans le Christ, par une réalisation magnifique, et de restaurer la nature humaine dans son premier état. Il promet donc de lui rendre, avec tous les autres dons, le Saint-Esprit. En effet, elle n’aurait pas pu autrement retrouver la possession paisible et durable de ses biens.

 

Aussi Dieu a-t-il fixé le moment où le Saint-Esprit descendrait vers nous, et il nous en a fait la promesse : En ces jours-là – évidemment ceux de notre Sauveur –, je répandrai mon Esprit sur tout être de chair.

 

Lorsque le temps de cette générosité a fait venir sur cette terre le Fils unique incarné, c’est-à-dire un homme né d’une femme, selon la sainte Écriture, Dieu le Père nous a encore donné son Esprit, et le premier qui le reçut fut le Christ, comme étant le premier exemplaire de la nature renouvelée. Jean le Baptiste l’affirme : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui

 

Si l’on dit que le Christ a reçu le Saint-Esprit, c’est en tant qu’il s’est fait homme et en tant qu’il convenait à l’homme de le recevoir.

Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père, et engendré de sa substance, et cela avant l’incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n’éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu’il s’est fait homme : Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

 

Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau, de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. C’est pour cela qu’il prend en charge la descendance d’Abraham, selon l’Écriture, et qu’il s’est rendu  en tout semblable à ses frères.

 

Ce n’est donc pas pour lui-même que le Fils unique a reçu le Saint-Esprit. Car l’Esprit est à lui, en lui et par lui, comme nous l’avons déjà dit. Mais parce que, s’étant fait homme, il possédait en lui toute la nature humaine, il a reçu l’Esprit afin de la récapituler tout entière, en la restaurant dans son premier état. ~ Nous pouvons donc voir, par un sage raisonnement et en nous appuyant sur les affirmations de la sainte Écriture, que le Christ n’a pas reçu l’Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c’est par lui que nous parviennent tous les biens.

 

 

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SERMON DE SAINT MAXIME DE TURIN POUR L'ÉPIPHANIE

Les mystères du baptême du Seigneur

 

L’Évangile rapporte que le Seigneur s’est rendu au Jourdain afin d’être baptisé et qu’il a voulu être consacré dans ce fleuve aux mystères célestes. ~

Il est dans l’ordre, en effet, qu’après le jour de la naissance du Sauveur — bien des années plus tard, mais à la même époque — vienne cette fête, que l’on doit, à mon avis, appeler aussi la fête de sa nativité.

 

Né alors pour les hommes, il renaît aujourd’hui dans les sacrements. Alors, il a été mis au monde par la Vierge, aujourd’hui il a été engendré par le mystère. ~ Là, lorsqu’il naît à notre humanité, sa mère Marie le réchauffe dans son sein ; ici, lorsqu’il est engendré selon le mystère, Dieu le Père l’accueille par sa parole. Il dit en effet : Celui-ci est mon Fils en qui j’ai tout mon amour. Écoutez-le. Sa Mère, en l’enfantant, le caresse tendrement sur son sein, le Père le soutient par un affectueux témoignage ; sa Mère le présente à l’adoration des Mages, le Père le manifeste aux nations pour qu’elles le vénèrent. 

 

Le Seigneur Jésus est venu au baptême, et il a voulu que son corps très saint soit lavé par l’eau.

Quelqu’un dira peut-être : « Lui qui est Saint, pourquoi a-t-il voulu être baptisé ? » Écoutez donc. Le Christ est baptisé non pas pour être sanctifié par l’eau, mais pour sanctifier lui-même l’eau et pour purifier par sa pureté ces flots qu’il touche. La consécration du Christ est en effet la consécration fondamentale de l’élément.

 

Lorsque le Sauveur est lavé, c’est alors que l’eau est d’avance purifiée tout entière en vue de notre baptême ; la source est purifiée pour que, dorénavant, la grâce du baptême soit administrée aux peuples à venir. Le Christ a donc reçu le baptême par avance, pour que les peuples chrétiens prennent sa suite avec confiance.

 

Je comprends le mystère : car c’est ainsi que la colonne de feu s’est avancée la première à travers la mer Rouge, pour que les fils d’Israël marchent sur ses traces avec intrépidité. Elle a traversé les eaux en premier pour préparer la voie à ceux qui viendraient après elle. Ce fut là, dit l’Apôtre, un mystère préfigurant le baptême. Oui, ce fut comme un baptême, lorsque la nuée recouvrait les hommes, et que l’eau les portait.

 

Mais c’est le Christ Seigneur qui a réalisé tout cela. C’est lui, jadis, qui précéda les fils d’Israël, à travers la mer, dans la colonne de feu. De même, c’est lui maintenant qui, par son baptême, précède les peuples chrétiens en son propre corps. Il est, dirai-je, cette colonne qui alors présenta sa lumière aux regards de ceux qui le suivaient et qui, maintenant, offre la lumière aux cœurs des croyants. Alors, il offrit un chemin solide à travers les eaux ; maintenant, il fortifie dans le baptême les pas de la foi.

 

 

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