Paroisse Saint Thomas d'Aquin
 Paroisse Saint Thomas d'Aquin

Lectures spirituelles 2021

Dimanche 21 novembre

« Ma royauté ne vient pas de ce monde »

 

Tu es roi pour l'éternité, mon Dieu (...) ; quand on dit dans le Credo que ton « royaume n'aura pas de fin », presque toujours j'en éprouve une joie toute particulière. Je te loue, Seigneur, je te bénis à jamais ! Enfin ton royaume durera éternellement ! Ne permets jamais, Maître, que ceux qui t'adressent la parole croient pouvoir le faire du bout des lèvres. (...)

 

Assurément, quand on va trouver un prince, on ne lui parle pas avec le même laisser-aller qu'à un paysan ou qu'à une pauvre religieuse comme nous. De quelque façon qu'on nous parle, ce sera toujours bien. Sans doute, l'humilité de notre roi est telle que malgré mon ignorance des règles du langage, il n'arrête pas de m'écouter et de me permettre d'approcher de lui. Ses gardes ne me repoussent pas, car les anges qui l'entourent n'ignorent pas que leur roi apprécie plus la simplicité d'un petit berger bien humble, qui dirait davantage s'il le pouvait, que tous les beaux raisonnements des plus grands savants et des lettrés, s'ils ne sont pas humbles.

 

Mais si notre roi est bon, ce n'est pas une raison de nous montrer grossiers. Ne serait-ce que pour lui témoigner ma gratitude de ce qu'il daigne supporter près de lui une personne aussi repoussante que moi, il est juste que je reconnaisse sa noblesse et sa grandeur. En vérité, il suffit de l'approcher pour comprendre cela. (...) Oui, approchez de lui, mes filles, mais songez et comprenez à qui vous allez parler, ou à qui vous parlez déjà. Après mille vies comme la nôtre vous n'arriverez pas encore à comprendre les égards que mérite un tel Seigneur, devant qui tremblent les anges. Il commande tout, il peut tout ; pour lui, vouloir c'est faire. Il est juste, mes filles, que nous cherchions à nous réjouir des grandeurs de notre Époux, que nous comprenions de qui nous sommes les épouses, et donc que nous sachions quelle doit être la sainteté de notre vie.

 

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582)

carmélite, docteur de l'Église

Le Chemin de la perfection, 22 (trad. Grégoire de Saint-Joseph,‎ o.c.d. ; Éd. Seuil, p. 143s rev.)
 
 
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TRAITÉ D'ORIGÈNE SUR LA PRIÈRE

 

« Que ton règne vienne »

Comme l'a dit notre Seigneur et Sauveur, le règne de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur. En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s'accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses lois spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée : Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole l'Apôtre s'accomplira : le Christ, après avoir soumis ses ennemis, remettra son pouvoir royal à Dieu le Père afin que Dieu soit tout en tous. C'est pourquoi, priant sans cesse et avec des dispositions divinisées par le Verbe, nous disons : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne. 

À propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : Comme il n'y a pas d'union entre la justice et l'impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, et portons les fruits de l'Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci trônera en nous, à la droite de la puissance spirituelle, que nous désirons recevoir, jusqu'à ce que tous ses ennemis qui sont en nous deviennent l'escabeau de ses pieds, et que soit chassée loin de nous toute principauté, puissance et souveraineté.

Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que soit détruit le dernier ennemi, la mort, et que le Christ dise en nous : Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? Dès maintenant donc, que ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable ; que ce qui est mortel après la destruction, revête l'immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.

Dimanche 14 novembre

 

Du rôle des anges à celui des sages

 

Gabriel se traduit dans notre langue par « la force » ou « le robuste de Dieu » – voilà encore pourquoi, à l’époque où le Seigneur allait naître, déclarer la guerre aux démons et triompher du monde, c’est Gabriel qui est venu auprès de Zacharie et de Marie (cf. Lc 1, 11-27) ; par la suite encore, nous lisons dans les Psaumes à propos du triomphe du Seigneur : Qui est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, le fort, le vaillant, le vaillant des combats : c’est lui, le roi de gloire (Ps 23, 8.10).

 

Mais partout où il est besoin de médecine et de guérison, est envoyé Raphaël, qui se traduit « soin » ou « médecine de Dieu » (cf. Tb 12, 14-15).

 

Par ailleurs, lorsqu’au peuple sont promis d’heureux événements et qu’il est besoin d’expiation, est envoyé Michel, qui se traduit « Qui est comme Dieu ? » En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, qui se tient auprès des fils de ton peuple. Ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre de Dieu ; et, selon la diversité de leurs mérites, les uns se relèveront pour la vie éternelle, les autres pour la honte pour toujours, les savants auront la ressemblance du ciel, et ceux qui auront été des maîtres pour les autres seront comparés à l’éclat des étoiles. Car il ne suffit pas de connaître la sagesse si l’on ne forme pas aussi les autres, et l’enseignement de la doctrine, s’il reste muet, sans édifier autrui, ne peut recevoir la récompense du repos.

 

St Jérôme
Docteur de l’Église, saint Jérôme († 420) fut un grand interprète de la Bible, qu’il traduisit en latin. Il est l’auteur de la Vulgate. / Commentaire sur Daniel II, VIII, 16 ; III, X, 1-3, trad. R. Courtray, Paris, Cerf, Sources Chrétiennes 602, 2019, p. 329-331, 513, modifiée.

 

 

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SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LE PSAUME 95

 

« Une terre nouvelle, où habitera la justice »

 

Tous les arbres des forêts bondiront de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il est venu une première fois, et il viendra. ~ La première fois, sa parole a résonné dans l'Évangile : Désormais, vous verrez le Fils de l'homme venir sur les nuées. Pourquoi désormais ? Est-ce que le Fils de l'homme ne viendra pas plus tard, lorsque se lamenteront toutes les tribus de la terre ? Il est d'abord venu en la personne de ses prédicateurs et c'est ainsi qu'il a rempli toute la terre. Ne résistons pas au premier avènement si nous ne voulons pas redouter le second. ~

Que doit donc faire le chrétien ? User du monde, ne pas servir le monde. En quoi cela consiste-t-il ? À posséder, comme si l'on ne possédait pas. C'est ce que dit saint Paul : D'ailleurs, frères, le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme ; ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent, comme s'ils ne se réjouissaient pas, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien, ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n 'en usaient pas, car elle passe, la figure de ce monde. Je veux que vous soyez libres de tout souci. Celui qui est libre de tout souci attend avec sécurité la venue de son Seigneur. Car est-ce qu'on aime le Seigneur, lorsqu'on redoute sa venue ? Mes frères, est-ce que nous n'avons pas honte ? Nous aimons, et nous redoutons sa venue ! Aimons-nous vraiment, ou est-ce nous n'aimons pas davantage nos péchés ? Nous haïrons nos péchés eux-mêmes, et nous aimerons celui qui va venir pour punir les péchés. Il viendra, que nous le voulions ou non. Ce n'est pas parce qu'il ne vient pas maintenant qu'il ne viendra pas. Il viendra, et tu ne sais pas quand. Et s'il te trouve prêt, cela n'a pas d'inconvénient pour toi que tu ne le saches pas. ~

Et tous les arbres des forêts bondiront de joie. Il est venu une première fois, et il viendra pour juger la terre. Il trouvera bondissant de joie ceux qui ont cru à son premier avènement, car il vient. ~

Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité. Quelle justice et quelle vérité ? Il rassemblera auprès de lui ses élus pour le jugement, et les autres, il les séparera, car il mettra ceux-ci à sa droite, et ceux-là à sa gauche.

Qu'y aura-t-il de plus juste, de plus vrai que cela : ils n'attendront pas du juge la miséricorde, ceux qui n'ont pas voulu exercer la miséricorde avant la venue du juge. Ceux qui ont voulu exercer la miséricorde seront jugés avec miséricorde. Car il dira à ceux qu'il aura mis à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Et il leur attribue des actes de miséricorde : J'avais faim, et vous m'avez donné à manger, j'avais soif et vous m'avez donné à boire, et toute la suite.

Ceux qu'il a placés à sa gauche, qu'est-ce qu'il leur reproche ? De n'avoir pas voulu exercer la miséricorde. Et où iront-ils ? Allez au feu éternel. Cette sentence funeste suscitera un grand gémissement. Mais que dit un autre psaume ? Jamais on n'oubliera le juste. Il ne craint pas une sentence funeste. Quelle est cette sentence funeste ? Allez au feu éternel, préparé pour le démon et ses anges. Celui qui se réjouira d'une sentence favorable ne craindra pas une sentence funeste. ~ Voilà la justice, voilà la vérité.

Dimanche 7 novembre 21

 

Thomas de Celano (v. 1190-v. 1260)

biographe de saint François et de sainte Claire

« Vita prima » de Saint François, §76 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 257)

Tout donner parce que le Christ a tout donné

 

François, petit pauvre et père des pauvres, voulait vivre en tout comme un pauvre ; il souffrait de rencontrer plus pauvre que lui, non pas par vanité mais à cause de la tendre compassion qu'il leur portait. Il ne voulait qu'une tunique de tissu rêche et très commun ; encore lui arrivait-il bien souvent de la partager avec un malheureux. Mais il était, lui, un pauvre très riche, car poussé par sa grande charité à secourir les pauvres comme il le pouvait, il s'en allait chez les riches de ce monde au temps des plus grands froids et leur demandait de lui prêter un manteau ou une pelisse. On les lui apportait avec plus d'empressement encore qu'il n'en avait mis à les demander. « J'accepte, disait-il alors, à condition que vous ne vous attendiez plus à les revoir. »

 

Au premier pauvre rencontré, François, le cœur en fête, offrait ce qu'il venait de recevoir. Rien ne lui causait plus de peine que de voir insulter un pauvre ou maudire une créature quelconque. Un frère s'était un jour laissé aller à des paroles blessantes contre un pauvre qui demandait l'aumône : « Est-ce que, par hasard, lui avait-il dit, tu ne serais pas riche tout en faisant semblant d'être pauvre ? » Ces paroles ont fait très mal à François, le père des pauvres ; il a infligé au délinquant une terrible semonce, puis lui a ordonné de se dépouiller de ses vêtements en présence du pauvre et de lui baiser les pieds en lui demandant pardon. « Celui qui parle mal à un pauvre, disait-il, injurie le Christ, dont le pauvre présente au monde le noble symbole, puisque le Christ, pour nous, s'est fait pauvre en ce monde » (2Co 8,9).

 

 

 

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La pauvreté spirituelle

 

La pauvreté évangélique est – aussi et d’abord – la pauvreté de la vie dite « spirituelle ». C’est d’ailleurs le sens de la première des béatitudes, par laquelle débute le discours sur la montagne : « Heureux les pauvres spirituels [tô pneûmati, littéralement « en l’esprit »], car à eux est le royaume des Cieux » (Mt 5, 3).

 

Ce sens est confirmé par toute la suite du même discours (cf. Mt 5, 4-7) qui est consacrée essentiellement à la violente mise en cause des riches en matière spirituelle. Seuls ceux qui écoutent cet enseignement et le mettent en pratique bâtissent sur le roc (cf. Mt 7, 24) et entrent par la porte étroite qui ouvre sur la Vie (cf. v. 13).

 

Comment ? En accomplissant la volonté du Père, qui désire que son agapè soit manifestée, communiquée et répandue. Au contraire, ceux qui préfèrent écouter les faux prophètes bâtissent sur le sable et sont engagés sur la voie large et spacieuse de la perdition. Comment ? En croyant que ce sont leurs richesses spirituelles et religieuses (v. 21-23) qui demeureront en vie éternelle.

 

Au dire de Jésus, pour accueillir la nouveauté radicale de la Bonne Nouvelle, pour entrer dans le royaume de l’agapè, il vaut mieux être, sur le plan spirituel comme sur le plan matériel, un pauvre, un petit, un dernier, pour tout dire, un enfant (cf. Mt 11, 25 ; 19, 14 ; Mc 9, 35 ; Lc 9, 48 ; 12, 32 ; 18, 16, etc.). Or, l’« enfance spirituelle » caractérise un esprit libre.


James Haggerty
James Haggerty, journaliste et écrivain, est un auteur spirituel contemporain de grand talent. / Quitter Dieu pour Dieu, Paris, Mame, 2009, p. 76-77.

Dimanche 31 octobre - 1er novembre

 

HOMÉLIE DE St. BERNARD POUR LA TOUSSAINT

 

Dans la communion des saints

 

Pourquoi notre louange à l'égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? Que leur font ces honneurs terrestres, alors que le Père du ciel, en réalisant la promesse du Fils, les honore lui-même ? De nos honneurs les saints n'ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait, si nous vénérons leur mémoire, c'est pour nous que cela importe, non pour eux. ~ Pour ma part, je l'avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir. ~

Le premier désir, en effet, que la mémoire des saints éveille, ou plus encore stimule en nous, le voici : nous réjouir dans leur communion tellement désirable et obtenir d'être concitoyens et compagnons des esprits bienheureux, d'être mêlés à l'assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs, à la communauté des confesseurs, au chœur des vierges, bref d'être associés à la joie et à la communion de tous les saints. Cette Église des premiers-nés nous attend, et nous n'en aurions cure ! Les saints nous désirent et nous n'en ferions aucun cas ! Les justes nous espèrent et nous nous déroberions !

Réveillons-nous enfin, frères ; ressuscitons avec le Christ, cherchons les réalités d'en haut ; ces réalités, savourons-les. Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent, et puisqu'ils comptent sur nous, accourons avec nos désirs spirituels. ~ Ce qu'il nous faut souhaiter, ce n'est pas seulement la compagnie des saints, mais leur bonheur, si bien qu'en désirant leur présence, nous ayons l'ambition aussi de partager leur gloire, avec toute l'ardeur et les efforts que cela suppose. Car cette ambition-là n'a rien de mauvais : nul danger à se passionner pour une telle gloire. ~

Et voici le second désir dont la commémoration des saints nous embrase : voir, comme eux, le Christ nous apparaître, lui qui est notre vie, et paraître, nous aussi, avec lui dans la gloire. Jusque-là, il ne se présente pas à nous comme il est en lui-même, mais tel qu'il s'est fait pour nous : notre Tête, non pas couronnée de gloire, mais ceinte par les épines de nos péchés. ~ Il serait honteux que, sous cette tête couronnée d'épines, un membre choisisse une vie facile, car toute la pourpre qui le couvre doit être encore non pas tant celle de l'honneur que celle de la dérision. Viendra le jour de l'avènement du Christ : alors on n'annoncera plus sa mort de manière à nous faire savoir que nous aussi sommes morts et que notre vie est cachée avec lui. La Tête apparaîtra dans la gloire, et avec elle les membres resplendiront de gloire, lorsque le Christ restaurera notre corps d'humilité pour le configurer à la gloire de la Tête, puisque c'est lui la Tête.           

Cette gloire, il nous faut la convoiter d'une absolue et ferme ambition. ~ Et vraiment, pour qu'il nous soit permis de l'espérer, et d'aspirer à un tel bonheur, il nous faut rechercher aussi, avec le plus grand soin, l'aide et la prière des saints, afin que leur intercession nous obtienne ce qui demeure hors de nos propres possibilités.

 

 

 

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La douceur, pas l’indolence

 

« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » En quoi consiste cette douceur ? Pourquoi le Verbe de Dieu proclame-t-il la douceur bienheureuse ? Il ne me semble pas indiqué de comprendre sans discrimination sous le nom de cette vertu tout ce qui se fait avec douceur, si on entend par ce mot le flegme et l’indolence. Le coureur mou n’est pas plus doux que celui qui le devance ; dans un pugilat, le plus lent ne remporte pas la victoire. Quand nous courons pour la récompense promise à notre vocation de chrétiens, saint Paul nous exhorte à nous hâter : Courez de manière à l’emporter (1 Co 9, 24).


Le Seigneur ne déclare pas bienheureux ceux dont la vie est exempte de passions, parce qu’il n’est pas possible dans une existence terrestre de se libérer totalement des sens et des passions. Le Christ appelle douceur la forme de vertu que nous pouvons atteindre au cours de notre vie mortelle et affirme que la douceur suffit pour parvenir à la béatitude. Il n’exige pas l’impassibilité totale : seul un législateur inique pourrait demander à la nature humaine ce dont elle n’est pas capable. Ce serait un peu comme si on demandait aux poissons de vivre dans les airs ou, inversement, aux oiseaux de vivre dans l’eau. La loi doit s’adapter aux dispositions de la nature. La béatitude prescrit la modération et la douceur, et non l’absence totale de passions. Le Seigneur condamne non pas ceux qui accidentellement succombent à la passion, mais celui qui cultive et satisfait ses passions de propos délibéré.

 

St Grégoire de Nysse
Frère de Basile de Césarée, saint Grégoire († 394) fut évêque de Nysse, en Cappadoce. / Les Béatitudes, 2, trad. A.-G. Hamman, Paris, Migne, 1995, Les Pères dans la foi 10, p. 42-44.

Dimanche 24 octobre 2021

 

Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)
moine et évêque, La Vie de Moïse, II, 231-233, 251-253 ; SC 1ter (trad. J. Daniélou; Éd. du Cerf 2000; p. 265s)

 

« Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route »
 
[Sur le mont Sinaï, Moïse dit au Seigneur  « De grâce, fais-moi voir ta gloire ». Dieu lui répondit : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté (...), mais tu ne peux pas voir ma face » (Ex 33,18s).] Ressentir ce désir me semble provenir d'une âme animée d'amour à l'égard de la beauté essentielle, une âme que l'espérance ne cesse d'entraîner de la beauté qu'elle a vue à celle qui est au-delà. (...) Cette demande audacieuse, qui dépasse les limites du désir, c'est de ne pas jouir de la Beauté par des miroirs et des reflets, mais face à face. La voix divine accorde ce qui est demandé par le fait même qu'elle le refuse (...) : la munificence de Dieu lui accorde l'accomplissement de son désir ; mais en même temps elle ne lui promet pas le repos ou la satiété. (...)

 

C'est en cela que consiste la véritable vision de Dieu : dans le fait que celui qui lève les yeux vers lui ne cesse jamais de le désirer. C'est pourquoi il dit : « Tu ne pourras pas voir mon visage » (...) Le Seigneur, qui avait répondu ainsi à Moïse, s'exprime de la même façon à ses disciples, mettant en lumière le sens de ce symbole. « Si quelqu'un veut me suivre », dit-il (Lc 9,23) et non : « Si quelqu'un veut me précéder ». À celui qui lui adresse une prière au sujet de la vie éternelle, il propose la même chose : « Viens, suis-moi » (Lc 18,22). Or celui qui suit est tourné vers le dos de celui qui le conduit. Donc l'enseignement que reçoit Moïse sur la manière dont il est possible de voir Dieu est celui-ci : suivre Dieu où qu'il conduise, c'est là voir Dieu. (...) Il n'est pas possible en effet à celui qui ignore le chemin de voyager en sécurité s'il ne suit pas le guide. Le guide lui montre le chemin en le précédant ; celui qui suit alors ne s'écartera pas du bon chemin, s'il est toujours tourné vers le dos de celui qui le conduit. En effet, s'il se laisse aller sur le côté ou s'il fait face à son guide, il s'engage dans une autre voie que celle que lui montre le guide. C'est pourquoi Dieu dit à celui qu'il conduit : « Tu ne verras pas mon visage », c'est-à-dire : « Ne fais pas face à ton guide ». Car alors tu courrais en sens contraire de lui. (...)

 

Tu vois combien il importe d'apprendre à suivre Dieu. Pour celui qui le suit ainsi, aucune des contradictions du mal ne s'oppose plus à sa marche.

 

 

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Lève-toi, il t’appelle !

 

Saint Marc rapporte avec soin l’attitude de l’aveugle de Jéricho. Rappelez-vous le cri de cet homme : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » L’Orient chrétien, des Églises de Byzance au monachisme, a chargé ces mots de toute la tradition spirituelle de la prière, donnant son contenu le plus fort à cette simple phrase incessamment répétée, les yeux fixés sur Jésus, le Sauveur du monde.

 

« Appelez-le », ordonne Jésus. Chacun de nous peut se dire que Jésus prononce pour lui cet ordre, et prendre pour lui l’encouragement de l’Église dans le « Courage, lève-toi, il t’appelle » de ceux qui entourent Bartimée. Et chacun de nous peut faire sien son geste quand, rejetant son manteau pour ne pas avoir d’entrave, il se précipite vers Jésus. Chacun peut entendre pour lui cet appel à sa propre liberté : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Voilà la question que Jésus nous pose : Que veux-tu que je fasse pour toi ? « Que je retrouve la vue », répond l’aveugle. La seule prière qui est exaucée sur le champ, c’est celle qui demande la Lumière, car Dieu est Lumière. 

 

« Va, ta foi t’a sauvé. » Et Bartimée voit Jésus et le suit sur son chemin qui monte vers sa Passion.

 

Card. Jean-Marie Lustiger
De famille juive, Aron Jean-Marie Lustiger († 2007) s’est converti au catholicisme en 1940. Il a été nommé archevêque de Paris en 1981 et créé cardinal en 1983. / Homélie du 26 mai 1988, Cathédrale Notre-Dame de Paris, copyright Diocèse de Paris

Dimanche 17 octobre 2021

 

Lettre de saint Augustin à Proba sur la prière

 

Le désir est l'âme de la prière

 

À quoi bon nous disperser de tous côtés et chercher ce que devons demander dans la prière ? Disons plutôt avec le psaume : La seule chose que je demande au Seigneur, que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour savourer la douceur du Seigneur et fréquenter son temple. Là, en effet, tous les désirs ne passent pas en arrivant et en disparaissant, et l'un ne commence pas quand l'autre finit : ils existent tous ensemble, ils n'ont pas de fin, car la vie elle-même, dont sont les jours, n'a pas de fin.

 

Pour nous faire obtenir cette vie bienheureuse, celui qui en personne est la Vie véritable nous a enseigné à prier, non pas avec un flot de paroles comme si nous devions exaucés du fait de notre bavardage : en effet, comme dit le Seigneur lui-même, nous prions celui qui sait, avant que nous le lui demandions, ce qui nous est nécessaire. ~
Il sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions ? Alors, pourquoi nous exhorte-t-il à la prière continuelle ? Cela pourrait nous étonner, mais nous devons comprendre que Dieu notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu'il ne peut ignorer. Mais il veut que notre désir s'excite par la prière, afin que nous soyons capables d'accueillir ce qu'il s'apprête à nous donner. Car cela est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité ! C'est pourquoi on nous dit : Ouvrez tout grand votre cœur. Ne formez pas d'attelage disparate avec les incrédules.

 

Certes, c'est quelque chose de très grand : l'œil ne l'a pas vu, car ce n'est pas une couleur ; l'oreille ne l'a pas entendu, car ce n'est pas un son ; et ce n'est pas monté au cœur de l'homme, car le cœur de l'homme doit y monter. Nous serons d'autant plus capables de le recevoir que nous y croyons avec plus de foi, nous l'espérons avec plus d'assurance, nous le désirons avec plus d'ardeur.

 

C'est donc dans la foi, l'espérance et l'amour, par la continuité du désir, que nous prions toujours. Mais nous adressons aussi nos demandes à Dieu par des paroles, à intervalles déterminés selon les heures et les époques : c'est pour nous avertir nous-mêmes par ces signes concrets, pour faire connaître à nous-mêmes combien nous avons progressé dans ce désir, afin de nous stimuler nous-mêmes à l'accroître encore. Un sentiment plus vif est suivi d'un progrès plus marqué. Ainsi, l'ordre de l'Apôtre : Priez sans cesse, signifie tout simplement : La vie bienheureuse, qui n'est autre que la vie éternelle auprès de Celui qui est seul à pouvoir la donner, désirez-la sans cesse.

 

 

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Gloire de la petitesse

 

Les plus grands saints aux yeux de Dieu sont les plus petits à leurs propres yeux ; et plus leur vocation est sublime, plus ils sont humbles dans leur cœur. Pleins de la vérité et de la gloire céleste, ils ne sont pas avides d’une gloire vaine. Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s’élever en eux-mêmes. Rapportant à Dieu tout ce qu’ils ont reçu de bien, ils ne recherchent point la gloire que donnent les hommes, et ne veulent que celle qui vient de Dieu seul ; leur unique but, leur désir unique, est qu’il soit glorifié en lui-même et dans tous les saints, par-dessus toutes choses.

 

Soyez donc reconnaissants des moindres grâces, et vous mériterez d’en recevoir de plus grandes. Que le plus léger don, la plus petite faveur aient pour vous autant de prix que le don le plus excellent et la faveur la plus singulière. Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu’il donne ne vous paraîtra petit ni méprisable ; car peut-il être quelque chose de tel dans ce qui vient d’un Dieu infini ?

 

Thomas a Kempis († 471) est un moine allemand appartenant à l’école des mystiques rhénans. On lui attribue la rédaction de l’Imitation de Jésus Christ. / L’imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, traduction de Félicité de Lamennais, Paris, Editions Arts et Métiers graphiques, 1946, p. 71-72.

Dimanche 10 octobre 2021

 

« Commentaire de saint Cyrille d'Alexandrie sur le prophète Aggée »

 

« Dans ce lieu, je donnerai la paix »  


À l'époque de l'avènement de notre Sauveur, se manifesta un Temple divin incomparablement glorieux, d'autant meilleur et supérieur par rapport à l'ancien que l'on peut mesurer la différence entre le culte réglé par la Loi et le culte chrétien et évangélique, entre les préfigurations et la vérité.


Voici ce que je crois pouvoir dire à ce sujet. Jadis, il y avait un seul Temple, à Jérusalem seulement, et c'était le peuple d'Israël qui y accomplissait les sacrifices. Plus tard, le Fils unique de Dieu est venu parmi nous, lui qui est le Seigneur et le Dieu qui nous a donné sa lumière, comme dit l'Écriture. Par la suite, le monde entier s'est couvert de saintes demeures avec d'innombrables adorateurs qui glorifiaient le Dieu de l'univers par des sacrifices, des parfums spirituels. Et c'est cela, je crois, que Malachie annonçait, parlant au nom de Dieu : Je suis le Grand Roi, dit le Seigneur. Mon nom a été glorifié parmi les nations. En tous lieux on offre à mon nom de l'encens et une oblation pure. Elle est donc bien vraie, cette parole dite par le prophète Aggée : La gloire de ce dernier Temple — c'est-à-dire de l'Église — sera plus grande que l'ancienne.

 

À ceux qui se préoccupent de la bâtir, le Christ sera donné comme un asile venant du Père, comme un don du ciel, la paix pour tous, puisque par lui nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit. C'est ce qui est annoncé ensuite par le prophète. Je donnerai la paix dans ce lieu, et la paix pour protéger tous ceux qui travaillent à l'érection de ce Temple. En effet, le Christ a dit aussi : Je vous donne ma paix. Et combien celle-ci est avantageuse à ceux qui aiment, saint Paul va nous l'enseigner : La paix du Christ, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, gardera votre cœur et vos pensées. Le sage Isaïe faisait cette prière : Seigneur notre Dieu, donne-nous la paix, car c'est toi qui récompenses tous nos actes. En effet, pour ceux qui ont mérité une seule fois de recevoir la paix du Christ, il est facile de garder leur âme et de diriger leurs pensées de façon à observer exactement la vertu.

 

On nous affirme donc que la paix sera donnée à tous les constructeurs du Temple. Soit que l'on bâtisse l'Église, comme le dispensateur des mystères divins, qui est à la tête de la maison de Dieu ; soit que l'on améliore son âme, qui apparaît comme une pierre vivante et spirituelle pour le Temple saint et l'habitation de Dieu dans l'esprit. L'un comme l'autre y gagnera de pouvoir facilement sauver son âme.

 

 

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Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé

La pauvreté (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 268-269 ; rev.)

Tenons les yeux fixés sur Jésus, le divin pauvre

 

Contemplons Notre-Seigneur qui est notre modèle en toutes choses et que nous voulons suivre par amour.

 

Que nous enseigne sa vie ? Il a, pour ainsi dire, épousé la pauvreté. Il était Dieu. (…) Et voici que ce Dieu s’incarne pour nous ramener à lui. Quelle voie choisit-il ? Celle de la pauvreté. Quand le Verbe est venu en ce monde, lui, le Roi du ciel et de la terre a voulu, dans sa divine sagesse, disposer les détails de sa naissance, de sa vie et de sa mort, de telle façon que ce qui transparaît le plus, c’est sa pauvreté, le mépris des biens de ce monde.

 

Les plus pauvres naissent au moins sous un toit ; lui, il voit le jour dans une étable, sur la paille, car « il n’y avait pas de place pour sa mère à l’hôtellerie » (Lc 2,7). À Nazareth, il mène la vie obscure d’un pauvre artisan (cf. Mt 13,55). Plus tard, dans sa vie publique, il n’a pas où reposer la tête, « alors que les renards ont leurs tanières » (Lc 9, 58). À l’heure de la mort, il a voulu être dépouillé de ses vêtements et attaché nu à la croix. Cette tunique tissée par sa mère, il laisse ses bourreaux s’en emparer ; ses amis l’ont abandonné ; de ses apôtres, il ne voit auprès de lui que S. Jean. Au moins, sa mère lui reste : mais non, il la donne à son disciple (cf. Jn19,27). N’est-ce pas là le dépouillement absolu ?

 

Cependant, il trouve moyen de dépasser cet extrême degré de dénuement. Il y a encore les joies célestes dont son Père inonde son humanité ; il y renonce, car voici que son Père l’abandonne (cf. Mt 22,46). Il demeure seul, suspendu entre le ciel et la terre. (…) Quand on contemple Jésus pauvre à la crèche, à Nazareth, sur la croix, nous tendant les mains et nous disant : « c’est pour toi », on comprend les folies des amants de la pauvreté. Tenons donc les yeux fixés sur le divin pauvre de Bethléem, de Nazareth et du Golgotha.

Dimanche 3 octobre 2021

 

Tous deux deviendront une seule chair

 

Jacques de Saroug analyse ici l’analogie paulinienne du mariage comme image de l’union du Christ et de l’Église.

 

Les femmes ne sont pas aussi étroitement liées à leur mari que ne le sont l’Église et le Fils de Dieu. La mort sépare les épouses de leur mari, mais ici c’est la mort qui unit l’épouse à son bien-aimé.

 

Il mourut sur la croix, livra son corps à sa glorieuse épouse et voici que chaque jour elle le prend et le consomme à sa table.

 

Du sang précieux sorti de son côté transpercé (cf. Jn 19, 34), il lui apprêta une coupe qu’elle devait boire pour oublier ses dieux innombrables. Avec lui elle s’oignit d’huile ; dans l’eau elle l’attira vers elle ; elle le consomma sous la forme de pain, et sous la forme du vin qu’elle but, pour que tout le monde reconnût que de deux ils sont devenus un. Après la mort de son époux sur la croix, elle ne l’échangea pas pour un autre, mais elle aima sa mort, car elle savait que par sa mort elle avait reçu la vie.

 

Jacques de Saroug († 521)
Formé à Édesse, moine puis évêque, il fut l’un des plus grands auteurs et poètes syriens, surnommé « la Harpe de l’Église ». / Le voile de Moïse, trad. des Bénédictins de Chevetogne, dans La femme : les grands textes des Pères de l’Église, Paris, Le Centurion/Grasset, Ichtus 12, p. 312-313.

 

 

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Concile Vatican II

Déclaration sur l'Éducation chrétienne « Gravissimum Educationis », 3; 28 octobre 1965 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

 

« Laissez les enfants venir à moi »

 

Les parents, parce qu'ils ont donné la vie à leurs enfants, ont la très grave obligation de les élever, et à ce titre ils doivent être reconnus comme leurs premiers et principaux éducateurs.

 

Le rôle éducatif des parents est d’une telle importance que, en cas de défaillance de leur part, il peut difficilement être suppléé. C’est aux parents, en effet, de créer une atmosphère familiale, animée par l’amour et le respect envers Dieu et les hommes, telle qu’elle favorise l’éducation totale, personnelle et sociale, de leurs enfants.

 

La famille est donc la première école des vertus sociales nécessaires à toute société. Mais c’est surtout dans la famille chrétienne, riche des grâces et des exigences du sacrement de mariage, que dès leur plus jeune âge les enfants doivent, conformément à la foi reçue au baptême, apprendre à découvrir Dieu et à l’honorer ainsi qu’à aimer le prochain ; c’est là qu’ils font la première expérience de l’Église et de l’authentique vie humaine en société ; c’est par la famille qu’ils sont peu à peu introduits dans la communauté des hommes et dans le Peuple de Dieu. Que les parents mesurent donc bien l’importance d’une famille vraiment chrétienne dans la vie et le progrès du Peuple de Dieu lui-même.

dimanche 26 septembre

« Celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ...ne restera pas sans récompense »

 

 

Donne les biens de ce monde et reçois les biens éternels. Donne la terre et reçois le ciel.

 

Mais à qui donner ? (...) Écoute l'Écriture te dire comment prêter au Seigneur : « Celui-là prête au Seigneur, qui a pitié du pauvre » (Pr 19,17).

Assurément Dieu n'a pas besoin de toi ; mais un autre en a besoin. Ce que tu donnes à l'un, un autre le reçoit. Car le pauvre n'a pas de quoi te rendre ; il le voudrait, mais il ne trouve rien ; seule demeure en lui sa volonté bienveillante de prier pour toi.

 

Mais quand un pauvre prie pour toi, c'est comme s'il disait à Dieu : « Seigneur, j'ai reçu un prêt, sois ma caution ». Dès lors, si le pauvre auquel tu as affaire est insolvable, il a un bon garant, car Dieu te dit : « Donne avec assurance, c'est moi qui suis le répondant. (...) C'est moi qui rendrai, c'est moi qui reçois, c'est à moi que tu donnes ».

 

Crois-tu que Dieu te dise : « C'est moi qui reçois, c'est à moi que tu donnes » ? Oui, assurément, si le Christ est Dieu, et là il n'y a pas de doute. Car il a dit : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ». Et comme on lui demande : « Quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim ? », il veut montrer qu'il est réellement le garant des pauvres, qu'il répond pour tous ses membres. (...) Il déclare : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes disciples, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,35s).

 

Saint Augustin (354-430)

évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église

3e Sermon sur le psaume 36, CCL 38, 372 (Lectionnaire monastique, t. 3; trad. Privée; Solesmes-Cerf 1994; p. 1005 rev.)
 
 
 
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Petitesse

 

Je compris que quiconque en cette vie – homme ou femme – choisit Dieu volontairement par amour peut être sûr qu’il est aimé à tout jamais d’un amour infini opérant en lui cette grâce.

Car Jésus veut que nous ayons cette espérance : être sur terre aussi assuré de la béatitude céleste que nous le sommes de la posséder un jour au ciel. Plus cette certitude nous fait acquérir joie et réjouissance, dans la révérence et l’humilité, plus nous lui sommes agréables. J’en eus la révélation.

 

La révérence dont je parle est une crainte sainte et courtoise envers notre Seigneur, accompagnée d’humilité. La créature voit le Seigneur étonnamment grand et elle se voit étonnamment petite. Pareilles vertus, les bien-aimés de Dieu les possèdent éternellement au ciel. C’est ce qu’on peut voir et sentir ici-bas, dans une certaine mesure, lorsque notre Seigneur se présente aimablement dans ses manifestations.

 

Le voir en tout, voilà ce qui est la chose la plus désirable. Il en découle un merveilleux affermissement de notre vraie foi et une espérance sûre, provenant d’une grande charité.

 

Sainte Julienne de Norwich

(† v. 1416), recluse d’un ermitage en Angleterre, a reçu seize révélations du Christ dans sa Passion. / Écrits mystiques, Toulouse, Éd. du Carmel, 2007, p. 143.

Dimanche 19 septembre 2021

 

Le Créateur devenu serviteur


Il n’était pas digne de la bonté de Dieu que des êtres suscités par lui fussent détruits à cause de la ruse pratiquée par le diable à l’encontre des hommes. D’ailleurs, il eût été d’une inconvenance totale que l’art mis par Dieu à susciter les hommes fût anéanti par leur négligence ou par la ruse des démons.

 

Ainsi, les êtres raisonnables périssant et de telles œuvres étant vouées à leur perte, que fallait-il que Dieu fît, lui qui est bon ?

Permettre à la corruption de prévaloir sur eux et à la mort de les dominer ? Mais quel profit pour ces êtres d’avoir été suscités à l’origine ? Il valait mieux ne pas être que de se trouver abandonnés, et de périr, une fois dans l’être. Car de la négligence de Dieu on conclurait à sa faiblesse plutôt qu’à sa bonté, si après avoir créé il laissait périr son œuvre, et cela bien plus que s’il n’avait pas fait l’homme au commencement.

 

De qui avait-on besoin pour cette grâce et cette restauration, sinon du Verbe de Dieu qui au commencement avait créé toutes choses de rien ? C’était à lui de ramener le corruptible à l’incorruptibilité, et de trouver ce qui en toutes choses convenait au Père. Étant le Verbe de Dieu, au-dessus de tout, seul par conséquent il était capable de recréer toutes choses, de souffrir pour tous les hommes et d’être au nom de tous un digne ambassadeur auprès du Père.

 

St Athanase d’Alexandrie
évêque d’Alexandrie († 373) et docteur de l’Église, a été au ive siècle l’un des plus combattifs défenseurs de la divinité du Christ. / Sur l’Incarnation du Verbe, 6,5-8, 7,4-5, trad. C. Kannengiesser, Paris, Cerf, 1973, Sources Chrétiennes 199, p. 285.289.

 

 

 

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« Celui qui accueille en mon nom un enfant, c'est moi qu'il accueille »

 

Nous, tous les chrétiens, sommes le corps du Christ et ses membres, dit l'apôtre Paul (1Co 12,27). À la résurrection du Christ, tous ses membres ont ressuscité avec lui, et tandis qu'il passait des enfers à la terre, il nous fait passer de la mort à la vie.

 

Le mot « pâque » en hébreu veut dire passage ou départ. Ce mystère n'est-il pas le passage du mal au bien ? Et quel passage ! Du péché à la justice, du vice à la vertu, de la vieillesse à l'enfance. Je parle ici de l'enfance qui tient à la simplicité, non à l'âge. Car les vertus, elles aussi, ont leurs âges. Hier la décrépitude du péché nous mettait sur notre déclin. Mais la résurrection du Christ nous fait renaître dans l'innocence des tout-petits.

 

La simplicité chrétienne fait sienne l'enfance. L'enfant est sans rancœur, il ne connaît pas la fraude, il n'ose pas frapper. Ainsi, cet enfant qu'est le chrétien ne s'emporte pas si on l'insulte, il ne se défend pas si on le dépouille, il ne rend pas les coups si on le frappe. Le Seigneur exige même qu'il prie pour ses ennemis, qu'il abandonne tunique et manteau aux voleurs, et qu'il présente l'autre joue à ceux qui le giflent (Mt 5,39s). L'enfance du Christ dépasse l'enfance des hommes. (...) Celle-ci doit son innocence à sa faiblesse, celle-là à sa vertu. Et elle est digne de plus d'éloges encore : sa haine du mal émane de sa volonté, non de son impuissance.

 

Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

évêque - Sermon 58 ; PL 57, 363 (in Le mystère de Pâques, coll. Ichtus, Lettres chrétiennes 10; trad. F. Quéré-Jaulmes; Le Centurion-Grasset, 1965; p. 259 rev.)

Dimanche 12 septembre 

 

« Si quelqu'un veut marcher derrière moi..., qu'il prenne sa croix, 

et qu'il me suive »

 

Comment exprimer ce que mon âme a ressenti quand, de la bouche d'un saint prélat, elle a entendu ce qui est déjà ma folie, ce qui me rend absolument heureux dans mon exil..., l'amour de la Croix ! (...) Qui me donnerait le langage du roi David pour pouvoir exprimer les merveilles de l'amour à la Croix ? (...) Oh, la Croix du Christ !... que peut-on dire de plus ? Je ne sais pas prier, je ne sais pas ce qu'est être bon..., je n'ai pas l'esprit religieux, car je suis plein du monde... Je ne sais qu'une chose, une chose qui remplit mon âme de joie, tout en me voyant si pauvre en vertus et si riche en misères ; je sais seulement que j'ai un trésor que ne changerais pour rien ni pour personne..., ma Croix, la Croix de Jésus, cette Croix qui est mon seul repos ! Comment expliquer cela ? Celui qui ne l'a pas expérimenté ne peut nullement soupçonner de quoi il s'agit. Ah, si tous les hommes aimaient la croix du Christ !...

Si le monde savait ce que c'est que d'embrasser pleinement, vraiment, sans réserve, en folie d'amour, la Croix du Christ ! (...) Combien de temps perdu en causeries, dévotions et exercices qui sont saints et bons, mais ne sont pas la Croix de Jésus, ne sont pas ce qu'il y a de meilleur ! (...)

Pauvre homme qui n'est bon à rien, qui ne sers à rien, (...) qui traînes ta vie, suivant comme tu peux les austérités de la Règle, te contentant de cacher en silence tes ardeurs, aime à la folie ce que le monde méprise parce qu'il ne le connaît pas, adore en silence cette Croix, qui est ton trésor, sans que personne s'en aperçoive ! Médite en silence devant elle les grandeurs de Dieu, les merveilles de Marie, les misères de l'homme (...) Continue ta vie toujours en silence, aimant, adorant et t'unissant à la Croix... Que veux-tu de plus ? Savoure la Croix, comme a dit ce matin Monseigneur l'évêque... Savourer la Croix !...

 

Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938)

moine trappiste espagnol

Écrits spirituels 03/04/1938 (trad. Ange Rodriguez; Éd. du Cerf 2008, p. 396

 

 

 

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Qu’est-ce que la foi ?

 

La foi est une lumière qui nous apprend à rendre tous nos devoirs à Dieu, et nous enseigne dans le secret de l’esprit les voies pour nous conduire auprès de lui dans tous les états intérieurs et extérieurs de notre vie. Et cette foi est celle dont saint Paul dit que le juste vit de la foi (cf. Ga 3, 11) : « Mon juste », dit notre Seigneur, termes par lesquels il témoigne l’estime qu’il fait de celui qu’il conduit par la foi.

En effet, c’est un soin merveilleux de Dieu et une fidélité prodigieuse de voir comme il s’applique à instruire soigneusement l’âme qui lui appartient et qui a quitté tout secours des révélations, des lumières particulières et des créatures les plus saintes. Je suis seul et pauvre (Ps 24, 16) : cette âme est seule, délaissée, pauvre et dépouillée de tout secours particulier, et elle est dans l’abandon à Dieu seul, vivant en lui, qui la conforte, l’illumine et la conduit par les secrètes et pures voies de la foi.

C’est un bonheur incomparable et une liberté incompréhensible que celle qui naît de cette foi divine. Elle n’est point concevable, et c’est pourquoi elle ne s’accorde qu’après de longues puretés et fidélités envers Dieu, après de longues peines, adversités, tribulations et tentations divines, humaines, diaboliques.

 

Jean-Jacques Olier, p.s.s. († 1657), très lié à saint Vincent de Paul, est le fondateur de la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, vouée à la formation des prêtres. / Introduction à la vie et aux vertus chrétiennes, Paris, Champion, 2016, p. 318s.

Dimanche 5 septembre

 

 

« Il lui mit les doigts dans les oreilles et (...) lui toucha la langue »

 

La force divine que l'homme ne peut pas toucher est descendue, elle s'est enveloppée dans un corps palpable, afin que les pauvres la touchent, et qu'en touchant l'humanité du Christ, ils perçoivent sa divinité.

À travers des doigts de chair, le sourd-muet a senti qu'on touchait ses oreilles et sa langue. À travers des doigts palpables, il a perçu la divinité intouchable quand le lien de sa langue a été rompu et quand les portes closes de ses oreilles ont été ouvertes. Car l'architecte et l'artisan du corps est venu jusqu'à lui, et d'une parole douce, il a créé sans douleur des ouvertures dans des oreilles sourdes ; alors aussi, cette bouche fermée, jusqu'alors incapable de donner le jour à la parole, a mis au monde la louange de celui qui faisait ainsi porter du fruit à sa stérilité.

De même, le Seigneur a formé de la boue avec sa salive et l'a étendue sur les yeux de l'aveugle-né (Jn 9,6) pour nous faire comprendre que quelque chose lui manquait, comme au sourd-muet. Une imperfection innée de notre pâte humaine a été supprimée grâce au levain qui vient de son corps parfait. (...) Pour combler ce qui manquait à ces corps humains, il a donné quelque chose de lui-même, tout comme il se donne à manger [dans l'eucharistie]. C'est par ce moyen qu'il fait disparaître les défauts et ressuscite les morts, pour que nous puissions reconnaître que, grâce à son corps « où habite la plénitude de la divinité » (Col 2,9), les défauts de notre humanité sont comblés et que la vraie vie est donnée aux mortels par ce corps où habite la vraie vie.

 

Saint Éphrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église,

Sermon « Sur notre Seigneur », 10-11

 

 

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« Une sorte de miracle eucharistique »


Il lève les yeux vers le Père. C’est comme s’il ne voulait jamais opérer un miracle seul, mais toujours dans la Trinité. Le Père et l’Esprit sont au ciel. Et lui, même comme homme dans le monde, a toujours accès au ciel. Plus encore : il fait descendre le ciel, pour ne pas venir tout seul, pour être approuvé, pour laisser prendre part. Cette manière divine, réciproque, de laisser prendre part est ce que le Seigneur nous offre aussi à nous à travers sa vie entière. Car il y a là tout un tissu de relations. Le sourd-muet est là, qui s’est laissé conduire passivement, puis ceux qui l’ont amené sont là, les actifs, finalement les spectateurs, ceux qui rapportent les faits. Le Seigneur est là, Dieu et homme, et le ciel est là. Toute une participation à perte de vue donc, dans laquelle chacun joue son rôle, sans qu’on sache exactement ce qui revient à qui. C’est chrétien, c’est déjà une sorte de miracle eucharistique. Le Seigneur donne son corps parce qu’il séjourne sur terre ; il touche physiquement. Il ne donne pas seulement sa force divine miraculeuse. Et il ne refuse pas l’aide des hommes. Mais en regardant vers le ciel, il cherche la présence du Père et de l’Esprit et du ciel tout entier.


Adrienne von Speyr

Laïque et médecin suisse, protestante convertie au catholicisme en 1940, Adrienne von Speyr († 1967) fut une grande mystique. Collaboratrice du théologien Hans Urs von Balthasar, elle fonda avec lui un institut séculier, Saint-Jean, en 1944. / Saint Marc, Points de méditation pour unecommunauté, Perpignan, Socéval, 2006, p. 349-350.

Dimanche 27 juin

 

« L'enfant n'est pas morte : elle dort »

 

Toute lecture d'évangile nous est d'un grand profit aussi bien pour la vie présente que pour la vie future. Mais plus encore l'évangile de ce jour, car il contient la totalité de notre espérance et bannit tout motif de désespoir...

Un chef de la synagogue conduisait le Christ auprès de sa fille et donnait en même temps l'occasion à une femme qui souffrait d'hémorragie de venir trouver Jésus... Le Christ connaissait l'avenir et n'ignorait pas que cette femme viendrait à sa rencontre. C'est elle qui ferait comprendre au chef des juifs que Dieu n'a pas besoin de se déplacer, qu'il n'est pas nécessaire de lui montrer le chemin ni de solliciter sa présence physique. Il faut croire, au contraire, que Dieu est présent partout, qu'il y est avec tout son être et pour toujours. Qu'il peut tout faire sans peine en donnant un ordre, qu'il envoie sa puissance sans la transporter ; qu'il met la mort en fuite par un commandement sans bouger la main ; qu'il rend la vie en le décidant, sans recourir à la médecine...

Dès que le Christ arrive à la maison et voit que les gens pleurent la jeune fille comme une morte, il veut amener à la foi leurs cœurs incrédules. Comme eux pensaient qu'on ne pouvait pas ressusciter d'entre les morts plus facilement que sortir du sommeil, le Christ déclare que la fille était endormie et non pas morte.

Et vraiment, pour Dieu, la mort est un sommeil. Car Dieu fait revenir un mort à la vie en moins de temps qu'un homme ne tire un dormeur de son sommeil... Ecoute ce que dit l'apôtre Paul : « Instantanément, en un clin d'œil, les morts ressusciteront » (1Co 15,52)... D'ailleurs, comment aurait-il pu condenser dans des mots la rapidité d'un événement dans lequel la puissance divine dépasse la rapidité même ? Comment le temps pourrait-il intervenir dans le don d'une réalité éternelle, non soumise au temps ?

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

évêque de Ravenne, docteur de l'Église

Sermon 34 ; CCL 24, 193s (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 261)

 

 

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Recommencement


Dieu nous donne sans cesse de quoi repartir. Il ne considère que l’aujourd’hui, il nous rend notre chance, il a mauvaise mémoire. Il oublie nos péchés et ne tient pas rancune, dit l’Écriture (Ps 102, 3.9), ou plutôt il les transforme en tremplin !

Pour Dieu, rien n’est jamais raté, perdu définitivement. Il y a de l’irréversible dans notre vie, mais rien d’irréparable, du moins sur le plan spirituel. Dieu, dont les miséricordes se renouvellent tous les matins, nous recrée à neuf, dès que nous revenons vers lui. Chaque instant de notre vie est toujours nouveau, il nous replace incessamment au début de notre être, en nous reliant à l’acte créateur dont cet être, incessamment découle, ayant le droit de dire comme le psalmiste : Maintenant je commence (Ps 76, 11, SAC). Nous sommes sans cesse au matin de la création. C’est que Dieu est le Dieu des commencements et Jésus, sorti vainqueur de l’abîme de sa mort, marque dans l’histoire un commencement nouveau, une seconde et définitive aurore.

Mais dire que notre Dieu est le Dieu des commencements, c’est dire aussi qu’il est celui des arrachements. Dieu crée en « faisant sortir » : c’est la libération de l’Égypte, l’Exode, l’arrachement de l’oiseau au filet du chasseur (Ps 123, 7). Toute naissance est arrachement au sein maternel.

 

Marie-Gérard Dubois, o.c.s.o.

Dom Marie-Gérard Dubois († 2011) a été prieur de l’abbaye trappiste du Mont-des-Cats et abbé de la Grande-Trappe de 1976 à 2001. Il a aussi présidé durant trente ans la Commission francophone cistercienne de liturgie (C.F.C.). / La joie en Dieu, Paris, Presses de la Renaissance, 2010, p. 32-33.

 

Dimanche 20 juin

 

 

« Pourquoi avoir peur ? »

 

Ses disciples s'approchent de lui, le réveillent et lui disent : « Seigneur, au secours, nous périssons ! » (...) Ô bienheureux, ô vrais disciples de Dieu, vous avez avec vous le Seigneur votre Sauveur et vous craignez un danger ? La Vie est avec vous et vous vous inquiétez pour votre mort ? Vous tirez de son sommeil le Créateur présent avec vous, comme s'il ne pouvait pas, même endormi, calmer les vagues, faire tomber la tempête ?

Que répondent à cela les disciples bien-aimés ? Nous sommes de tout petits enfants encore faibles. Nous ne sommes pas encore des hommes vigoureux. (...) Nous n'avons pas encore vu la croix ; la Passion du Seigneur, sa résurrection, son ascension dans les cieux, la descente du Saint-Esprit Paraclet ne nous ont pas encore rendus solides. (...) Le Seigneur a raison de nous dire : « Pourquoi êtes-vous peureux, gens de peu de foi ? » Pourquoi êtes-vous sans force ? Pourquoi ce manque de confiance ? Pourquoi si peu de témérité quand vous avez la Confiance auprès de vous ? Même si la mort allait faire irruption, ne devrez-vous pas la supporter avec une grande constance ?

En tout ce qui arrive, je vous donnerai la force nécessaire, en tout danger, en toute épreuve, y compris la sortie de l'âme de son corps. (...) Si, dans les dangers, ma force est nécessaire pour tout supporter avec foi comme un homme, combien plus nécessaire est-elle en présence des tentations de la vie pour ne pas tomber ! Pourquoi vous troubler, gens de peu de foi ? Vous savez que je suis puissant sur terre ; pourquoi ne croyez-vous pas que je suis puissant aussi sur mer ? Si vous me reconnaissez comme vrai Dieu et Créateur de tout, pourquoi ne croyez-vous pas que j'ai pouvoir sur tout ce que j'ai créé ?

« Alors il se dressa et commanda avec force aux vents et à la mer et il se fit un grand calme. »

Homélie grecque ancienne

 

Attribuée à tort à Origène (vers 185-253), prêtre et théologien (in L'évangile selon Matthieu commenté par les Pères; coll. PdF n°30; trad. B. Landry; Éd. DDB 1985, p. 64)

 

 

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Passons sur l’autre rive
 

« Passons sur l’autre rive. » Cette demande de Jésus, qui pourrait paraître anecdotique, est en fait d’une grande richesse spirituelle.

Il s’agit, ici, beaucoup plus qu’une simple et banale traversée de la mer de Galilée, car l’espace de Marc est plus théologique que géographique. La « mer » de Galilée est plus qu’une frontière entre le monde juif et le monde païen, mais une véritable séparation culturelle et spirituelle entre la terre dite « sainte » du peuple de l’Alliance et le territoire des païens. Ce passage de Jésus d’une rive à l’autre symbolise toute l’aventure de la mission, la sienne et celle de la communauté chrétienne, qui est toujours un affrontement avec les forces du mal que les récits de la tempête apaisée et de la guérison du Gérasénien démoniaque sur « l’autre rive » en territoire païen vont illustrer.

Une fois de plus, Jésus ne se laisse pas enfermer dans un lieu. Il s’arrache à la foule et poursuit sa mission. Il se laisse « emmener » avec confiance par ses disciples dans la barque où il se trouvait. Et il y avait d’autres barques qui le suivaient. Marc est le seul à signaler ce détail. Faut-il y voir les traces d’un départ concret pour la pêche à la tombée de la nuit ou une allusion à la collaboration des différentes communautés chrétiennes au service de la mission ?


Michel Hubaut, o.f.m.

 

Le père Michel Hubaut (né en 1939), franciscain, est conférencier et animateur de retraites. / Quel est cet homme ?, Paris, Salvator / Bellarmin, 2014, p.101-102.

Dimanche 13 juin

 

Des miracles quotidiens qui passent inaperçus

 

Les miracles quotidiens de Dieu ont perdu leur valeur du fait de leur répétition. Voici que se cache, dans une seule graine d’une très petite semence, la masse entière de l’arbre qui naîtra. Mettons bien devant nos yeux l’étonnante grandeur d’un arbre, quel qu’il soit ; pensons au point d’où il a commencé de croître pour parvenir à cette imposante masse. Nous trouvons sans aucun doute son origine dans la très petite semence.

Maintenant examinons où se cachent dans cette petite graine la force du bois, la rudesse de l’écorce, le piquant de la saveur et de l’odeur, l’abondance des fruits, la verdeur des feuilles. Au toucher, la graine n’est pas robuste : d’où vient donc la dureté du bois ? Elle n’est pas rugueuse : d’où sort la rudesse de l’écorce ? Elle est sans saveur : d’où vient la saveur des fruits ? Elle ne sent rien : d’où vient l’odeur qui s’exhale des fruits ? Elle ne montre rien de vert : d’où est sorti le vert des feuilles ?

Tout est caché en même temps dans la semence, mais tout ne sort pas en même temps de la semence. La semence produit la racine, de la racine sort la pousse, de la pousse naît le fruit, et dans le fruit se reforme la semence. Ajoutons donc que la semence aussi se cache dans la semence. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’il fasse revenir de la poussière les os, les nerfs, la chair et les cheveux, celui qui chaque jour fait sortir d’une petite semence le bois, les fruits, les feuilles, dans la masse imposante d’un arbre ?

St Grégoire le Grand

(† 604), docteur de l’Église, fut préfet de Rome, moine et fondateur, diacre, légat, puis pape de 590 à 604. / Homélies sur l’Évangile XXVI,12, trad. G. Blanc, R. Etaix et B. Judic, Paris, Cerf, 2008, Sources Chrétiennes 522, p. 157-159.

 

 

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« Elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre »


Comme le dit le Christ, le Royaume de Dieu est semblable à une graine de moutarde. (…) Le Christ est le Royaume : à la manière d'une graine de moutarde, il a été jeté dans un jardin, le corps de la Vierge. Il a grandi et il est devenu l'arbre de la croix qui couvre la terre entière. (…) Le Christ est le Royaume, car en lui réside toute la gloire de son royaume. Et le Christ est homme, car l'homme tout entier est renouvelé en lui. Le Christ est la graine de moutarde, l'instrument dont Dieu se sert pour faire descendre toute sa grandeur dans toute la petitesse de l'homme. Lui-même est devenu toute chose pour renouveler tous les hommes en lui.

En tant qu'homme, le Christ a reçu la graine de moutarde qui est le Royaume de Dieu (…) ; alors qu'en tant que Dieu, il la possédait depuis toujours. Il a jeté la semence dans son jardin. (…) Le jardin est cette terre cultivée qui s'est étendue au monde entier, labouré par la charrue de la Bonne Nouvelle, clôturé par les bornes de la sagesse ; les apôtres ont peiné pour en arracher toutes les mauvaises herbes. On prend plaisir à y contempler les jeunes pousses des croyants, les lis des vierges et les roses des martyrs ; des fleurs y donnent toujours leur parfum.

Le Christ a donc semé la graine de moutarde dans son jardin. Elle a pris racine quand il a promis son Royaume aux patriarches, elle a germé avec les prophètes, elle a grandi avec les apôtres, et elle est devenue l'arbre immense qui étend ses rameaux innombrables sur l'Église, et lui prodigue ses dons. (…)

Prends les ailes d'argent de la colombe dont parle le prophète (Ps 67,14. (…) Envole-toi pour jouir d'un repos sans fin, désormais hors de l'atteinte des filets (Ps 90,3), parmi tant de frondaisons magnifiques. Sois assez fort pour prendre ainsi ton vol, et va habiter en sécurité dans cette vaste demeure.

 

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

évêque de Ravenne, docteur de l'Église,

Sermon 98 ; CCL 24A, 602 (in Les Pères commentent l'Évangile; Collection liturgique Mysteria sous la direction de Henri Delougne; trad. R. Pirlot; Éd. Brepols 1991, p. 256 rev.)

 

Dimanche 6 juin 

 

 

« Ceci est mon sang..., répandu pour la multitude »


Les amants de ce monde prouvent leur générosité en donnant de l'argent, des vêtements, des cadeaux divers ; personne ne donne son sang. Le Christ, lui, le donne ; il prouve ainsi la tendresse qu'il nous porte et l'ardeur de son amour. Sous l'ancienne Loi (...) Dieu acceptait de recevoir le sang des sacrifices, mais c'était pour empêcher son peuple de l'offrir aux idoles, et c'était déjà la preuve d'un très grand amour. Mais le Christ a changé ce rite (...) ; la victime n'est plus la même : c'est lui-même qu'il offre en sacrifice. « Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion au corps du Christ ? » (1Co 10,16). (...) Qu'est-ce que ce pain ? Le corps du Christ. Que deviennent ceux qui y communient ? Le corps du Christ : non pas une multitude de corps mais un corps unique. De même que le pain, composé de tant de grains de blé, n'est qu'un pain unique où les grains disparaissent, de même que les grains y subsistent mais qu'il est impossible de les distinguer dans la masse si bien unie, ainsi nous tous, ensemble et avec le Christ, nous ne faisons qu'un tout. (...) Maintenant, si nous participons tous au même pain, et si tous nous sommes unis à ce même Christ, pourquoi ne montrons-nous pas un même amour ? Pourquoi ne devenons-nous pas un en cela aussi ? C'est ce que l'on voyait au temps des débuts : « Toute la multitude de ceux qui croyaient n'avaient qu'un cœur et qu'une âme » (Ac 4,32). (...) Le Christ est venu te chercher, toi qui étais si loin de lui, pour s'unir à toi ; et toi, tu ne veux pas être un avec ton frère ? (...) Tu te sépares violemment de lui, après avoir obtenu du Seigneur une si grande preuve d'amour –- et la vie ! En effet, il n'a pas seulement donné son corps, mais, comme notre chair, tirée de la terre, avait perdu la vie et était morte par le péché, il y a introduit pour ainsi dire, une autre substance, comme un ferment : c'est sa chair à lui, sa chair de même nature que la nôtre mais exempte de péché et pleine de vie. Et il nous l'a donnée à tous, afin que, nourris par ce banquet de cette chair nouvelle (...) nous puissions entrer dans la vie immortelle.

 

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

Prêtre à Antioche, puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église

Homélie 24 sur la 1e lettre aux Corinthiens, 2 ; PG 61, 199 (in La messe, coll. Lettres chrétiennes, Icthus, t. 9; trad. Jeannin et A. Hamman; Éd. Le Centurion-Grasset 1964; p. 170-172 rev.)

 

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Un regard de foi

 

Le Christ s’adresse à sainte Catherine de Sienne.

Lorsque le prêtre fut arrivé à la consécration, tu levas les yeux sur lui, et pendant qu’il prononçait les paroles de la consécration, je me manifestai à toi : tu vis sortir de mon sein une lumière semblable au rayon du soleil qui sort de son disque sans cependant le quitter, et dans cette lumière venait une colombe unie avec elle, et elle frappait sur l’hostie et le calice par la vertu des paroles de la consécration que le prêtre prononçait.

Alors l’œil de ton corps ne fut plus capable de supporter cette lumière ; il ne te resta pour en jouir que l’œil de ton intelligence, et tu pus voir et goûter l’abîme de la Trinité, l’Homme-Dieu tout entier, caché et voilé sous cette blancheur. Tu vis que la présence lumineuse du Verbe, que ton intelligence voyait dans cette blancheur, ne détruisait pas la blancheur du pain. L’une n’empêchait pas l’autre ; la vue de l’Homme-Dieu n’empêchait pas la forme de ce pain, c’est-à-dire qu’elle n’en détruisait pas la blancheur, le goût ni le contact.

Voilà ce que ma bonté t’a montré ; et qu’est-ce qui a pu voir ? L’œil de ton intelligence, avec la pupille de la très sainte foi.

Ste Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne († 1380), favorisée dès son enfance des grâces mystiques les plus extraordinaires, contribua par son rayonnement au retour à Rome de la papauté exilée à Avignon. / Dialogue 111.

Dimanche 23 mai

 

De la Pentecôte juive à la Pentecôte chrétienne

 

Le mont Sinaï est le symbole du mont Sion. (...) Remarquez à quel point les deux alliances se font écho l'une à l'autre, avec quelle harmonie la fête de la Pentecôte est célébrée par chacune d'elles. (...) Sur la montagne de Sion, comme sur la montagne du Sinaï, le Seigneur est descendu, le même jour et de manière très semblable. (...)

Luc écrit : « Soudain il vint du ciel un bruit pareil à un violent coup de vent. Les apôtres virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et se posa sur chacun d'eux » (Ac 2,2-3). (...)

Oui, ici et là, un bruit violent se fait entendre, un feu se fait voir. Mais au Sinaï c'était une épaisse nuée, sur le mont Sion la splendeur d'une lumière très brillante. Dans le premier cas il s'agissait « de l'ombre et de la copie » (He 8,5), dans le deuxième de la réalité véritable. Autrefois on entendait le tonnerre, maintenant on discerne les voix des apôtres. D'un côté, l'éclat des éclairs ; de l'autre des prodiges éclatent en tous lieux. (...) « Tous sortirent du camp à la rencontre de Dieu, au pied de la montagne » (Ex 19,17). On lit dans les Actes des Apôtres : « Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule » (...) De tout Jérusalem, le peuple se rassembla au pied de la montagne de Sion, c'est-à-dire au lieu où Sion, image de la sainte Église, commençait à s'édifier, à poser ses fondations. (...) « La montagne était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu », dit l'Exode (v.18). (...) Pouvaient-ils ne pas brûler, ceux qu'avait embrasés le grand feu du Saint-Esprit ? Comme la fumée signale la présence du feu, ainsi par l'assurance de leurs discours et par la diversité des langues, le feu du Saint-Esprit manifestait sa présence dans le cœur des apôtres.

Heureux les cœurs remplis de ce feu ! Heureux les hommes brûlant de cette ardeur ! « La montagne tremblait violemment. Le son de la trompette était de plus en plus strident » (v.19). (...) De même la voix des apôtres et leur prédication devinrent de plus en plus fortes ; elles se firent entendre de plus en plus loin jusqu'à ce que « leur message s'étende à toute la terre et leurs voix jusqu'aux extrémités du monde » (Ps 18,5).

Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123), évêque

Commentaire de l'Exode, ch. 15 (in Lire la Bible avec les Pères, vol. 2: Le cycle de Moïse; trad. Sr Isabelle de la Source; Éd. Médiaspaul 1990; p. 78)

 

 

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COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D'ALEXANDRIE
SUR L'ÉVANGILE DE JEAN

 

« Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous »

 

Tout ce que le Christ avait à faire sur la terre était maintenant accompli ; mais il fallait absolument que nous devenions participants de la nature divine du Verbe, c'est-à-dire que nous abandonnions notre vie propre pour qu'elle se transforme en une autre, qu'elle se transfigure pour atteindre la nouveauté d'une vie aimée de Dieu. Et cela ne pouvait se faire autrement que par union et participation à l'Esprit Saint.

Le moment le plus indiqué et le plus opportun pour l'envoi de l'Esprit et sa venue en nous était celui où le Christ notre Sauveur nous quitterait.

En effet, aussi longtemps qu'il demeurait dans la chair auprès des croyants, il leur apparaissait, je crois, comme le donateur de tout bien. Mais lorsque viendrait le moment où il devrait monter vers son Père des cieux, il faudrait bien qu'il soit présent par son Esprit auprès de ses fidèles, qu'il habite par la foi dans nos cœurs. Ainsi, le possédant en nous-mêmes, nous pourrions crier avec confiance : Abba, Père ; nous porter facilement vers toutes les vertus et, en outre, montrer notre force invincible contre tous les pièges du démon et toutes les attaques des hommes, puisque nous posséderions l'Esprit tout-puissant.

Les hommes en qui l'Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés ; ils reçoivent de lui une vie nouvelle comme on peut facilement le voir par des exemples pris dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Samuel, après avoir adressé tout un discours à Saül, lui dit : L'Esprit du Seigneur fondra sur toi et tu seras changé en un autre homme. Quant à saint Paul : Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire, comme il convient au Seigneur qui est Esprit. Car le Seigneur, c'est l'Esprit.

Vous voyez comment l'Esprit transforme pour ainsi dire en une autre image ceux en qui on le voit demeurer. Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d'une lâcheté honteuse à des projets héroïques. Nous constatons que ce changement s'est produit chez les disciples : fortifiés ainsi par l'Esprit, les assauts des persécuteurs ne les ont pas paralysés ; au contraire, ils se sont attachés au Christ par un amour invincible. C'est absolument indubitable.

Elle est donc bien vraie, la parole du Sauveur : C'est votre intérêt que je retourne au ciel. Car, c'est le moment de la descente de l'Esprit.

Dimanche 16 mai 2021

 

« Homélie de saint Grégoire de Nysse sur le cantique des cantiques »

« Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée »



Si l'amour chasse parfaitement la crainte et si la crainte se transforme en amour, alors on découvre que l'unité consiste en cet aboutissement du salut : tous sont unis entre eux par l'adhésion à l'unique bien, au moyen de cette perfection que la colombe représente.
Car c'est le sens que nous tirons des paroles qui suivent dans le Cantique des cantiques, et que prononce le Bien-Aimé : Unique est ma colombe, unique ma parfaite ; elle est la fille unique de sa mère, la préférée de celle qui l'enfanta.

Mais le sens de ces paroles nous apparaît plus clairement dans le discours du Seigneur rapporté par l'Évangile. Par sa bénédiction, il a donné toute puissance à ses disciples ; puis, en priant son Père, il accorde les autres biens à ceux qui en sont dignes. Et il ajoute le principal de tous les biens : que les disciples ne soient plus divisés par la diversité de leurs préférences dans leur jugement sur le bien, mais qu'ils soient tous un par leur union au seul et unique bien. Ainsi, par l'unité du Saint-Esprit, comme dit l'Apôtre, étant attachés par le lien de la paix, ils deviennent tous un seul corps et un seul esprit, par l'unique espérance à laquelle ils ont été appelés.

Mais nous ferons mieux de citer littéralement les divines paroles de l'Évangile : Que tous, dit Jésus. soient un, comme toi, mon Père, tu es en moi, et moi en toi ; qu'eux-mêmes soient un en nous.

Or, le lien de cette unité, c'est la gloire. Que le Saint-Esprit soit appelé gloire, aucun de ceux qui examinent la question ne saurait y contredire, s'il considère ces paroles du Seigneur : La gloire que tu m'as donnée, je la leur ai donnée. Effectivement, il leur a donné cette gloire quand il leur a dit : Recevez le Saint-Esprit.
Cette gloire, qu'il possédait de tout temps, avant que le monde fût, le Christ l'a pourtant reçue lorsqu'il a revêtu la nature humaine. Et lorsque cette nature eut été glorifiée par l'Esprit, tout ce qui lui est apparenté a reçu communication de la gloire de l'Esprit, en commençant par les disciples. C'est pour cela que Jésus dit : La gloire que tu m'as donnée, je la leur ai donnée ; qu'ils soient un comme nous sommes un ; moi en eux et toi en moi, pour qu 'ils soient parfaitement un.

Celui qui, de petit enfant, est parvenu en grandissant à la stature d'homme parfait, qui a rejoint la mesure de l'âge spirituel ~ ; celui qui est devenu capable de recevoir la gloire de l'Esprit par sa maîtrise de soi et sa pureté : il est cette colombe parfaite que regarde l'Époux lorsqu'il dit : Unique est ma colombe, unique ma parfaite.

dimanche 9 mai 2021

 

La nouveauté du commandement
 

« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34). Mais, demandera-t-on peut-être, comment Jésus peut-il dire que ce commandement est nouveau, lui qui a prescrit aux anciens, par l’intermédiaire de Moïse : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même (Dt 6, 5 ; Mt 22, 37-39) ?…

Il faut voir ce que Jésus ajoute. Il ne s’est pas contenté de dire : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. » Mais pour montrer la nouveauté de cette parole et que son amour a quelque chose de plus fort et de plus remarquable que l’ancienne charité envers le prochain, il ajoute aussitôt : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34 ; 15, 12). Il faut donc creuser le sens de ces paroles, et rechercher comment le Christ nous a aimés…

Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous ? La Loi prescrivait en effet d’aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans la même condition que Dieu le Père et dans l’égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu’à notre bassesse, il n’aurait pas subi pour nous une mort physique aussi affreuse, il n’aurait pas subi les gifles, les moqueries et tout ce qu’il a subi – si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu’il a souffert, je n’en finirais pas – et d’abord, il n’aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s’il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d’amour est donc inouïe et nouvelle.

St Cyrille d’Alexandrie

 

Saint Cyrille d’Alexandrie († 444) fut un grand exégète en même temps qu’un défenseur ardent de la foi au Christ. / Commentaire sur Jean IX, trad. dir. par H. Delhougne, Les Pères de l’Église commentent l’Évangile, Turnhout, Brepols, 991, n°164.

Dimanche 2 mai 2021

 

TRAITÉ DE SAINT HILAIRE SUR LA TRINITÉ

« De même que je vis par le Père,
celui qui mangera ma chair vivra par moi »

 

Parce que véritablement le Verbe s'est fait chair, c'est véritablement aussi que nous mangeons le Verbe incarné en communiant au banquet du Seigneur. Comment ne doit-on pas penser qu'il demeure en nous par nature ? En effet, par sa naissance comme homme, il a assumé notre nature charnelle d'une façon désormais définitive et, dans le sacrement de sa chair donnée en communion, il a uni sa nature charnelle à sa nature éternelle. C'est ainsi que tous nous formons un seul être, parce que le Père est dans le Christ et que le Christ est en nous. ~

Que nous sommes en lui par le sacrement de la communion à sa chair et à son sang, lui-même l'affirme lorsqu'il dit : Et ce monde désormais ne me voit plus ; mais vous, vous me verrez vivant parce que je vis, et vous vivrez aussi ; parce que je suis dans le Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. S'il voulait parler seulement d'une unité de volonté, pourquoi a-t-il exposé une progression et un ordre dans la consommation de cette unité ? N'est-ce pas parce lui-même étant dans le Père par sa nature divine, nous au contraire étant en lui en vertu de sa naissance corporelle, on doit croire que, réciproquement, il est en nous par le mystère sacramentel ? Ceci enseigne la parfaite unité réalisée par le médiateur : tandis que nous demeurons en lui, lui-même demeure en nous. Et ainsi nous progressons dans notre unité avec le Père, puisque le Fils demeure en lui par nature selon sa naissance éternelle et que nous-mêmes aussi sommes dans le Fils par nature, tandis que lui par nature demeure en nous.

Que cette unité soit en nous produite par sa nature, lui-même l'affirme ainsi : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Car ce n'est pas tout homme qui sera en lui, mais celui en qui il sera lui-même : c'est seulement celui qui mangera sa chair qui aura en lui la chair assumée par le Fils.

Plus haut, il avait déjà enseigné le sacrement de cette parfaite unité, en disant : De même que le Père, qui est la vie, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui mangera ma chair vivra par moi. Donc, il vit par le Père ; et de la manière dont il vit par le Père, nous-mêmes vivons par sa chair.

Tout ce parallèle est à la base de notre intelligence du mystère ; il nous fait comprendre, par le modèle proposé, ce qui se passe. Donc, ce qui nous donne la vie, c'est que, dans les êtres charnels que nous sommes, le Christ demeure en nous par sa chair ; et il nous fera vivre en vertu du principe qui le fait vivre par le Père.

 

 

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Demeurer dans le Christ


Homélie de saint Augustin (+ 430)

Commentaire sur l'évangile de Jean, 80, 1, 81, 1.3-4; CCL 36, 527-531.

 


Dans le passage de l'évangile où notre Seigneur dit qu'il est la vigne, et ses disciples les sarments, il parle ainsi en tant que chef de l'Église, et nous ses membres. Car le Christ est le médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5). En effet, la vigne et les sarments ont la même nature, et voilà pourquoi, parce qu'il était Dieu, d'une autre nature que nous, il s'est fait homme, afin que la nature humaine fût en lui comme une vigne dont nous pourrions être les sarments.       

Il disait aux disciples : Demeurez en moi, comme moi en vous. Ils n'étaient pas en lui de la même manière dont lui était en eux. Cette union réciproque ne lui procure aucun profit : c'est eux qu'elle avantage. Les sarments sont dans la vigne non pas pour enrichir celle-ci, mais pour recevoir d'elle le principe de leur vie. La vigne est dans les sarments pour leur communiquer sa sève vivifiante, non pour la recevoir d'eux. Ainsi cette permanence du Christ dans les disciples, et la permanence de ceux-ci dans le Christ, leur est doublement avantageuse, mais nullement au Christ. Car si vous retranchez un sarment, un autre peut surgir de la racine qui reste vivante, tandis que le sarment coupé ne peut vivre séparé de la racine.

Considérez encore plus attentivement ce que la Vérité ajoute: Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire (
Jn 15,5). Pour que personne ne s'imagine que le sarment pourrait de lui-même porter quelque peu de fruit, alors que Jésus avait dit : Celui-là donne beaucoup de fruit, il ne dit pas: parce que, en dehors de moi, vous pouvez faire peu de chose, mais: vous ne pouvez rien faire. Que ce soit peu ou beaucoup, on ne peut le faire en dehors de lui puisque, en dehors de lui, on ne peut rien faire. Si le sarment porte peu de fruit, le vigneron l'émonde pour qu'il en porte davantage. Cependant si le sarment ne demeure pas uni à la vigne et ne vit pas de sa racine, il ne peut, par lui-même, porter le moindre fruit. 

Si le Christ n'avait pas été un homme, il n'aurait pas pu être la vigne. Cependant il ne fournirait pas cette grâce aux sarments, s'il n'était pas également Dieu. Mais, parce que, sans cette grâce, on ne peut pas vivre, et parce que la mort est au pouvoir de notre libre arbitre, notre Seigneur ajoute : Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu'on a jeté dehors et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent (
Jn 15,6). C'est pourquoi, si le bois de la vigne est d'autant plus méprisable lorsqu'il ne demeure pas uni à la vigne, il est d'autant plus glorieux quand il le demeure. Le Seigneur le dit par le prophète Ézékiel: lorsque ces bois de la vigne sont coupés, ils ne rendent aucun service au cultivateur et ne servent à aucun ouvrage ar tisanal (cf.
 Ez 15,4-5). Le bois de la vigne n'a que deux destinations: la vigne ou le feu. S'il ne reste pas sur la vigne, il sera brûlé. Pour ne pas aller au feu, il doit rester sur la vigne.


Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l'obtiendrez (Jn 15,7). Lorsqu'on demeure dans le Christ, que peut-on demander, sinon ce qui convient au Christ? Que peut-on vouloir, quand on demeure dans le Seigneur, sinon ce qui n'est pas étranger au salut ? Nous demandons une chose parce que nous sommes dans le Christ, mais nous voulons autre chose parce que nous sommes encore en ce monde. Du fait que nous y demeurons, nous sommes parfois tentés de demander ce dont nous ignorons que cela nous est nuisible. Mais chassons l'idée que nous obtiendrons cela si nous demeurons dans le Christ, car il ne fait ce que nous lui demandons que si cela est bon pour nous.


Mais si nous demeurons en lui parce que ses paroles demeurent en nous, nous demanderons tout ce que nous voudrons, et nous l'obtiendrons.

Dimanche 25 avril 2021

 

« Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis,

et mes brebis me connaissent »

 

Regardons notre berger, le Christ. (...) Il se réjouit de ses brebis qui sont auprès de lui et va chercher celles qui s'égarent. Montagnes et forêts ne lui font pas peur ; il parcourt les ravins pour arriver jusqu'à la brebis perdue. Même s'il la trouve en piteux état, il ne se met pas en colère, mais touché de compassion, il la prend sur ses épaules et, de sa propre fatigue, guérit la brebis fatiguée (Lc 15,4s). (...)

C'est avec raison que le Christ proclame : « Je suis le Bon Pasteur, je cherche la brebis perdue, je ramène celle qui est égarée, je panse celle qui est blessée, je guéris celle qui est malade (Ez 34,16). J'ai vu le troupeau des hommes accablé par la maladie ; j'ai vu mes agneaux s'en aller où demeurent les démons ; j'ai vu mon troupeau dépecé par les loups. J'ai vu cela et ne l'ai pas regardé de haut. C'est pourquoi j'ai pris la main desséchée, tenue par le mal comme par un loup ; j'ai délié ceux que la fièvre avait liés ; j'ai appris à voir à celui dont les yeux étaient fermés depuis le sein de sa mère ; j'ai retiré Lazare du tombeau où il gisait depuis quatre jours (Mc 3,5; 1,31; Jn 9; 11). Car je suis le bon pasteur ; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » (...)

Les prophètes ont connu ce pasteur lorsque, bien avant sa Passion, ils annonçaient ce qui allait venir : « Comme une brebis, le voici conduit à l'abattoir ; comme un agneau muet devant les tondeurs, il n'a pas ouvert la bouche » (Is 53,7). Comme une brebis, le pasteur a offert sa gorge pour ses brebis. (...) Par sa mort, il remédie à la mort ; par son tombeau, il vide les tombeaux (...) Les tombeaux sont lourds et la prison fermée, tant que le pasteur, descendu de la croix, ne vient pas apporter à ses brebis enfermées la joyeuse nouvelle de leur libération. On le voit aux enfers où il donne l'ordre d'élargissement (1P 3,19) ; on le voit appeler à nouveau ses brebis, leur dire son appel du séjour des morts à la vie. « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » C'est ainsi qu'il se propose de gagner l'affection de ses brebis, et celles qui savent entendre sa voix aiment le Christ.

Basile de Séleucie (?-v. 468), évêque

Oratio 26 ; PG 44, 129 (in 2000 ans d'homélies B; trad. L. Brésard; Éd. Socéval-Artège 2001; p. 136 rev.)

 

 

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« Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé »

 

« En vérité, je vous le déclare : Je suis la porte des brebis. » Jésus vient d'ouvrir la porte qu'il nous avait montrée fermée. Il est lui-même cette porte. Reconnaissons-le, entrons, et réjouissons-nous d'être entrés.

 

« Ceux qui sont venus avant sont des voleurs et des brigands » ; il faut comprendre : « Ceux qui sont venus en dehors de moi. » Les prophètes sont venus avant sa venue ; étaient-ils des voleurs et des brigands ? Pas du tout, car ils ne sont pas venus en dehors du Christ ; ils étaient avec lui. Il les avait envoyés devant lui comme des messagers, mais il tenait en ses mains le coeur de ses envoyés... « Je suis la voie, la vérité et la vie » dit-il (Jn 14,6). S'il est la vérité, ceux qui étaient dans la vérité étaient avec lui. Ceux qui sont venus en dehors de lui, au contraire, ce sont des voleurs et des brigands, car ils ne sont venus que pour piller et faire mourir. « Ceux-là, les brebis ne les ont pas entendus », dit Jésus.

 

Mais les justes ont cru qu'il allait venir, comme nous croyons qu'il est déjà venu. Les temps ont changé, la foi est la même.… Une même foi réunit ceux qui croyaient qu'il devait venir et ceux qui croient qu'il est venu. Nous, nous les voyons tous entrer à des époques différentes, par l'unique porte de la foi, c'est-à-dire par le Christ...

 

Oui, tous ceux qui ont cru dans le passé au temps d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, ou de Moïse ou des autres patriarches ou prophètes qui tous annonçaient le Christ, ceux-là étaient déjà de ses brebis. Ils ont entendu par eux le Christ lui-même, non une voix étrangère, mais sa propre voix.

Saint Augustin (354-430),
évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
45ème traité sur l'évangile de saint Jean

Dimanche 18 avril 2021

 

Témoins de la résurrection
 

On aurait pu s'attendre à ce que notre Seigneur, une fois ressuscité, se montre au plus grand nombre de gens possible, et surtout à ceux qui l'avaient crucifié. Tout au contraire, nous voyons par l'histoire qu'il se manifeste seulement à quelques témoins choisis, et spécialement à ses disciples immédiats. C'est ce que saint Pierre reconnaît lui-même quand il déclare : « Dieu l'a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement à quelques témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection » (Ac 10,40-41).À première vue, cela nous semble étrange. Nous sommes disposés, en effet, à nous faire de la résurrection une idée bien différente, à nous la représenter comme une manifestation éclatante et visible de la gloire du Christ. (...) En nous la figurant ainsi comme un triomphe public, nous sommes conduits à imaginer la confusion et la terreur qui auraient saisi ses bourreaux si Jésus s'était présenté vivant devant eux. Mais, remarquons-le, un tel raisonnement revient à concevoir le Royaume du Christ comme un royaume de ce monde, ce qui n'est pas juste. Ce serait nous représenter le Christ comme étant déjà venu à ce moment-là juger le monde, ce qui n'arrivera qu'au dernier jour. (...)Pourquoi se montrer seulement « à quelques témoins choisis d'avance » ? Parce que c'était le moyen le plus efficace de propager la foi dans le monde entier. (...) Quel aurait été le fruit d'une manifestation publique qui s'impose à tous ? Ce nouveau miracle aurait laissé la foule telle qu'il l'avait trouvée, sans changement efficace. Déjà ses anciens miracles n'avaient pas convaincu tout le monde (...) ; qu'auraient-ils pu dire et sentir de plus qu'auparavant, même « si quelqu'un ressuscite d'entre les morts » (Lc 16,31) ? (...) Le Christ se montre pour susciter des témoins de la résurrection, des ministres de sa parole, les fondateurs de son Église. Comment la foule, avec sa nature changeante, aurait-elle pu le devenir ?

Saint John Henry Newman (1801-1890), cardinal, théologien,

fondateur de l'Oratoire en Angleterre,

Sermon « Witesses of the Resurrection », PPS, t. 1, n° 22

 

 

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« C'est bien moi ! Touchez-moi »

 

Comment le corps du Seigneur, une fois ressuscité, est-il resté un corps véritable, alors qu'il a pu entrer auprès des disciples malgré les portes fermées ?

Nous devons savoir que l'action divine n'aurait plus rien d'admirable si la raison humaine pouvait la comprendre, et que la foi n'aurait pas de mérite si la raison lui fournissait des preuves expérimentales. De telles œuvres de notre Rédempteur, qui par elles-mêmes sont absolument incompréhensibles, doivent être méditées à la lumière de ses autres actions, en sorte que nous soyons amenés à croire à ces faits merveilleux par d'autres qui le sont plus encore. Car ce corps du Seigneur qui rejoignait les disciples malgré les portes fermées est le même que sa Nativité a rendu visible aux hommes quand il est sorti du sein fermé de la Vierge.

Il ne faut donc pas s'étonner si notre Rédempteur, après être ressuscité pour vivre à jamais, est entré malgré les portes fermées, puisqu'en venant en ce monde pour mourir, il est sorti du sein de la Vierge sans l'ouvrir. Comme la foi de ceux qui regardaient ce corps visible demeurait hésitante, le Seigneur leur a présenté à toucher cette chair qu'il avait fait passer à travers les portes fermées. (...) Or, ce qui se touche se corrompt nécessairement, et ce qui ne se corrompt pas ne peut pas être touché. Mais d'une manière merveilleuse et incompréhensible, notre Rédempteur nous a donné à voir après sa résurrection un corps à la fois incorruptible et palpable. En le montrant incorruptible, il nous invitait à la récompense ; en le donnant à toucher, il nous confirmait dans la foi.

Il s'est fait donc voir à la fois incorruptible et palpable, pour bien manifester qu'après sa résurrection son corps restait de même nature, mais qu'il était élevé à une gloire tout autre.

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église

Homélies sur les évangiles, n°26 ; PL 76,1197 (trad. Le Barroux rev. ; cf Delhougne, p. 204)

Dimanche 11 avril 2021

 

 

HOMÉLIE DE SAINT AUGUSTIN AUX NOUVEAUX BAPTISÉS
LE DEUXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

 

Ceux qui sont renés dans le Christ.

C'est à vous que je m'adresse, enfants nouveau-nés, vous qui êtes des tout-petits dans le Christ, la nouvelle génération mise au monde par l'Église, le don du Père, la fécondité de la Mère, de tendres bourgeons, l'essaim tout nouveau, la fleur de notre fierté et le fruit de notre labeur, ma joie et ma couronne, vous qui tenez bon dans le Seigneur.

Je vous adresse les paroles de l'Apôtre : Revêtez Jésus Christ et ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour satisfaire vos convoitises, afin de revêtir par votre vie ce que vous avez revêtu par le sacrement. Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni Juif ni païen, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme : tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus.

Telle est la force du sacrement : il est le sacrement de la vie nouvelle, qui commence maintenant par le pardon de tous les péchés passés, et qui trouvera son accomplissement dans la résurrection des morts. Car vous avez été mis au tombeau avec le Christ par le baptême dans sa mort ; de même que le Christ est ressuscité des morts, ainsi devez-vous mener une vie nouvelle.

Vous vous conduisez maintenant par la foi, aussi longtemps que, dans ce corps mortel, vous êtes en exil loin du Seigneur. Mais vers celui vers qui vous tendez, vous avez un chemin sûr : le Christ lui-même est ce chemin, il a voulu le devenir en se faisant homme pour nous. Car il a réservé une grande douceur pour ceux qui le craignent ; il a voulu la commencer et la parfaire pour ceux qui espèrent en lui, du fait que nous recevrons en réalité ce que nous avons reçu maintenant en espérance. ~

C'est aujourd'hui l'octave de votre naissance ; aujourd'hui s'accomplit en vous le sceau de la foi qui était conféré chez les anciens Pères avec la circoncision de la chair qu'on faisait huit jours après la naissance charnelle. ~ C'est pourquoi le Seigneur en ressuscitant a dépouillé la chair mortelle ; non pas qu'il ait surgi avec un autre corps, mais avec un corps qui ne doit plus mourir ; il a ainsi marqué de sa résurrection le « jour du Seigneur ». C'est le troisième jour après sa passion, mais dans le compte des jours qui suivent le sabbat, c'est le huitième, en même temps que le premier.

C'est pourquoi vous-mêmes avez reçu le gage de l'Esprit, non pas encore dans sa réalité, mais dans une espérance déjà certaine, parce que vous possédez le sacrement de cette réalité. Ainsi donc, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

 

 

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PRIERE DE SAINTE FAUSTINE POUR DEVENIR MISERICORDIEUSE

 

Je désire me transformer tout entier en Ta miséricorde et être ainsi un vivant reflet de Toi, ô Seigneur ; que le plus grand des attributs divins, Ton insondable miséricorde, passe par mon âme et mon cœur sur le prochain.

 

Aide-moi, Seigneur, pour que mes yeux soient miséricordieux, pour que je ne soupçonne jamais ni ne juge d’après les apparences extérieures, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain et que je lui vienne en aide.

Aide-moi, Seigneur, pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain et ne reste pas indifférent à ses douleurs ni à ses plaintes.

 

Aide-moi, Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse, afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’aie pour chacun un mot de consolation et de pardon.

 

Aide-moi Seigneur, pour que mes mains soient miséricordieuses et remplies de bonnes actions, afin que je sache faire du bien à mon prochain et prendre sur moi les tâches les plus lourdes et les plus déplaisantes.

 

Aide-moi, Seigneur, pour que mes pieds soient miséricordieux, pour me hâter au secours de mon prochain, en dominant ma propre fatigue et ma lassitude. Mon véritable repos est de rendre service à mon prochain.

 

Aide-moi, Seigneur, pour que mon coeur soit miséricordieux, afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Je ne refuserai mon coeur à personne. Je fréquenterai sincèrement même ceux qui, je le sais, vont abuser de ma bonté, et moi, je m’enfermerai dans le Cœur très miséricordieux de Jésus. Je tairai mes propres souffrances. Que Ta miséricorde repose en moi, ô mon Seigneur.

 

C’est toi qui m’ordonnes de m’exercer aux trois degrés de la miséricorde ; le premier : l’acte miséricordieux – quel qu’il soit ; le second : la parole miséricordieuse – si je ne puis aider par l’action, j’aiderai par la parole ; le troisième- c’est la prière. Si je ne peux témoigner la miséricorde ni par l’action, ni par la parole, je le pourrai toujours par la prière. J’envoie ma prière même là où je ne puis aller physiquement.

 

Ô mon Jésus, transforme-moi en Toi, car Tu peux tout.

Sainte Faustine (Petit Journal n° 163)

 

Dimanche 4 avril 2021 - Jour de Pâques

 

 

HOMÉLIE DE MÉLITON DE SARDES SUR LA PÂQUE

L'Agneau sans défaut et sans tache

Bien des choses ont été annoncées par de nombreux prophètes en vue du mystère de Pâques qui est le Christ : à lui la gloire pour les siècles des sièclesAmen.

C'est lui qui est venu des cieux sur la terre en faveur de l'homme qui souffre ; il a revêtu cette nature dans le sein de la Vierge et, quand il en est sorti, il était devenu homme ; il a pris sur lui les souffrances de l'homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair ; par l'esprit incapable de mourir, il a tué la mort homicide.

Conduit comme un agneau et immolé comme une brebis, il nous a délivrés de l'idolâtrie du monde comme de la terre d'Égypte ; il nous a libérés de l'esclavage du démon comme de la puissance de Pharaon ; il a marqué nos âmes de son propre Esprit, et de son sang les membres de notre corps.

C'est lui qui a plongé la mort dans la honte et qui a mis le démon dans le deuil, comme Moïse a vaincu Pharaon. C'est lui qui a frappé le péché et a condamné l'injustice à la stérilité, comme Moïse a condamné l'Égypte.

C'est lui qui nous a fait passer de l'esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de la tyrannie à la royauté éternelle, lui qui a fait de nous un sacerdoce nouveau, un peuple choisi, pour toujours. C'est lui qui est la Pâque de notre salut.

C'est lui qui endura bien des épreuves en un grand nombre de personnages qui le préfiguraient : en Abel il a été tué ; en Isaac il a été lié sur le bois ; en Jacob il a été exilé ; en Joseph il a été vendu; en Moïse il a été exposé à la mort ; dans l'agneau il a été égorgé ; en David il a été en butte aux persécutions ; dans les prophètes il a été méprisé.

C'est lui qui s'est incarné dans une vierge, a été suspendu au bois, enseveli dans la terre, ressuscité d'entre les morts, élevé dans les hauteurs des cieux.

C'est lui, l'agneau muet ; c'est lui, l'agneau égorgé ; c'est lui qui est né de Marie, la brebis sans tache ; c'est lui qui a été pris du troupeau, traîné à la boucherie, immolé sur le soir, mis au tombeau vers la nuit. Sur le bois, ses os n'ont pas été brisés ; dans la terre, il n'a pas connu la corruption ; il est ressuscité d'entre les morts et il a ressuscité l'humanité gisant au fond du tombeau.

 

 

 

 

 

 

HOMÉLIE DE MÉLITON DE SARDES SUR LA PÂQUE

Mystère toujours nouveau.

Comprenez-le, mes bien-aimés : le mystère de la Pâque est ancien et nouveau, provisoire et éternel, corruptible et incorruptible, mortel et immortel.

Il est ancien en raison de la Loi, mais nouveau en raison du Verbe ; provisoire en ce qu'il est figuratif, mais éternel parce qu'il donne la grâce ; corruptible puisqu'on immole une brebis, mais incorruptible parce qu'il contient la vie du Seigneur ; mortel, puisque le Seigneur est enseveli dans la terre, mais immortel par sa résurrection d'entre les morts.

Oui, la Loi est ancienne, mais le Verbe est nouveau ; la figure est provisoire, mais la grâce est éternelle ; la brebis est corruptible, mais le Seigneur est incorruptible, lui qui a été immolé comme l'agneau, et qui ressuscita comme Dieu.

Car il a été conduit comme une brebis vers l'abattoir, alors qu'il n'était pas une brebis ; il est comparé à l'agneau muet, alors qu'il n'était pas un agneau. En effet, la figure a passé, et la vérité a été réalisée : Dieu a remplacé l'agneau, un homme a remplacé la brebis, dans cet homme, le Christ, qui contient toute chose.

Ainsi donc, l'immolation de la brebis et le rite de la Pâque et la lettre de la Loi ont abouti au Christ Jésus en vue de qui tout arriva dans la loi ancienne et davantage encore dans l'ordre nouveau.

Car la Loi est devenue le Verbe, et, d'ancienne, elle est devenue nouvelle (l'une et l'autre sorties de Sion et de Jérusalem), le commandement s'est transformé en grâce, la figure en vérité, l'agneau est devenu fils, la brebis est devenue homme et l'homme est devenu Dieu. ~

Le Seigneur, étant Dieu, revêtit l'homme, souffrit pour celui qui souffrait, fut enchaîné pour celui qui était captif, fut jugé pour le coupable, fut enseveli pour celui qui était enseveli. Il ressuscita des morts et déclara à haute voix : Qui disputera contre moi ? Qu'il se présente en face de moi ! C'est moi qui ai délivré le condamné ; c'est moi qui ai rendu la vie au mort ; c'est moi qui ai ressuscité l'enseveli. Qui ose me contredire ? C'est moi, dit-il, qui suis le Christ, qui ai détruit la mort, qui ai triomphé de l'adversaire, qui ai lié l'ennemi puissant, et qui ai emporté l'homme vers les hauteurs des cieux ; c'est moi, dit-il, qui suis le Christ.

Venez donc, toutes les familles des hommes, pétries de péchés, et recevez le pardon des péchés. Car c'est moi qui suis votre pardon, moi la Pâque du salut, moi l'agneau immolé pour vous, moi votre rançon, moi votre vie, moi votre résurrection, moi votre lumière, moi votre salut, moi votre roi. C'est moi qui vous emmène vers les hauteurs des cieux ; c'est moi qui vous ressusciterai ; c'est moi qui vous ferai voir le Père qui existe de toute éternité ; c'est moi qui vous ressusciterai par ma main puissante.

Dimanche des Rameaux 28 mars 2021

 

 

Gloire au Christ vainqueur de la mort !

 

 

Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd'hui de Béthanie et il s'avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut.

 

Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l'explique l'Écriture, au-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui nous dominent, quel que soit leur nom.

Et il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix. Il sera doux et humble, il fera modestement son entrée. 

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion, imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour répandre sur son chemin, comme ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit afin d'accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.

 

Car il se réjouit de s'être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui monte au-dessus du couchant, c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.

 

Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, il soit monté au sommet des cieux, à l'orient, comme dit le psaume, j'estime qu'il l'a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l'humanité, afin d'élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l'emporter avec lui dans les hauteurs.

 

C'est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n'étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d'arbres qui vont bientôt se faner, et qui ne réjouissent le regard que peu de temps. Notre vêtement, c'est sa grâce, ou plutôt c'est lui tout entier que nous avons revêtu : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. C'est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas.

 

Par notre péché, nous étions d'abord rouges comme la pourpre, mais le baptême de salut nous a nettoyés et nous sommes devenus ensuite blancs comme la laine. Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort.

Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'lsraël !

 

 

Homélie de Saint André de Crète pour le Dimanche des Rameaux

 

 

 

« Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez que moi, Je Suis »

 


Le prophète Isaïe nous décrit une vision sublime : « J'ai vu le Seigneur assis sur un trône » (Is 6,1). Magnifique spectacle, mes frères ! Heureux les yeux qui l'ont vu ! Qui ne désirerait de toute son âme contempler la splendeur d'une si grande gloire ? (...)

Mais voici que j'entends le même prophète nous rapporter une autre vision de ce même Seigneur, bien différente : « Nous l'avons vu ; il n'avait ni beauté, ni éclat : nous l'avons pris pour un lépreux » (Is 53,2s Vulg). (...)

Toi donc, si tu désires voir Jésus dans sa gloire, cherche à le voir d'abord dans son abaissement. Commence par fixer les yeux sur le serpent élevé dans le désert (cf Jn 3,14), si tu désires voir le Roi siéger sur son trône. Que cette première vision te remplisse d'humilité, pour que la seconde te relève de ton humiliation. Que celle-là réprime et guérisse ton orgueil, avant que celle-ci ne comble et rassasie ton désir. Vois-tu le Seigneur « réduit à rien » ? (Ph 2,7) Que cette vision ne te laisse pas insouciant, sinon tu ne pourras, sans souci, le contempler ensuite dans la gloire de son exaltation. « Tu lui seras semblable », certes, quand tu le verras « tel qu'il est » (1Jn 3,2) ; sois donc semblable à lui dès maintenant en voyant ce qu'il est devenu à cause de toi. Si tu ne refuses pas de lui ressembler dans son abaissement, il te donnera sûrement en retour la ressemblance de sa gloire. Il ne souffrira jamais que celui qui a participé à sa Passion soit exclu de la communion à sa gloire. Il refuse même si peu d'admettre avec lui dans le Royaume celui qui a partagé sa Passion, que le larron, pour l'avoir confessé sur la croix, se retrouva le jour même avec lui au paradis (Lc 23,42) (...) Oui, « si nous souffrons avec lui, avec lui, nous régnerons » (Rm 8,17).

 

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église,

Sermon 1 pour le premier dimanche de novembre (Lire la Bible avec les Pères, t. 6 Isaïe, coll. Écriture sainte; trad. Sr Isabelle de la Source; Médiaspaul 2005; p. 33)

Dimanche 21 mars 2021

 

« Notre Pâque, c'est le Christ »

 

Il est tout proche de nous, ce Verbe qui pour nous s'est fait toutes choses : je veux dire notre Seigneur Jésus Christ qui a promis de demeurer continuellement auprès de nous. Il s'écrie en effet : Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. Il est lui-même pasteur, souverain prêtre, chemin et porte, et il est devenu pour nous tout cela en même temps. C'est ainsi encore que la fête et la solennité nous est apparue ; comme dit l'Apôtre : Notre Agneau pascal qui a été immolé, c'est le Christ que l'on attendait. Mais il avait déjà brillé pour le psalmiste en prière qui disait : Mon allégresse, délivre-moi des ennemis qui m'assiègent. Telle est la véritable allégresse, telle est l'authentique solennité : l'éloignement de nos malheurs. Pour que chacun y parvienne, il faut que sa conduite soit parfaitement droite, et qu'il médite intérieurement dans le repos que procure la crainte du Seigneur.

 

C'est ainsi que les saints, pendant leur vie, étaient continuellement dans la joie, et comme à une fête. L'un d'entre eux, le bienheureux David, se levait la nuit non pas une fois mais sept fois et se conciliait le Seigneur par la prière. Un autre, le grand Moïse, chantait son allégresse par des hymnes et louait Dieu pour la victoire remportée sur Pharaon et les Égyptiens qui accablaient de corvées les Hébreux. Enfin, d'autres exerçaient le culte divin avec une joie constante, comme le grand Samuel et le bienheureux Élie. Ils avaient acquis la liberté par la sainteté de leur vie, et maintenant ils célèbrent la fête dans le ciel ; ils se réjouissent du pèlerinage qu'ils accomplissaient jadis dans l'ombre des figures, dont ils voient maintenant la différence avec la vérité.

Et nous, qui célébrons maintenant la solennité, quels chemins prenons-nous ? Et en approchant de cette fête, quel guide suivrons-nous ? Absolument aucun, mes bien-aimés, sinon celui que vous appelez avec moi notre Seigneur Jésus Christ, lui qui a dit : Je suis le Chemin.

 

C'est lui, nous dit saint Jean, qui enlève le péché du monde. C'est lui qui purifie nos âmes, selon une parole du prophète Jérémie : Placez-vous sur les chemins, regardez, considérez quel est le bon chemin, et vous y trouverez la purification de vos âmes.

 

Jadis le sang des boucs et la cendre de la génisse que l'on répandait sur les impurs n'étaient capables que de purifier le corps. Maintenant, par la grâce du Verbe de Dieu, chacun est pleinement purifié. Si nous le suivons sans tarder, nous pourrons, comme au seuil de la sainte Jérusalem, entrevoir la fête éternelle. Ainsi encore les bienheureux Apôtres, qui suivaient le Sauveur comme leur guide, étaient alors et sont encore maintenant les maîtres de cette grâce. Car ils disaient : Voici que nous avons tout quitté et que nous t'avons suivi. Nous-mêmes, nous suivons le Seigneur et nous accomplissons la fête du Seigneur non seulement en paroles, mais par nos actes.

 

LETTRE PASCALE DE SAINT ATHANASE

Dimanche 14 mars 2021

 

 

Le signe du serpent de bronze

 

Par sa mort, le Christ nous a délivrés de la mort : la mort l'a saisi, et il a tué la mort. Vous le savez, frères, Dieu n'a pas fait la mort, l'Écriture l'affirme : il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants, il a créé toutes choses pour qu'elles subsistent, mais, ajoute l'Écriture, par la jalousie du diable, la mort est entrée dans le monde.

 

Or Jésus, le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, est devenu mortel, car le Verbe s'est fait chair. Il a donc reçu la mort, et il a cloué la mort en croix. C'est ce qui a été donné en figure autrefois : de même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. C'est là un symbole important. Le peuple d'Israël était prostré dans le désert par des morsures de serpents, il mourut un grand nombre de gens. Le Seigneur ordonna à Moïse de faire un serpent d'airain et de l'élever sur une hampe dans le désert, et d'avertir le peuple : si quelqu'un était mordu par un serpent, qu'il regarde le serpent élevé sur la hampe.

 

Quels sont ces serpents qui mordent ? Les péchés qui nous viennent de notre condition mortelle. Quel est le serpent élevé ? Le Christ mort en croix. La morsure du serpent est mortelle, la mort du Seigneur donne vie.

 

Le Christ est la vie, et pourtant il est mis en croix. Le Christ est la vie, et pourtant il est mort. Mais dans la mort du Christ la mort est morte : en mourant, la Vie a tué la mort, la plénitude de la vie a englouti la mort, la mort a été absorbée dans le corps du Christ. Mais nous aussi, nous le dirons à la résurrection, lorsque nous chanterons un chant triomphal : Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? D'ici là, frères, pour guérir du péché, regardons le Christ en croix. Ceux qui regardaient le serpent de bronze ne périssaient pas des suites des morsures des serpents ; ceux qui contemplent avec foi la mort du Christ sont guéris des morsures des péchés. Jadis ils furent libérés de la mort pour une vie qui n'avait qu'un temps ; maintenant, c'est pour obtenir la vie éternelle.

 

Saint Augustin, Commentaire sur l’Evangile selon saint Jea

DImanche 7 mars 2021

 

Le vrai Temple de Dieu


Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours, je le relèverai. Jésus, parlait, dit l'Évangéliste, du sanctuaire de son corps. Il est manifeste, que trois jours après avoir été mis à mort, le Seigneur est ressuscité. Si les Juifs demeurent exclus de cette connaissance, parce qu'ils sont dehors, pour nous elle est patente, parce que nous savons en qui nous croyons.

Nous allons bientôt célébrer la solennité annuelle qui commémore la destruction et la réédification de ce temple. En venant dans le monde, le Christ a reçu un corps, qui lui vient d'Adam. Les Juifs ont détruit le temple qui vient d'Adam, le corps du Christ, mais le Seigneur l'a relevé le troisième jour. Il a ressuscité sa chair ; en cela vous voyez qu'il est Dieu égal à son Père. L'Apôtre dit : Le Christ s'est fait obéissant jusqu'à mourir, et mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a relevé d'entre les morts et lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms. Le Seigneur est ressuscité, il a été exalté. Qui l'a ressuscité ? Le Père, à qui il dit dans un psaume : Relève-moi, je leur rendrai ce qu'ils méritent. Le Père l'a ressuscité. Il ne s'est donc pas ressuscité lui-même ? Mais le Père fait-il rien sans le Verbe ? Le Père fait-il rien sans son Fils unique ?

Écoutez bien ce que dit le Christ : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. Est-ce qu'il a dit : Détruisez ce sanctuaire, et dans trois jours le Père le relèvera ? Ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement : quand le Père relève, le Fils relève ; quand le Fils relève, le Père relève, car, dit le Fils : le Père et moi, nous sommes un.

Commentaire de saint Augustin sur l'évangile de Jean


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« Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai »


Nous sommes encore les ouvriers de Dieu et nous bâtissons le temple de Dieu. La dédicace de ce temple a déjà eu lieu dans sa Tête, puisque le Seigneur est ressuscité des morts, après avoir triomphé de la mort ; ayant détruit en lui ce qui était mortel, il est monté au ciel. (...) Et maintenant, nous construisons ce temple par la foi, pour que se fasse aussi sa dédicace lors de la résurrection finale. C'est pourquoi (...) il y a un psaume intitulé : « lorsqu'on rebâtissait le Temple, après la captivité » (95,1 Vulg). Rappelez-vous la captivité où nous étions jadis, alors que le diable tenait le monde entier en son pouvoir, comme un troupeau d'infidèles. C'est en raison de cette captivité que le Rédempteur est venu. Il a versé son sang pour notre rançon ; par son sang répandu, il a supprimé le billet de la dette qui nous maintenait captifs (Col 2,14). (...) Vendus auparavant au péché, nous avons ensuite été libérés par la grâce. Après cette captivité, on construit maintenant le temple, et pour l'édifier, on annonce la Bonne Nouvelle. C'est pourquoi ce psaume commence ainsi : « Chantez au Seigneur un chant nouveau. »  Et pour que tu ne penses pas que l'on bâtit ce temple dans un petit coin, comme le construisent les hérétiques qui se séparent de l'Église, fais attention à ce qui suit : « Chantez au Seigneur toute la terre .» (...) « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur toute la terre. » Chantez et bâtissez ! Chantez et « bénissez le nom du Seigneur » (v.2). Annoncez le jour né du jour du salut, le jour né du jour du Christ. Qui est, en effet, le salut de Dieu sinon son Christ ? Pour ce salut, nous prions dans le psaume : « Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et donne-nous ton salut. » Les anciens justes désiraient ce salut, eux dont le Seigneur disait à ses disciples : « Beaucoup ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu » (Lc 10,24). (...) « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur. » Voyez l'ardeur des bâtisseurs ! « Chantez au Seigneur et bénissez son nom. » Annoncez la Bonne Nouvelle ! Quelle bonne nouvelle ? Le jour est né du jour (...) ; la Lumière est née de la Lumière, le Fils né du Père, le salut de Dieu ! Voilà comment se construit le temple après la captivité.

Saint Augustin (354-430

)

évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église

Sermon 163, 5 (2000 ans d'homélies, année B; trad. L. Brésard; Éd. Soceval 1999;

p. 96, rev.)

 

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Si vous m’aimez, gardez mes commandements


Laissez donc à Dieu, ma fille, le soin de votre perfection et de tout ce qui vous touche, et ne prenez pour vous que le soin de le goûter intérieurement et de vous soumettre à sa sainte volonté, sans nulle réflexion sur vous, sans nul retour sur les créatures. Cela ne guérit d’aucun mal, mais en fait beaucoup.
 

Ne jugez pas de l’amour divin par le profane ; celui-ci étant tout dans les sens et pour un objet sensible doit nécessairement être fort sensible, mais l’amour divin étant dans l’intime de l’âme, et ayant un objet qui ne tombe sous aucun sens, ne peut se sentir, quand il est bien pur ; et ce qu’on en sent quelquefois dans les transports si doux n’est pas l’amour même ; ce n’est pour l’ordinaire qu’un amour propre qui a pris le nom d’amour divin.

 

Le vrai amour de Dieu est dans l’accomplissement de ses commandements et la soumission à toutes ses volontés ; c’est la seule preuve que nous en demande notre Seigneur comme il paraît par ces paroles : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » (Jn 14, 15) Faites-le donc, et vous vivrez.

Claude-François Milley, s.j.

 

Le jésuite Claude-François Milley († 1720), grand directeur spirituel, mourut en secourant les victimes de la peste à Marseille, en 1720. / Cité dans Jean Brémond, Le courant mystique au xviiie siècle, Paris, Lethielleux, 1943, P. 188s

28 février 2021

 

 

Deux montagnes

La gloire de Jésus, la gloire divine jaillissant de l’éternelle communion d’amour entre le Père et le Fils, dépasse tout ce que nous pouvons concevoir et nous représenter.

Pourtant, sur la montagne de la Transfiguration, il est donné aux disciples, en un éclair, d’en saisir quelque chose. Et c’est justement à cette occasion, alors qu’une terreur sacrée les saisit face à la grandeur de leur maître, que Jésus révèle comment il va remplir sa mission.

Le chemin menant à la gloire n’est pas un chemin montant tout droit vers le haut. Pour Jésus, comme pour nous qui le suivons, il n’est pas de gloire sans passer par la souffrance et par la mort. La gloire de Jésus est gloire de résurrection, et l’on ne peut ressusciter sans d’abord mourir.

Sur le Thabor, Jésus devance la gloire que sa résurrection dévoilera. Les disciples qui le verront verser, à Gethsémani, une sueur de sang, ont pour lors besoin d’un avant-goût du but final.

Dieu s’y prend souvent ainsi avec les siens. Dès le début du chemin, il leur fait expérimenter quelque chose du but. C’est sa manière de nous indiquer la route.

Peut-être t’a-t-il déjà été donné d’éprouver, dans la prière et la communion avec Dieu, des « heures thaboriques ». Ne te crois pas pour autant déjà arrivé ! Si tu écoutes attentivement Jésus, tu comprendras qu’avant d’atteindre le but, il faut gravir une autre montagne que le Thabor. Mais le Calvaire, où souffrance et mort deviennent ton lot, ce n’est pas le mont de la désespérance. Un peu de la lumière du Christ glorifié demeure en toi. Ne la quitte pas des yeux : la nuit deviendra plus claire que le jour et tu seras envahi de la gloire du Seigneur.

Wilfrid Stinissen, o.c.d.
 († 2013) est entré en 1943 au carmel de Bruges avant d’être prieur du couvent de Noraby, en Suède. Il fut une voix spirituelle d’une remarquable simplicité et d’une belle profondeur. / Dieu au fil des jours, Méditations quotidiennes, juillet à décembre, éditions du Carmel, 2013, pp. 76-77.


 

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Sermon de saint Léon le grand pour le 2° dimanche de carême 



La Transfiguration

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.
Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Et l'Apôtre saint Paul atteste lui aussi : J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous. Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle.
En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins.
Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l'Ancien Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.
Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères, est montré comme manifeste et évident par la splendeur de sa gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. En lui s'est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements. ~

Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.
Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour; écoutez-le !

21 février 2021

 

L’accomplissement de toute justice


Pourquoi l’Incarnation, pourquoi l’enfance, pourquoi le cours de la vie, pourquoi l’affront, pourquoi la croix, pourquoi la mort, pourquoi la sépulture ont-ils été assumés pour la rédemption de l’homme ? Voilà ce que disent les hommes de peu de science.

Sans aucun doute notre Seigneur aurait pu triompher du diable par son autorité divine et libérer l’homme de sa domination. Oui, il l’aurait pu : mais la raison s’y opposait, la justice ne le permettait pas, elles qui sont plus grandes auprès de Dieu que toute force et toute puissance.

Pour que tous les actes de Dieu fussent en règle avec la justice et la raison sa force est venue du ciel ; elle est venue arracher l’homme au diable non par la puissance, mais en observant en tous points la justice, comme le Seigneur lui-même l’a rappelé à Jean Baptiste qui se récusait au moment du baptême, lui disant : « Laisse donc, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » 

Pour cette raison donc, notre Seigneur et Sauveur est venu « dans une chair semblable à la chair du péché » (Mt 3, 15) comme l’enseigne l’Apôtre, et il a tout pris sur lui sauf le péché, afin que, la justice étant accomplie, le péché soit ainsi condamné dans la chair, tandis qu’il assumait d’une substance pécheresse une chair sans péché. Le combat avec l’Esprit dans le désert le prouve : là, le diable est vaincu non par la majesté divine, mais par le rappel du commandement, mais par les jeûnes, mais par la réponse conforme à la Loi.

St Césaire d’Arles

 

 

Moine de Lérins puis évêque d’Arles à 33 ans, saint Césaire († 542) fut un pasteur dynamique et spirituel. Ce guide courageux a écrit : « Il ne faut pas rester la bouche close dans l’Église, comme les chiens muets de l’Écriture. » / Sermon 11, 1-3, trad. M.-J. Delage, Paris, Cerf, Sources chrétiennes n° 175, 1971, p. 387-391.

 

 

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Lecture patristique, Homélie de Lansperge le Chartreux (+ 1539) Sermon 2 sur le premier dimanche de carême, Opera omnia,t 1, 180

 

Tout ce que le Seigneur Jésus a voulu faire aussi bien que souffrir, il l'a fait pour nous instruire, nous reprendre et nous être utile.

Puisqu'il savait que nous en tirerions beaucoup de fruit pour notre instruction et notre réconfort, il n'a voulu rien omettre de ce qui pourrait nous profiter. C'est pourquoi il fut conduit au désert, et il n'y a pas de doute que ce fut par l'Esprit Saint.

En effet, l'Esprit Saint a voulu le conduire là où le démon pourrait le trouver et oserait s'approcher de lui pour le tenter. Car le tentateur était provoqué à le mettre à l'épreuve par des circonstances favorables, c'est-à-dire la solitude, la prière, la mortification corporelle, le jeûne et la faim. Ainsi le démon aurait-il la possibilité d'apprendre de Jésus s'il était le Christ et le Fils de Dieu.

La première chose que nous apprenons ici, c'est que la vie de l'homme sur la terre est une vie de combat (Jb 7,1). Et aussi que le chrétien doit s'attendre à être d'emblée tenté par le démon. Qu'il se prépare donc à la tentation, selon l'Écriture : Si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l'épreuve (Si 2,1).

C'est pourquoi le Seigneur a voulu réconforter par ses exemples tout nouveau baptisé, tout nouveau converti, pour qu'il n'ait pas peur et ne devienne pas timoré, si après sa conversion ou son baptême, ayant été tenté par le démon plus fortement qu'auparavant, ou s'il souffre davantage de la persécution, il lit dans l'Évangile que le Christ lui-même a été tenté par le démon aussitôt après son baptême.

La deuxième leçon que le Christ a voulu nous donner par son exemple, c'est que nous ne cherchions pas facilement à nous exposer à la tentation. Conscients de notre faiblesse, veillons plutôt à ne pas entrer en tentation, prions et évitons les occasions d'être tentés.

Dimanche 14 février 2021

 

 

Le corps transfiguré
 

Le corps peut exister. Il n’existe pas encore car nous avons à le revêtir, à le créer dans son humanité. Il n’existera pleinement que lorsqu’il sera entré tout entier dans cette relation personnifiante, devenu tout entier une offrande et une oblation.

Il suffit de le vivre dans toutes ses dimensions humaines pour qu’il devienne précisément cela : une introduction continuelle au monde divin, une révélation continuelle du monde divin. Et c’est une raison de plus pour l’aimer infiniment comme Dieu l’aime, non pas comme une chose, mais comme une personne, et de le traiter avec tant de respect qu’il ne soit pas une chose posée devant nous et dont nous puissions user comme une possession mais comme une réalité que nous avons à devenir et qui est nous-mêmes.

Ce serait une immense erreur d’imaginer qu’il y a dans le christianisme une sorte d’inimitié qui nous vouerait à la haine des corps. Dans le Christ tout est aimé, tout est glorifié, tout est transfiguré.

Maurice Zundel

(† 1975), prêtre suisse, mena une vie de prédicateur itinérant en France et à l’étranger. Docteur en philosophie, mystique, poète, liturgiste, il est l’auteur de nombreux ouvrages. / Je ne crois pas en Dieu, je le vis, Paris, Le Passeur, 2017, p. 254-255.

 

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Lecture Patristique Saint Paschase Radbert (né vers790, mort à Saint-Riquier en 865). Commentaire sur l'évangile de Matthieu,5, 8,CCM 56 A, 475-476.

 

Le Christ guérit celui qui croit. Le Seigneur guérit chaque jour l'âme de tout homme qui l'implore, l'adore pieusement et proclame avec foi ces paroles : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier (Mt 8,2), et cela quel que soit le nombre de ses fautes. Car celui qui croit du fond du cœur devient juste (Rm 10,10).

 

Il nous faut donc adresser à Dieu nos demandes en toute confiance, sans mettre nullement en doute sa puissance. Et, si nous prions avec une foi pleine d'amour, nous bénéficions certainement, pour parvenir au salut, du concours de la volonté divine qui agit en proportion de sa puissance et qui est capable de produire son effet. C'est la raison pour laquelle le Seigneur répond aussitôt au lépreux qui le supplie : Je le veux (Mt 8,3). Car, à peine le pécheur commence-t-il à prier avec foi, que la main du Seigneur se met à soigner la lèpre de son âme.

 

Ce lépreux nous donne un conseil excellent sur la façon de prier. Ainsi ne met-il pas en doute la volonté du Seigneur, comme s'il refusait de croire en sa bonté. Mais, conscient de la gravité de ses fautes, il ne veut pas présumer de cette volonté. Quand il dit que le Seigneur, s'il le veut, peut le purifier, il fait bien d'affirmer ainsi le pouvoir qui appartient au Seigneur, de même que sa foi inébranlable. Car, pour obtenir une grâce, la foi pure et vraie est à bon droit requise tout autant que la mise en œuvre de la puissance et de la bonté du Créateur.

 

Par ailleurs, si la foi est faible, elle doit d'abord être fortifiée. C'est alors seulement qu'elle révélera toute sa puissance pour obtenir la guérison de l'âme et du corps. L'apôtre Pierre parle sans aucun doute de cette foi quand il dit : Il a purifié leurs cœurs par la foi (Ac 15,9). Si le cœur des croyants est purifié par la foi, nous devons entendre par là, la force de la foi, car, comme le dit l'apôtre Jacques, celui qui doute ressemble au flot de la mer (Je 1,6). Mais, la foi pure, vécue dans l'amour, maintenue par la persévérance, patiente dans l'attente, humble dans son affirmation, ferme dans sa confiance, pleine de respect dans sa prière et de sagesse dans ce qu'elle demande, est certaine d'entendre en toute circonstance cette parole du Seigneur : Je le veux.

 

En ayant présente à l'esprit cette réponse admirable, nous devons regrouper les mots selon leur sens. Aussi bien le lépreux a-t-il dit pour commencer : Seigneur, si tu le veux, et le Seigneur : Je le veux. Le lépreux ayant ajouté : Tu peux me purifier, le Seigneur ordonna avec la puissance de sa parole : Sois purifié (Mt 8,2-3). Vraiment, tout ce que le pécheur a proclamé dans une vraie confession de foi, la bonté et la puissance divine l'ont aussitôt accompli par grâce. Un autre évangéliste précise que l'homme qui recouvra la santé était tout couvert de lèpre (Lc 5,12), afin que personne ne perde confiance en raison de la gravité de ses fautes. Car tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu (Rm 3,23). C'est pourquoi, si nous croyons à bon droit que la puissance de Dieu est à l'œuvre partout, nous devons le croire également de sa volonté. Il veut, en effet, que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité (1Tm 2,4).

Dimanche 7 février 2021

 

Demander ce qui est grand

 


Jésus lui-même prie et ne prie pas en vain. Il obtient ce qu’il demande dans sa prière, alors qu’il ne l’obtiendrait peut-être pas sans prier. Qui de nous, donc, peut se permettre de ne pas prier ?

 

Marc nous apprend en effet : Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Et cette parole : « Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours » (Jn 11, 42), prononcée par Jésus et conservée par l’évangéliste, montre bien que celui qui prie toujours est toujours exaucé.

 

Il me faut cependant décourager ceux qui recherchent la vie spirituelle et la vie en Christ et demandent des biens méprisables et terrestres. Demandez les grandes choses et les petites vous seront données par surcroît (Mt 6, 33) ; demandez les biens du ciel et ceux de la terre vous seront accordés en sus.

 

Vous voulez être spirituels ? Demandez dans vos prières les biens du ciel, ceux qui sont importants et, les ayant reçus, vous hériterez du royaume des Cieux : demandant ce qui est grand, vous jouirez des biens plus grands. Pour ce qui est des biens de la terre et quotidiens, dont vous avez besoin pour vos nécessités corporelles, le Père vous les donne par surcroît, dans la mesure du nécessaire.

 

Origène


(† v. 254), prêtre né à Alexandrie, penseur et spirituel éminent, fut le plus profond exégète de l’Antiquité chrétienne. / La Prière, XIII, 1.4 ; XIV, 1, trad. A.-G. Hamman, Paris, Migne, Les Pères dans la foi 3, 2002, p. 51-56.

Dimanche 31 janvier 2021

 

 

Saint Bonaventure (1221-1274) franciscain, docteur de l'Église

 

Sermon 'Christus unus omnium magister' (in Saint Bonaventure et la sagesse chrétienne, coll. microcosme, Maîtres spirituels; trad. J.-G. Bougerol; Éd. Seuil 1963, p. 72)

 

« Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! »

 

« Vous avez un seul maître, le Christ » (Mt 23,10). (...)

 

Le Christ est en effet « le reflet de la gloire du Père, l'empreinte de sa substance, qui soutient toute chose par sa parole puissante » (He 1,3). C'est lui l'origine de toute sagesse ; le Verbe de Dieu dans les hauteurs est la source de la sagesse. Le Christ est la source de toute connaissance vraie ; il est, en effet, « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6). (...) En tant que voie, le Christ est maître et principe de la connaissance selon la foi. (...)

 

C'est pourquoi Pierre enseigne dans sa deuxième lettre : « Nous tenons pour très certaine la parole prophétique à laquelle vous faites bien de prêter votre attention comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur » (1,19). (...) Car le Christ est le principe de toute révélation par son avènement dans l'esprit, et l'affermissement de toute autorité par son avènement dans la chair. Il vient d'abord dans l'esprit comme lumière révélatrice de toute vision prophétique.

 

Selon Daniel : « Il révèle ce qui est profond et caché ; il connaît ce que couvrent les ténèbres, et la lumière est avec lui » (2,22) ; il s'agit de la lumière de la divine sagesse qui est le Christ. Selon Jean, il dit : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres » (8,12), et « Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir enfants de lumière » (12,36) (...)

 

Sans cette lumière qui est le Christ, personne ne peut pénétrer les secrets de la foi. Et c'est pourquoi, au livre de la Sagesse, nous lisons : « Ô Dieu, envoie cette Sagesse de ton saint ciel et du trône de ta majesté, afin qu'elle soit avec moi et travaille à mes côtés. Je saurai ainsi ce qui te plaît. (...)

 

En effet, quel homme peut connaître le dessein de Dieu, et qui peut concevoir la volonté de Dieu ? » (9,10-13) Personne ne peut parvenir à la certitude de foi révélée, sinon par l'avènement du Christ dans l'esprit et dans la chair.

 

 

 

 

CANTIQUE DE LA SAGESSE (Sg 9). Prière pour obtenir la Sagesse.

 

« Dieu de mes pères et Seigneur de miséricorde, par ta parole tu fis l’univers,

 

Tu formas l’homme par ta Sagesse pour qu’il soit maître de tes créatures,

qu’il gouverne le monde avec justice et sainteté, qu’il rende, avec droiture, ses jugements.

Donne-moi la Sagesse, assise auprès de toi.

 

Ne me retranche pas du nombre de tes enfants : je suis ton serviteur, le fils de ta servante, un homme frêle et qui dure peu, trop faible pour comprendre les préceptes et les lois.

 

Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien.

 

Or la Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ; elle était là quand tu fis l’univers ; elle connaît ce qui plaît à tes yeux, ce qui est conforme à tes décrets.

 

Des cieux très saints, daigne l’envoyer, fais-la descendre du trône de ta gloire. Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît.

 

Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire.

Dimanche 24 janvier 2021

 

Manger la Parole


Le pain terrestre, s’il est gardé dans un placard, peut être pris par un voleur ou se couvrir de moisissures.

 

De même la parole de Dieu nous est inutile si elle est seulement « mise en réserve » dans notre esprit ou notre mémoire. En effet, comme nous mangeons notre pain pour nourrir nos corps, nous devons « manger » le pain de vie et nourrir nos âmes. Manger la parole de Dieu, c’est d’abord l’absorber dans les profondeurs de notre être par une foi soumise et aimante, puis laisser la puissance du Verbe s’exprimer dans l’activité essentielle de la foi : les œuvres de charité, les bonnes habitudes, une vie parfaite.

 

Voilà donc ce qui alimente et ravit notre âme pendant le second avènement. Quand nous sommes nourris par la parole de Dieu dans l’Écriture, quand nous vivons le message divin de la révélation biblique, le Christ prend possession de tout notre être, efface en nous la dernière trace du « vieil homme » et manifeste sa présence dans tout ce que nous faisons.

 

Thomas Merton, o.c.s.o.

 

(† 1968), né de parents franco-américains, a étudié à Cambridge (Angleterre) et à Columbia (New York) avant de devenir moine trappiste à l’abbaye Notre-Dame-de-Gethsemani, dans le Kentucky. / Le Temps des fêtes, Paris, Ad Solem, 2012, p. 76-77.

 

 

 

 

 

Il t’appelle encore
 

Tout au long de notre vie, le Christ nous appelle.

 

Il nous a appelés pour la première fois dans le baptême, mais il a ensuite continué de le faire ; que nous obéissions ou non à sa voix.

 

Il nous appelle encore par l’effet de sa grâce. Si nous sommes indignes de notre baptême, il nous appelle au repentir ; si nous nous efforçons d’accomplir notre vocation, il nous appelle de grâce en grâce, et de sainteté en sainteté, tant que la vie nous est accordée. Abraham fut appelé à quitter sa maison, Pierre, ses filets, Matthieu, son bureau de douane, Élisée, sa ferme, Nathanaël, sa retraite ; nous sommes tous en train de répondre à un appel et de quitter une chose pour une autre, interminablement, n’ayant nul lieu où nous reposer, mais nous élevant vers notre repos et n’obéissant à un commandement que pour qu’un autre nous soit prescrit. Le Christ nous appelle maintes et maintes fois, afin de maintes et maintes fois nous justifier – et à nouveau maintes fois, et de plus en plus, afin de nous sanctifier et de nous glorifier.

 

St John Henry Newman

 

(† 1890) fut le principal acteur du mouvement d’Oxford. Son étude des Pères de l’Église l’a conduit au catholicisme en 1845. Il a fondé l’Oratoire d’Angleterre en 1848 et a été créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il a été canonisé en 2019. / Sermons paroissiaux, t. 8, Paris, Cerf, p. 30-31.

Dimanche 17 janvier 2021

 

 

Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444)

évêque et docteur de l'Église

 

Commentaire sur l'évangile de Jean, 2, Prol. ; PG 73, 192 (Les Pères commentent l'évangile; Coll. liturgique sous la direction de H. Delhougne, o.s.b.; trad. R. Pirlot; Ed. Brepols 1991 , p. 85 rev.)

 

« Voici l'Agneau de Dieu »

 

« Jean voit Jésus venir vers lui et il dit : ‘Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde’ » (Jn 1,29). Ce n'est plus le temps de dire : « Préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3,3), puisque celui dont la venue a été préparée se laisse voir : il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours : il faut faire connaître celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare : « Voici l'Agneau de Dieu ».  

 

Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est « mené à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent » (Is 53,7). La Loi de Moïse l'a préfiguré, mais (...) elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes.

 

Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche, est menée à l'abattoir. C'est pour bannir le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappait et mettre fin à cette parole : « Tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gn 3,19).

 

Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre (1Co 15,47), il est la source de tout bien pour l'humanité (...), la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre. « Un seul est mort pour tous », afin de les soumettre tous à Dieu ; « un seul est mort pour tous » afin de les gagner tous, afin que tous désormais « n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,14-15).

Dimanche 10 janvier 2021 - Baptême du Christ

 

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D'ALEXANDRIE SUR L'ÉVANGILE DE JEAN

 

C'est pour nous que le Christ, au baptême, a reçu le Saint-Esprit

Le Créateur de l’univers avait décidé de récapituler toutes choses dans le Christ, par une réalisation magnifique, et de restaurer la nature humaine dans son premier état. Il promet donc de lui rendre, avec tous les autres dons, le Saint-Esprit. En effet, elle n’aurait pas pu autrement retrouver la possession paisible et durable de ses biens.

 

Aussi Dieu a-t-il fixé le moment où le Saint-Esprit descendrait vers nous, et il nous en a fait la promesse : En ces jours-là – évidemment ceux de notre Sauveur –, je répandrai mon Esprit sur tout être de chair.

 

Lorsque le temps de cette générosité a fait venir sur cette terre le Fils unique incarné, c’est-à-dire un homme né d’une femme, selon la sainte Écriture, Dieu le Père nous a encore donné son Esprit, et le premier qui le reçut fut le Christ, comme étant le premier exemplaire de la nature renouvelée. Jean le Baptiste l’affirme : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui

 

Si l’on dit que le Christ a reçu le Saint-Esprit, c’est en tant qu’il s’est fait homme et en tant qu’il convenait à l’homme de le recevoir.

Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père, et engendré de sa substance, et cela avant l’incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n’éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu’il s’est fait homme : Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

 

Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau, de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. C’est pour cela qu’il prend en charge la descendance d’Abraham, selon l’Écriture, et qu’il s’est rendu  en tout semblable à ses frères.

 

Ce n’est donc pas pour lui-même que le Fils unique a reçu le Saint-Esprit. Car l’Esprit est à lui, en lui et par lui, comme nous l’avons déjà dit. Mais parce que, s’étant fait homme, il possédait en lui toute la nature humaine, il a reçu l’Esprit afin de la récapituler tout entière, en la restaurant dans son premier état. ~ Nous pouvons donc voir, par un sage raisonnement et en nous appuyant sur les affirmations de la sainte Écriture, que le Christ n’a pas reçu l’Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c’est par lui que nous parviennent tous les biens.

 

 

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SERMON DE SAINT MAXIME DE TURIN POUR L'ÉPIPHANIE

Les mystères du baptême du Seigneur

 

L’Évangile rapporte que le Seigneur s’est rendu au Jourdain afin d’être baptisé et qu’il a voulu être consacré dans ce fleuve aux mystères célestes. ~

Il est dans l’ordre, en effet, qu’après le jour de la naissance du Sauveur — bien des années plus tard, mais à la même époque — vienne cette fête, que l’on doit, à mon avis, appeler aussi la fête de sa nativité.

 

Né alors pour les hommes, il renaît aujourd’hui dans les sacrements. Alors, il a été mis au monde par la Vierge, aujourd’hui il a été engendré par le mystère. ~ Là, lorsqu’il naît à notre humanité, sa mère Marie le réchauffe dans son sein ; ici, lorsqu’il est engendré selon le mystère, Dieu le Père l’accueille par sa parole. Il dit en effet : Celui-ci est mon Fils en qui j’ai tout mon amour. Écoutez-le. Sa Mère, en l’enfantant, le caresse tendrement sur son sein, le Père le soutient par un affectueux témoignage ; sa Mère le présente à l’adoration des Mages, le Père le manifeste aux nations pour qu’elles le vénèrent. 

 

Le Seigneur Jésus est venu au baptême, et il a voulu que son corps très saint soit lavé par l’eau.

Quelqu’un dira peut-être : « Lui qui est Saint, pourquoi a-t-il voulu être baptisé ? » Écoutez donc. Le Christ est baptisé non pas pour être sanctifié par l’eau, mais pour sanctifier lui-même l’eau et pour purifier par sa pureté ces flots qu’il touche. La consécration du Christ est en effet la consécration fondamentale de l’élément.

 

Lorsque le Sauveur est lavé, c’est alors que l’eau est d’avance purifiée tout entière en vue de notre baptême ; la source est purifiée pour que, dorénavant, la grâce du baptême soit administrée aux peuples à venir. Le Christ a donc reçu le baptême par avance, pour que les peuples chrétiens prennent sa suite avec confiance.

 

Je comprends le mystère : car c’est ainsi que la colonne de feu s’est avancée la première à travers la mer Rouge, pour que les fils d’Israël marchent sur ses traces avec intrépidité. Elle a traversé les eaux en premier pour préparer la voie à ceux qui viendraient après elle. Ce fut là, dit l’Apôtre, un mystère préfigurant le baptême. Oui, ce fut comme un baptême, lorsque la nuée recouvrait les hommes, et que l’eau les portait.

 

Mais c’est le Christ Seigneur qui a réalisé tout cela. C’est lui, jadis, qui précéda les fils d’Israël, à travers la mer, dans la colonne de feu. De même, c’est lui maintenant qui, par son baptême, précède les peuples chrétiens en son propre corps. Il est, dirai-je, cette colonne qui alors présenta sa lumière aux regards de ceux qui le suivaient et qui, maintenant, offre la lumière aux cœurs des croyants. Alors, il offrit un chemin solide à travers les eaux ; maintenant, il fortifie dans le baptême les pas de la foi.

 

 

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