Paroisse Saint Thomas d'Aquin
 Paroisse Saint Thomas d'Aquin

Lectures spirituelles 2021

Dimanche 4 avril 2021 - Jour de Pâques

 

 

HOMÉLIE DE MÉLITON DE SARDES SUR LA PÂQUE

L'Agneau sans défaut et sans tache

Bien des choses ont été annoncées par de nombreux prophètes en vue du mystère de Pâques qui est le Christ : à lui la gloire pour les siècles des sièclesAmen.

C'est lui qui est venu des cieux sur la terre en faveur de l'homme qui souffre ; il a revêtu cette nature dans le sein de la Vierge et, quand il en est sorti, il était devenu homme ; il a pris sur lui les souffrances de l'homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair ; par l'esprit incapable de mourir, il a tué la mort homicide.

Conduit comme un agneau et immolé comme une brebis, il nous a délivrés de l'idolâtrie du monde comme de la terre d'Égypte ; il nous a libérés de l'esclavage du démon comme de la puissance de Pharaon ; il a marqué nos âmes de son propre Esprit, et de son sang les membres de notre corps.

C'est lui qui a plongé la mort dans la honte et qui a mis le démon dans le deuil, comme Moïse a vaincu Pharaon. C'est lui qui a frappé le péché et a condamné l'injustice à la stérilité, comme Moïse a condamné l'Égypte.

C'est lui qui nous a fait passer de l'esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de la tyrannie à la royauté éternelle, lui qui a fait de nous un sacerdoce nouveau, un peuple choisi, pour toujours. C'est lui qui est la Pâque de notre salut.

C'est lui qui endura bien des épreuves en un grand nombre de personnages qui le préfiguraient : en Abel il a été tué ; en Isaac il a été lié sur le bois ; en Jacob il a été exilé ; en Joseph il a été vendu; en Moïse il a été exposé à la mort ; dans l'agneau il a été égorgé ; en David il a été en butte aux persécutions ; dans les prophètes il a été méprisé.

C'est lui qui s'est incarné dans une vierge, a été suspendu au bois, enseveli dans la terre, ressuscité d'entre les morts, élevé dans les hauteurs des cieux.

C'est lui, l'agneau muet ; c'est lui, l'agneau égorgé ; c'est lui qui est né de Marie, la brebis sans tache ; c'est lui qui a été pris du troupeau, traîné à la boucherie, immolé sur le soir, mis au tombeau vers la nuit. Sur le bois, ses os n'ont pas été brisés ; dans la terre, il n'a pas connu la corruption ; il est ressuscité d'entre les morts et il a ressuscité l'humanité gisant au fond du tombeau.

 

 

 

 

 

 

HOMÉLIE DE MÉLITON DE SARDES SUR LA PÂQUE

Mystère toujours nouveau.

Comprenez-le, mes bien-aimés : le mystère de la Pâque est ancien et nouveau, provisoire et éternel, corruptible et incorruptible, mortel et immortel.

Il est ancien en raison de la Loi, mais nouveau en raison du Verbe ; provisoire en ce qu'il est figuratif, mais éternel parce qu'il donne la grâce ; corruptible puisqu'on immole une brebis, mais incorruptible parce qu'il contient la vie du Seigneur ; mortel, puisque le Seigneur est enseveli dans la terre, mais immortel par sa résurrection d'entre les morts.

Oui, la Loi est ancienne, mais le Verbe est nouveau ; la figure est provisoire, mais la grâce est éternelle ; la brebis est corruptible, mais le Seigneur est incorruptible, lui qui a été immolé comme l'agneau, et qui ressuscita comme Dieu.

Car il a été conduit comme une brebis vers l'abattoir, alors qu'il n'était pas une brebis ; il est comparé à l'agneau muet, alors qu'il n'était pas un agneau. En effet, la figure a passé, et la vérité a été réalisée : Dieu a remplacé l'agneau, un homme a remplacé la brebis, dans cet homme, le Christ, qui contient toute chose.

Ainsi donc, l'immolation de la brebis et le rite de la Pâque et la lettre de la Loi ont abouti au Christ Jésus en vue de qui tout arriva dans la loi ancienne et davantage encore dans l'ordre nouveau.

Car la Loi est devenue le Verbe, et, d'ancienne, elle est devenue nouvelle (l'une et l'autre sorties de Sion et de Jérusalem), le commandement s'est transformé en grâce, la figure en vérité, l'agneau est devenu fils, la brebis est devenue homme et l'homme est devenu Dieu. ~

Le Seigneur, étant Dieu, revêtit l'homme, souffrit pour celui qui souffrait, fut enchaîné pour celui qui était captif, fut jugé pour le coupable, fut enseveli pour celui qui était enseveli. Il ressuscita des morts et déclara à haute voix : Qui disputera contre moi ? Qu'il se présente en face de moi ! C'est moi qui ai délivré le condamné ; c'est moi qui ai rendu la vie au mort ; c'est moi qui ai ressuscité l'enseveli. Qui ose me contredire ? C'est moi, dit-il, qui suis le Christ, qui ai détruit la mort, qui ai triomphé de l'adversaire, qui ai lié l'ennemi puissant, et qui ai emporté l'homme vers les hauteurs des cieux ; c'est moi, dit-il, qui suis le Christ.

Venez donc, toutes les familles des hommes, pétries de péchés, et recevez le pardon des péchés. Car c'est moi qui suis votre pardon, moi la Pâque du salut, moi l'agneau immolé pour vous, moi votre rançon, moi votre vie, moi votre résurrection, moi votre lumière, moi votre salut, moi votre roi. C'est moi qui vous emmène vers les hauteurs des cieux ; c'est moi qui vous ressusciterai ; c'est moi qui vous ferai voir le Père qui existe de toute éternité ; c'est moi qui vous ressusciterai par ma main puissante.

Dimanche des Rameaux 28 mars 2021

 

 

Gloire au Christ vainqueur de la mort !

 

 

Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd'hui de Béthanie et il s'avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut.

 

Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l'explique l'Écriture, au-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui nous dominent, quel que soit leur nom.

Et il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix. Il sera doux et humble, il fera modestement son entrée. 

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion, imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour répandre sur son chemin, comme ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit afin d'accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.

 

Car il se réjouit de s'être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui monte au-dessus du couchant, c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.

 

Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, il soit monté au sommet des cieux, à l'orient, comme dit le psaume, j'estime qu'il l'a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l'humanité, afin d'élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l'emporter avec lui dans les hauteurs.

 

C'est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n'étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d'arbres qui vont bientôt se faner, et qui ne réjouissent le regard que peu de temps. Notre vêtement, c'est sa grâce, ou plutôt c'est lui tout entier que nous avons revêtu : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. C'est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas.

 

Par notre péché, nous étions d'abord rouges comme la pourpre, mais le baptême de salut nous a nettoyés et nous sommes devenus ensuite blancs comme la laine. Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort.

Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'lsraël !

 

 

Homélie de Saint André de Crète pour le Dimanche des Rameaux

 

 

 

« Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez que moi, Je Suis »

 


Le prophète Isaïe nous décrit une vision sublime : « J'ai vu le Seigneur assis sur un trône » (Is 6,1). Magnifique spectacle, mes frères ! Heureux les yeux qui l'ont vu ! Qui ne désirerait de toute son âme contempler la splendeur d'une si grande gloire ? (...)

Mais voici que j'entends le même prophète nous rapporter une autre vision de ce même Seigneur, bien différente : « Nous l'avons vu ; il n'avait ni beauté, ni éclat : nous l'avons pris pour un lépreux » (Is 53,2s Vulg). (...)

Toi donc, si tu désires voir Jésus dans sa gloire, cherche à le voir d'abord dans son abaissement. Commence par fixer les yeux sur le serpent élevé dans le désert (cf Jn 3,14), si tu désires voir le Roi siéger sur son trône. Que cette première vision te remplisse d'humilité, pour que la seconde te relève de ton humiliation. Que celle-là réprime et guérisse ton orgueil, avant que celle-ci ne comble et rassasie ton désir. Vois-tu le Seigneur « réduit à rien » ? (Ph 2,7) Que cette vision ne te laisse pas insouciant, sinon tu ne pourras, sans souci, le contempler ensuite dans la gloire de son exaltation. « Tu lui seras semblable », certes, quand tu le verras « tel qu'il est » (1Jn 3,2) ; sois donc semblable à lui dès maintenant en voyant ce qu'il est devenu à cause de toi. Si tu ne refuses pas de lui ressembler dans son abaissement, il te donnera sûrement en retour la ressemblance de sa gloire. Il ne souffrira jamais que celui qui a participé à sa Passion soit exclu de la communion à sa gloire. Il refuse même si peu d'admettre avec lui dans le Royaume celui qui a partagé sa Passion, que le larron, pour l'avoir confessé sur la croix, se retrouva le jour même avec lui au paradis (Lc 23,42) (...) Oui, « si nous souffrons avec lui, avec lui, nous régnerons » (Rm 8,17).

 

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église,

Sermon 1 pour le premier dimanche de novembre (Lire la Bible avec les Pères, t. 6 Isaïe, coll. Écriture sainte; trad. Sr Isabelle de la Source; Médiaspaul 2005; p. 33)

Dimanche 21 mars 2021

 

« Notre Pâque, c'est le Christ »

 

Il est tout proche de nous, ce Verbe qui pour nous s'est fait toutes choses : je veux dire notre Seigneur Jésus Christ qui a promis de demeurer continuellement auprès de nous. Il s'écrie en effet : Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. Il est lui-même pasteur, souverain prêtre, chemin et porte, et il est devenu pour nous tout cela en même temps. C'est ainsi encore que la fête et la solennité nous est apparue ; comme dit l'Apôtre : Notre Agneau pascal qui a été immolé, c'est le Christ que l'on attendait. Mais il avait déjà brillé pour le psalmiste en prière qui disait : Mon allégresse, délivre-moi des ennemis qui m'assiègent. Telle est la véritable allégresse, telle est l'authentique solennité : l'éloignement de nos malheurs. Pour que chacun y parvienne, il faut que sa conduite soit parfaitement droite, et qu'il médite intérieurement dans le repos que procure la crainte du Seigneur.

 

C'est ainsi que les saints, pendant leur vie, étaient continuellement dans la joie, et comme à une fête. L'un d'entre eux, le bienheureux David, se levait la nuit non pas une fois mais sept fois et se conciliait le Seigneur par la prière. Un autre, le grand Moïse, chantait son allégresse par des hymnes et louait Dieu pour la victoire remportée sur Pharaon et les Égyptiens qui accablaient de corvées les Hébreux. Enfin, d'autres exerçaient le culte divin avec une joie constante, comme le grand Samuel et le bienheureux Élie. Ils avaient acquis la liberté par la sainteté de leur vie, et maintenant ils célèbrent la fête dans le ciel ; ils se réjouissent du pèlerinage qu'ils accomplissaient jadis dans l'ombre des figures, dont ils voient maintenant la différence avec la vérité.

Et nous, qui célébrons maintenant la solennité, quels chemins prenons-nous ? Et en approchant de cette fête, quel guide suivrons-nous ? Absolument aucun, mes bien-aimés, sinon celui que vous appelez avec moi notre Seigneur Jésus Christ, lui qui a dit : Je suis le Chemin.

 

C'est lui, nous dit saint Jean, qui enlève le péché du monde. C'est lui qui purifie nos âmes, selon une parole du prophète Jérémie : Placez-vous sur les chemins, regardez, considérez quel est le bon chemin, et vous y trouverez la purification de vos âmes.

 

Jadis le sang des boucs et la cendre de la génisse que l'on répandait sur les impurs n'étaient capables que de purifier le corps. Maintenant, par la grâce du Verbe de Dieu, chacun est pleinement purifié. Si nous le suivons sans tarder, nous pourrons, comme au seuil de la sainte Jérusalem, entrevoir la fête éternelle. Ainsi encore les bienheureux Apôtres, qui suivaient le Sauveur comme leur guide, étaient alors et sont encore maintenant les maîtres de cette grâce. Car ils disaient : Voici que nous avons tout quitté et que nous t'avons suivi. Nous-mêmes, nous suivons le Seigneur et nous accomplissons la fête du Seigneur non seulement en paroles, mais par nos actes.

 

LETTRE PASCALE DE SAINT ATHANASE

Dimanche 14 mars 2021

 

 

Le signe du serpent de bronze

 

Par sa mort, le Christ nous a délivrés de la mort : la mort l'a saisi, et il a tué la mort. Vous le savez, frères, Dieu n'a pas fait la mort, l'Écriture l'affirme : il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants, il a créé toutes choses pour qu'elles subsistent, mais, ajoute l'Écriture, par la jalousie du diable, la mort est entrée dans le monde.

 

Or Jésus, le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, est devenu mortel, car le Verbe s'est fait chair. Il a donc reçu la mort, et il a cloué la mort en croix. C'est ce qui a été donné en figure autrefois : de même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. C'est là un symbole important. Le peuple d'Israël était prostré dans le désert par des morsures de serpents, il mourut un grand nombre de gens. Le Seigneur ordonna à Moïse de faire un serpent d'airain et de l'élever sur une hampe dans le désert, et d'avertir le peuple : si quelqu'un était mordu par un serpent, qu'il regarde le serpent élevé sur la hampe.

 

Quels sont ces serpents qui mordent ? Les péchés qui nous viennent de notre condition mortelle. Quel est le serpent élevé ? Le Christ mort en croix. La morsure du serpent est mortelle, la mort du Seigneur donne vie.

 

Le Christ est la vie, et pourtant il est mis en croix. Le Christ est la vie, et pourtant il est mort. Mais dans la mort du Christ la mort est morte : en mourant, la Vie a tué la mort, la plénitude de la vie a englouti la mort, la mort a été absorbée dans le corps du Christ. Mais nous aussi, nous le dirons à la résurrection, lorsque nous chanterons un chant triomphal : Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? D'ici là, frères, pour guérir du péché, regardons le Christ en croix. Ceux qui regardaient le serpent de bronze ne périssaient pas des suites des morsures des serpents ; ceux qui contemplent avec foi la mort du Christ sont guéris des morsures des péchés. Jadis ils furent libérés de la mort pour une vie qui n'avait qu'un temps ; maintenant, c'est pour obtenir la vie éternelle.

 

Saint Augustin, Commentaire sur l’Evangile selon saint Jea

DImanche 7 mars 2021

 

Le vrai Temple de Dieu


Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours, je le relèverai. Jésus, parlait, dit l'Évangéliste, du sanctuaire de son corps. Il est manifeste, que trois jours après avoir été mis à mort, le Seigneur est ressuscité. Si les Juifs demeurent exclus de cette connaissance, parce qu'ils sont dehors, pour nous elle est patente, parce que nous savons en qui nous croyons.

Nous allons bientôt célébrer la solennité annuelle qui commémore la destruction et la réédification de ce temple. En venant dans le monde, le Christ a reçu un corps, qui lui vient d'Adam. Les Juifs ont détruit le temple qui vient d'Adam, le corps du Christ, mais le Seigneur l'a relevé le troisième jour. Il a ressuscité sa chair ; en cela vous voyez qu'il est Dieu égal à son Père. L'Apôtre dit : Le Christ s'est fait obéissant jusqu'à mourir, et mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a relevé d'entre les morts et lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms. Le Seigneur est ressuscité, il a été exalté. Qui l'a ressuscité ? Le Père, à qui il dit dans un psaume : Relève-moi, je leur rendrai ce qu'ils méritent. Le Père l'a ressuscité. Il ne s'est donc pas ressuscité lui-même ? Mais le Père fait-il rien sans le Verbe ? Le Père fait-il rien sans son Fils unique ?

Écoutez bien ce que dit le Christ : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. Est-ce qu'il a dit : Détruisez ce sanctuaire, et dans trois jours le Père le relèvera ? Ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement : quand le Père relève, le Fils relève ; quand le Fils relève, le Père relève, car, dit le Fils : le Père et moi, nous sommes un.

Commentaire de saint Augustin sur l'évangile de Jean


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« Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai »


Nous sommes encore les ouvriers de Dieu et nous bâtissons le temple de Dieu. La dédicace de ce temple a déjà eu lieu dans sa Tête, puisque le Seigneur est ressuscité des morts, après avoir triomphé de la mort ; ayant détruit en lui ce qui était mortel, il est monté au ciel. (...) Et maintenant, nous construisons ce temple par la foi, pour que se fasse aussi sa dédicace lors de la résurrection finale. C'est pourquoi (...) il y a un psaume intitulé : « lorsqu'on rebâtissait le Temple, après la captivité » (95,1 Vulg). Rappelez-vous la captivité où nous étions jadis, alors que le diable tenait le monde entier en son pouvoir, comme un troupeau d'infidèles. C'est en raison de cette captivité que le Rédempteur est venu. Il a versé son sang pour notre rançon ; par son sang répandu, il a supprimé le billet de la dette qui nous maintenait captifs (Col 2,14). (...) Vendus auparavant au péché, nous avons ensuite été libérés par la grâce. Après cette captivité, on construit maintenant le temple, et pour l'édifier, on annonce la Bonne Nouvelle. C'est pourquoi ce psaume commence ainsi : « Chantez au Seigneur un chant nouveau. »  Et pour que tu ne penses pas que l'on bâtit ce temple dans un petit coin, comme le construisent les hérétiques qui se séparent de l'Église, fais attention à ce qui suit : « Chantez au Seigneur toute la terre .» (...) « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur toute la terre. » Chantez et bâtissez ! Chantez et « bénissez le nom du Seigneur » (v.2). Annoncez le jour né du jour du salut, le jour né du jour du Christ. Qui est, en effet, le salut de Dieu sinon son Christ ? Pour ce salut, nous prions dans le psaume : « Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et donne-nous ton salut. » Les anciens justes désiraient ce salut, eux dont le Seigneur disait à ses disciples : « Beaucoup ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu » (Lc 10,24). (...) « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur. » Voyez l'ardeur des bâtisseurs ! « Chantez au Seigneur et bénissez son nom. » Annoncez la Bonne Nouvelle ! Quelle bonne nouvelle ? Le jour est né du jour (...) ; la Lumière est née de la Lumière, le Fils né du Père, le salut de Dieu ! Voilà comment se construit le temple après la captivité.

Saint Augustin (354-430

)

évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église

Sermon 163, 5 (2000 ans d'homélies, année B; trad. L. Brésard; Éd. Soceval 1999;

p. 96, rev.)

 

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Si vous m’aimez, gardez mes commandements


Laissez donc à Dieu, ma fille, le soin de votre perfection et de tout ce qui vous touche, et ne prenez pour vous que le soin de le goûter intérieurement et de vous soumettre à sa sainte volonté, sans nulle réflexion sur vous, sans nul retour sur les créatures. Cela ne guérit d’aucun mal, mais en fait beaucoup.
 

Ne jugez pas de l’amour divin par le profane ; celui-ci étant tout dans les sens et pour un objet sensible doit nécessairement être fort sensible, mais l’amour divin étant dans l’intime de l’âme, et ayant un objet qui ne tombe sous aucun sens, ne peut se sentir, quand il est bien pur ; et ce qu’on en sent quelquefois dans les transports si doux n’est pas l’amour même ; ce n’est pour l’ordinaire qu’un amour propre qui a pris le nom d’amour divin.

 

Le vrai amour de Dieu est dans l’accomplissement de ses commandements et la soumission à toutes ses volontés ; c’est la seule preuve que nous en demande notre Seigneur comme il paraît par ces paroles : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » (Jn 14, 15) Faites-le donc, et vous vivrez.

Claude-François Milley, s.j.

 

Le jésuite Claude-François Milley († 1720), grand directeur spirituel, mourut en secourant les victimes de la peste à Marseille, en 1720. / Cité dans Jean Brémond, Le courant mystique au xviiie siècle, Paris, Lethielleux, 1943, P. 188s

28 février 2021

 

 

Deux montagnes

La gloire de Jésus, la gloire divine jaillissant de l’éternelle communion d’amour entre le Père et le Fils, dépasse tout ce que nous pouvons concevoir et nous représenter.

Pourtant, sur la montagne de la Transfiguration, il est donné aux disciples, en un éclair, d’en saisir quelque chose. Et c’est justement à cette occasion, alors qu’une terreur sacrée les saisit face à la grandeur de leur maître, que Jésus révèle comment il va remplir sa mission.

Le chemin menant à la gloire n’est pas un chemin montant tout droit vers le haut. Pour Jésus, comme pour nous qui le suivons, il n’est pas de gloire sans passer par la souffrance et par la mort. La gloire de Jésus est gloire de résurrection, et l’on ne peut ressusciter sans d’abord mourir.

Sur le Thabor, Jésus devance la gloire que sa résurrection dévoilera. Les disciples qui le verront verser, à Gethsémani, une sueur de sang, ont pour lors besoin d’un avant-goût du but final.

Dieu s’y prend souvent ainsi avec les siens. Dès le début du chemin, il leur fait expérimenter quelque chose du but. C’est sa manière de nous indiquer la route.

Peut-être t’a-t-il déjà été donné d’éprouver, dans la prière et la communion avec Dieu, des « heures thaboriques ». Ne te crois pas pour autant déjà arrivé ! Si tu écoutes attentivement Jésus, tu comprendras qu’avant d’atteindre le but, il faut gravir une autre montagne que le Thabor. Mais le Calvaire, où souffrance et mort deviennent ton lot, ce n’est pas le mont de la désespérance. Un peu de la lumière du Christ glorifié demeure en toi. Ne la quitte pas des yeux : la nuit deviendra plus claire que le jour et tu seras envahi de la gloire du Seigneur.

Wilfrid Stinissen, o.c.d.
 († 2013) est entré en 1943 au carmel de Bruges avant d’être prieur du couvent de Noraby, en Suède. Il fut une voix spirituelle d’une remarquable simplicité et d’une belle profondeur. / Dieu au fil des jours, Méditations quotidiennes, juillet à décembre, éditions du Carmel, 2013, pp. 76-77.


 

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Sermon de saint Léon le grand pour le 2° dimanche de carême 



La Transfiguration

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.
Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Et l'Apôtre saint Paul atteste lui aussi : J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous. Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle.
En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins.
Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l'Ancien Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.
Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères, est montré comme manifeste et évident par la splendeur de sa gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. En lui s'est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements. ~

Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.
Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour; écoutez-le !

21 février 2021

 

L’accomplissement de toute justice


Pourquoi l’Incarnation, pourquoi l’enfance, pourquoi le cours de la vie, pourquoi l’affront, pourquoi la croix, pourquoi la mort, pourquoi la sépulture ont-ils été assumés pour la rédemption de l’homme ? Voilà ce que disent les hommes de peu de science.

Sans aucun doute notre Seigneur aurait pu triompher du diable par son autorité divine et libérer l’homme de sa domination. Oui, il l’aurait pu : mais la raison s’y opposait, la justice ne le permettait pas, elles qui sont plus grandes auprès de Dieu que toute force et toute puissance.

Pour que tous les actes de Dieu fussent en règle avec la justice et la raison sa force est venue du ciel ; elle est venue arracher l’homme au diable non par la puissance, mais en observant en tous points la justice, comme le Seigneur lui-même l’a rappelé à Jean Baptiste qui se récusait au moment du baptême, lui disant : « Laisse donc, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » 

Pour cette raison donc, notre Seigneur et Sauveur est venu « dans une chair semblable à la chair du péché » (Mt 3, 15) comme l’enseigne l’Apôtre, et il a tout pris sur lui sauf le péché, afin que, la justice étant accomplie, le péché soit ainsi condamné dans la chair, tandis qu’il assumait d’une substance pécheresse une chair sans péché. Le combat avec l’Esprit dans le désert le prouve : là, le diable est vaincu non par la majesté divine, mais par le rappel du commandement, mais par les jeûnes, mais par la réponse conforme à la Loi.

St Césaire d’Arles

 

 

Moine de Lérins puis évêque d’Arles à 33 ans, saint Césaire († 542) fut un pasteur dynamique et spirituel. Ce guide courageux a écrit : « Il ne faut pas rester la bouche close dans l’Église, comme les chiens muets de l’Écriture. » / Sermon 11, 1-3, trad. M.-J. Delage, Paris, Cerf, Sources chrétiennes n° 175, 1971, p. 387-391.

 

 

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Lecture patristique, Homélie de Lansperge le Chartreux (+ 1539) Sermon 2 sur le premier dimanche de carême, Opera omnia,t 1, 180

 

Tout ce que le Seigneur Jésus a voulu faire aussi bien que souffrir, il l'a fait pour nous instruire, nous reprendre et nous être utile.

Puisqu'il savait que nous en tirerions beaucoup de fruit pour notre instruction et notre réconfort, il n'a voulu rien omettre de ce qui pourrait nous profiter. C'est pourquoi il fut conduit au désert, et il n'y a pas de doute que ce fut par l'Esprit Saint.

En effet, l'Esprit Saint a voulu le conduire là où le démon pourrait le trouver et oserait s'approcher de lui pour le tenter. Car le tentateur était provoqué à le mettre à l'épreuve par des circonstances favorables, c'est-à-dire la solitude, la prière, la mortification corporelle, le jeûne et la faim. Ainsi le démon aurait-il la possibilité d'apprendre de Jésus s'il était le Christ et le Fils de Dieu.

La première chose que nous apprenons ici, c'est que la vie de l'homme sur la terre est une vie de combat (Jb 7,1). Et aussi que le chrétien doit s'attendre à être d'emblée tenté par le démon. Qu'il se prépare donc à la tentation, selon l'Écriture : Si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l'épreuve (Si 2,1).

C'est pourquoi le Seigneur a voulu réconforter par ses exemples tout nouveau baptisé, tout nouveau converti, pour qu'il n'ait pas peur et ne devienne pas timoré, si après sa conversion ou son baptême, ayant été tenté par le démon plus fortement qu'auparavant, ou s'il souffre davantage de la persécution, il lit dans l'Évangile que le Christ lui-même a été tenté par le démon aussitôt après son baptême.

La deuxième leçon que le Christ a voulu nous donner par son exemple, c'est que nous ne cherchions pas facilement à nous exposer à la tentation. Conscients de notre faiblesse, veillons plutôt à ne pas entrer en tentation, prions et évitons les occasions d'être tentés.

Dimanche 14 février 2021

 

 

Le corps transfiguré
 

Le corps peut exister. Il n’existe pas encore car nous avons à le revêtir, à le créer dans son humanité. Il n’existera pleinement que lorsqu’il sera entré tout entier dans cette relation personnifiante, devenu tout entier une offrande et une oblation.

Il suffit de le vivre dans toutes ses dimensions humaines pour qu’il devienne précisément cela : une introduction continuelle au monde divin, une révélation continuelle du monde divin. Et c’est une raison de plus pour l’aimer infiniment comme Dieu l’aime, non pas comme une chose, mais comme une personne, et de le traiter avec tant de respect qu’il ne soit pas une chose posée devant nous et dont nous puissions user comme une possession mais comme une réalité que nous avons à devenir et qui est nous-mêmes.

Ce serait une immense erreur d’imaginer qu’il y a dans le christianisme une sorte d’inimitié qui nous vouerait à la haine des corps. Dans le Christ tout est aimé, tout est glorifié, tout est transfiguré.

Maurice Zundel

(† 1975), prêtre suisse, mena une vie de prédicateur itinérant en France et à l’étranger. Docteur en philosophie, mystique, poète, liturgiste, il est l’auteur de nombreux ouvrages. / Je ne crois pas en Dieu, je le vis, Paris, Le Passeur, 2017, p. 254-255.

 

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Lecture Patristique Saint Paschase Radbert (né vers790, mort à Saint-Riquier en 865). Commentaire sur l'évangile de Matthieu,5, 8,CCM 56 A, 475-476.

 

Le Christ guérit celui qui croit. Le Seigneur guérit chaque jour l'âme de tout homme qui l'implore, l'adore pieusement et proclame avec foi ces paroles : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier (Mt 8,2), et cela quel que soit le nombre de ses fautes. Car celui qui croit du fond du cœur devient juste (Rm 10,10).

 

Il nous faut donc adresser à Dieu nos demandes en toute confiance, sans mettre nullement en doute sa puissance. Et, si nous prions avec une foi pleine d'amour, nous bénéficions certainement, pour parvenir au salut, du concours de la volonté divine qui agit en proportion de sa puissance et qui est capable de produire son effet. C'est la raison pour laquelle le Seigneur répond aussitôt au lépreux qui le supplie : Je le veux (Mt 8,3). Car, à peine le pécheur commence-t-il à prier avec foi, que la main du Seigneur se met à soigner la lèpre de son âme.

 

Ce lépreux nous donne un conseil excellent sur la façon de prier. Ainsi ne met-il pas en doute la volonté du Seigneur, comme s'il refusait de croire en sa bonté. Mais, conscient de la gravité de ses fautes, il ne veut pas présumer de cette volonté. Quand il dit que le Seigneur, s'il le veut, peut le purifier, il fait bien d'affirmer ainsi le pouvoir qui appartient au Seigneur, de même que sa foi inébranlable. Car, pour obtenir une grâce, la foi pure et vraie est à bon droit requise tout autant que la mise en œuvre de la puissance et de la bonté du Créateur.

 

Par ailleurs, si la foi est faible, elle doit d'abord être fortifiée. C'est alors seulement qu'elle révélera toute sa puissance pour obtenir la guérison de l'âme et du corps. L'apôtre Pierre parle sans aucun doute de cette foi quand il dit : Il a purifié leurs cœurs par la foi (Ac 15,9). Si le cœur des croyants est purifié par la foi, nous devons entendre par là, la force de la foi, car, comme le dit l'apôtre Jacques, celui qui doute ressemble au flot de la mer (Je 1,6). Mais, la foi pure, vécue dans l'amour, maintenue par la persévérance, patiente dans l'attente, humble dans son affirmation, ferme dans sa confiance, pleine de respect dans sa prière et de sagesse dans ce qu'elle demande, est certaine d'entendre en toute circonstance cette parole du Seigneur : Je le veux.

 

En ayant présente à l'esprit cette réponse admirable, nous devons regrouper les mots selon leur sens. Aussi bien le lépreux a-t-il dit pour commencer : Seigneur, si tu le veux, et le Seigneur : Je le veux. Le lépreux ayant ajouté : Tu peux me purifier, le Seigneur ordonna avec la puissance de sa parole : Sois purifié (Mt 8,2-3). Vraiment, tout ce que le pécheur a proclamé dans une vraie confession de foi, la bonté et la puissance divine l'ont aussitôt accompli par grâce. Un autre évangéliste précise que l'homme qui recouvra la santé était tout couvert de lèpre (Lc 5,12), afin que personne ne perde confiance en raison de la gravité de ses fautes. Car tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu (Rm 3,23). C'est pourquoi, si nous croyons à bon droit que la puissance de Dieu est à l'œuvre partout, nous devons le croire également de sa volonté. Il veut, en effet, que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité (1Tm 2,4).

Dimanche 7 février 2021

 

Demander ce qui est grand

 


Jésus lui-même prie et ne prie pas en vain. Il obtient ce qu’il demande dans sa prière, alors qu’il ne l’obtiendrait peut-être pas sans prier. Qui de nous, donc, peut se permettre de ne pas prier ?

 

Marc nous apprend en effet : Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Et cette parole : « Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours » (Jn 11, 42), prononcée par Jésus et conservée par l’évangéliste, montre bien que celui qui prie toujours est toujours exaucé.

 

Il me faut cependant décourager ceux qui recherchent la vie spirituelle et la vie en Christ et demandent des biens méprisables et terrestres. Demandez les grandes choses et les petites vous seront données par surcroît (Mt 6, 33) ; demandez les biens du ciel et ceux de la terre vous seront accordés en sus.

 

Vous voulez être spirituels ? Demandez dans vos prières les biens du ciel, ceux qui sont importants et, les ayant reçus, vous hériterez du royaume des Cieux : demandant ce qui est grand, vous jouirez des biens plus grands. Pour ce qui est des biens de la terre et quotidiens, dont vous avez besoin pour vos nécessités corporelles, le Père vous les donne par surcroît, dans la mesure du nécessaire.

 

Origène


(† v. 254), prêtre né à Alexandrie, penseur et spirituel éminent, fut le plus profond exégète de l’Antiquité chrétienne. / La Prière, XIII, 1.4 ; XIV, 1, trad. A.-G. Hamman, Paris, Migne, Les Pères dans la foi 3, 2002, p. 51-56.

Dimanche 31 janvier 2021

 

 

Saint Bonaventure (1221-1274) franciscain, docteur de l'Église

 

Sermon 'Christus unus omnium magister' (in Saint Bonaventure et la sagesse chrétienne, coll. microcosme, Maîtres spirituels; trad. J.-G. Bougerol; Éd. Seuil 1963, p. 72)

 

« Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! »

 

« Vous avez un seul maître, le Christ » (Mt 23,10). (...)

 

Le Christ est en effet « le reflet de la gloire du Père, l'empreinte de sa substance, qui soutient toute chose par sa parole puissante » (He 1,3). C'est lui l'origine de toute sagesse ; le Verbe de Dieu dans les hauteurs est la source de la sagesse. Le Christ est la source de toute connaissance vraie ; il est, en effet, « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6). (...) En tant que voie, le Christ est maître et principe de la connaissance selon la foi. (...)

 

C'est pourquoi Pierre enseigne dans sa deuxième lettre : « Nous tenons pour très certaine la parole prophétique à laquelle vous faites bien de prêter votre attention comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur » (1,19). (...) Car le Christ est le principe de toute révélation par son avènement dans l'esprit, et l'affermissement de toute autorité par son avènement dans la chair. Il vient d'abord dans l'esprit comme lumière révélatrice de toute vision prophétique.

 

Selon Daniel : « Il révèle ce qui est profond et caché ; il connaît ce que couvrent les ténèbres, et la lumière est avec lui » (2,22) ; il s'agit de la lumière de la divine sagesse qui est le Christ. Selon Jean, il dit : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres » (8,12), et « Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir enfants de lumière » (12,36) (...)

 

Sans cette lumière qui est le Christ, personne ne peut pénétrer les secrets de la foi. Et c'est pourquoi, au livre de la Sagesse, nous lisons : « Ô Dieu, envoie cette Sagesse de ton saint ciel et du trône de ta majesté, afin qu'elle soit avec moi et travaille à mes côtés. Je saurai ainsi ce qui te plaît. (...)

 

En effet, quel homme peut connaître le dessein de Dieu, et qui peut concevoir la volonté de Dieu ? » (9,10-13) Personne ne peut parvenir à la certitude de foi révélée, sinon par l'avènement du Christ dans l'esprit et dans la chair.

 

 

 

 

CANTIQUE DE LA SAGESSE (Sg 9). Prière pour obtenir la Sagesse.

 

« Dieu de mes pères et Seigneur de miséricorde, par ta parole tu fis l’univers,

 

Tu formas l’homme par ta Sagesse pour qu’il soit maître de tes créatures,

qu’il gouverne le monde avec justice et sainteté, qu’il rende, avec droiture, ses jugements.

Donne-moi la Sagesse, assise auprès de toi.

 

Ne me retranche pas du nombre de tes enfants : je suis ton serviteur, le fils de ta servante, un homme frêle et qui dure peu, trop faible pour comprendre les préceptes et les lois.

 

Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien.

 

Or la Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ; elle était là quand tu fis l’univers ; elle connaît ce qui plaît à tes yeux, ce qui est conforme à tes décrets.

 

Des cieux très saints, daigne l’envoyer, fais-la descendre du trône de ta gloire. Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît.

 

Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire.

Dimanche 24 janvier 2021

 

Manger la Parole


Le pain terrestre, s’il est gardé dans un placard, peut être pris par un voleur ou se couvrir de moisissures.

 

De même la parole de Dieu nous est inutile si elle est seulement « mise en réserve » dans notre esprit ou notre mémoire. En effet, comme nous mangeons notre pain pour nourrir nos corps, nous devons « manger » le pain de vie et nourrir nos âmes. Manger la parole de Dieu, c’est d’abord l’absorber dans les profondeurs de notre être par une foi soumise et aimante, puis laisser la puissance du Verbe s’exprimer dans l’activité essentielle de la foi : les œuvres de charité, les bonnes habitudes, une vie parfaite.

 

Voilà donc ce qui alimente et ravit notre âme pendant le second avènement. Quand nous sommes nourris par la parole de Dieu dans l’Écriture, quand nous vivons le message divin de la révélation biblique, le Christ prend possession de tout notre être, efface en nous la dernière trace du « vieil homme » et manifeste sa présence dans tout ce que nous faisons.

 

Thomas Merton, o.c.s.o.

 

(† 1968), né de parents franco-américains, a étudié à Cambridge (Angleterre) et à Columbia (New York) avant de devenir moine trappiste à l’abbaye Notre-Dame-de-Gethsemani, dans le Kentucky. / Le Temps des fêtes, Paris, Ad Solem, 2012, p. 76-77.

 

 

 

 

 

Il t’appelle encore
 

Tout au long de notre vie, le Christ nous appelle.

 

Il nous a appelés pour la première fois dans le baptême, mais il a ensuite continué de le faire ; que nous obéissions ou non à sa voix.

 

Il nous appelle encore par l’effet de sa grâce. Si nous sommes indignes de notre baptême, il nous appelle au repentir ; si nous nous efforçons d’accomplir notre vocation, il nous appelle de grâce en grâce, et de sainteté en sainteté, tant que la vie nous est accordée. Abraham fut appelé à quitter sa maison, Pierre, ses filets, Matthieu, son bureau de douane, Élisée, sa ferme, Nathanaël, sa retraite ; nous sommes tous en train de répondre à un appel et de quitter une chose pour une autre, interminablement, n’ayant nul lieu où nous reposer, mais nous élevant vers notre repos et n’obéissant à un commandement que pour qu’un autre nous soit prescrit. Le Christ nous appelle maintes et maintes fois, afin de maintes et maintes fois nous justifier – et à nouveau maintes fois, et de plus en plus, afin de nous sanctifier et de nous glorifier.

 

St John Henry Newman

 

(† 1890) fut le principal acteur du mouvement d’Oxford. Son étude des Pères de l’Église l’a conduit au catholicisme en 1845. Il a fondé l’Oratoire d’Angleterre en 1848 et a été créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il a été canonisé en 2019. / Sermons paroissiaux, t. 8, Paris, Cerf, p. 30-31.

Dimanche 17 janvier 2021

 

 

Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444)

évêque et docteur de l'Église

 

Commentaire sur l'évangile de Jean, 2, Prol. ; PG 73, 192 (Les Pères commentent l'évangile; Coll. liturgique sous la direction de H. Delhougne, o.s.b.; trad. R. Pirlot; Ed. Brepols 1991 , p. 85 rev.)

 

« Voici l'Agneau de Dieu »

 

« Jean voit Jésus venir vers lui et il dit : ‘Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde’ » (Jn 1,29). Ce n'est plus le temps de dire : « Préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3,3), puisque celui dont la venue a été préparée se laisse voir : il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours : il faut faire connaître celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare : « Voici l'Agneau de Dieu ».  

 

Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est « mené à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent » (Is 53,7). La Loi de Moïse l'a préfiguré, mais (...) elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes.

 

Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche, est menée à l'abattoir. C'est pour bannir le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappait et mettre fin à cette parole : « Tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gn 3,19).

 

Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre (1Co 15,47), il est la source de tout bien pour l'humanité (...), la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre. « Un seul est mort pour tous », afin de les soumettre tous à Dieu ; « un seul est mort pour tous » afin de les gagner tous, afin que tous désormais « n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,14-15).

Dimanche 10 janvier 2021 - Baptême du Christ

 

 

COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D'ALEXANDRIE SUR L'ÉVANGILE DE JEAN

 

C'est pour nous que le Christ, au baptême, a reçu le Saint-Esprit

Le Créateur de l’univers avait décidé de récapituler toutes choses dans le Christ, par une réalisation magnifique, et de restaurer la nature humaine dans son premier état. Il promet donc de lui rendre, avec tous les autres dons, le Saint-Esprit. En effet, elle n’aurait pas pu autrement retrouver la possession paisible et durable de ses biens.

 

Aussi Dieu a-t-il fixé le moment où le Saint-Esprit descendrait vers nous, et il nous en a fait la promesse : En ces jours-là – évidemment ceux de notre Sauveur –, je répandrai mon Esprit sur tout être de chair.

 

Lorsque le temps de cette générosité a fait venir sur cette terre le Fils unique incarné, c’est-à-dire un homme né d’une femme, selon la sainte Écriture, Dieu le Père nous a encore donné son Esprit, et le premier qui le reçut fut le Christ, comme étant le premier exemplaire de la nature renouvelée. Jean le Baptiste l’affirme : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui

 

Si l’on dit que le Christ a reçu le Saint-Esprit, c’est en tant qu’il s’est fait homme et en tant qu’il convenait à l’homme de le recevoir.

Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père, et engendré de sa substance, et cela avant l’incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n’éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu’il s’est fait homme : Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

 

Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau, de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. C’est pour cela qu’il prend en charge la descendance d’Abraham, selon l’Écriture, et qu’il s’est rendu  en tout semblable à ses frères.

 

Ce n’est donc pas pour lui-même que le Fils unique a reçu le Saint-Esprit. Car l’Esprit est à lui, en lui et par lui, comme nous l’avons déjà dit. Mais parce que, s’étant fait homme, il possédait en lui toute la nature humaine, il a reçu l’Esprit afin de la récapituler tout entière, en la restaurant dans son premier état. ~ Nous pouvons donc voir, par un sage raisonnement et en nous appuyant sur les affirmations de la sainte Écriture, que le Christ n’a pas reçu l’Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c’est par lui que nous parviennent tous les biens.

 

 

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SERMON DE SAINT MAXIME DE TURIN POUR L'ÉPIPHANIE

Les mystères du baptême du Seigneur

 

L’Évangile rapporte que le Seigneur s’est rendu au Jourdain afin d’être baptisé et qu’il a voulu être consacré dans ce fleuve aux mystères célestes. ~

Il est dans l’ordre, en effet, qu’après le jour de la naissance du Sauveur — bien des années plus tard, mais à la même époque — vienne cette fête, que l’on doit, à mon avis, appeler aussi la fête de sa nativité.

 

Né alors pour les hommes, il renaît aujourd’hui dans les sacrements. Alors, il a été mis au monde par la Vierge, aujourd’hui il a été engendré par le mystère. ~ Là, lorsqu’il naît à notre humanité, sa mère Marie le réchauffe dans son sein ; ici, lorsqu’il est engendré selon le mystère, Dieu le Père l’accueille par sa parole. Il dit en effet : Celui-ci est mon Fils en qui j’ai tout mon amour. Écoutez-le. Sa Mère, en l’enfantant, le caresse tendrement sur son sein, le Père le soutient par un affectueux témoignage ; sa Mère le présente à l’adoration des Mages, le Père le manifeste aux nations pour qu’elles le vénèrent. 

 

Le Seigneur Jésus est venu au baptême, et il a voulu que son corps très saint soit lavé par l’eau.

Quelqu’un dira peut-être : « Lui qui est Saint, pourquoi a-t-il voulu être baptisé ? » Écoutez donc. Le Christ est baptisé non pas pour être sanctifié par l’eau, mais pour sanctifier lui-même l’eau et pour purifier par sa pureté ces flots qu’il touche. La consécration du Christ est en effet la consécration fondamentale de l’élément.

 

Lorsque le Sauveur est lavé, c’est alors que l’eau est d’avance purifiée tout entière en vue de notre baptême ; la source est purifiée pour que, dorénavant, la grâce du baptême soit administrée aux peuples à venir. Le Christ a donc reçu le baptême par avance, pour que les peuples chrétiens prennent sa suite avec confiance.

 

Je comprends le mystère : car c’est ainsi que la colonne de feu s’est avancée la première à travers la mer Rouge, pour que les fils d’Israël marchent sur ses traces avec intrépidité. Elle a traversé les eaux en premier pour préparer la voie à ceux qui viendraient après elle. Ce fut là, dit l’Apôtre, un mystère préfigurant le baptême. Oui, ce fut comme un baptême, lorsque la nuée recouvrait les hommes, et que l’eau les portait.

 

Mais c’est le Christ Seigneur qui a réalisé tout cela. C’est lui, jadis, qui précéda les fils d’Israël, à travers la mer, dans la colonne de feu. De même, c’est lui maintenant qui, par son baptême, précède les peuples chrétiens en son propre corps. Il est, dirai-je, cette colonne qui alors présenta sa lumière aux regards de ceux qui le suivaient et qui, maintenant, offre la lumière aux cœurs des croyants. Alors, il offrit un chemin solide à travers les eaux ; maintenant, il fortifie dans le baptême les pas de la foi.

 

 

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