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Dimanche 27 novembre 2022

CATÉCHÈSE PRÉBAPTISMALE DE SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM

Les deux avènements du Christ

Nous annonçons l’avènement du Christ : non pas un avènement seulement, mais aussi un second, qui est beaucoup plus beau que le premier. Celui-ci, en effet, comportait une signification de souffrance, et celui-là porte le diadème de la royauté divine.

Le plus souvent, en effet, tout ce qui concerne notre Seigneur Jésus Christ est double. Double naissance : l’une, de Dieu avant les siècles, l’autre, de la Vierge à la plénitude des siècles. Double descente : l’une, imperceptible comme celle de la pluie sur la toison, la seconde, éclatante, celle qui est à venir.

Dans le premier avènement, il est enveloppé de langes dans la crèche ; dans le second, il est revêtu de lumière comme d’un manteau. Dans le premier, il a subi la croix, ayant méprisé la honte ; dans le second, il viendra escorté par l’armée des anges, en triomphateur.

Nous ne nous arrêtons pas au premier avènement : nous attendons aussi le second. Comme nous avons dit, lors du premier : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, nous le répéterons encore pour le second ; en accourant avec les anges à la rencontre du Seigneur, nous lui dirons en l’adorant : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

Le Sauveur ne viendra pas pour être jugé de nouveau, mais pour juger ceux qui l’ont traduit en jugement. Lui qui a gardé le silence lors du premier jugement, il rappellera leur crime aux misérables qui ont osé le mettre en croix, en disant : Voilà ce que tu as fait, et j’ai gardé le silence. Alors il est venu selon le dessein de miséricorde et il enseignait les hommes par persuasion. Mais, lors du second avènement, ils seront contraints de reconnaître sa royauté.

Le prophète Malachie a parlé des deux avènements. Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Voilà pour le premier.

Et aussitôt il ajoute pour le second : ~ Le messager de l’Alliance que vous désirez, voici qu’il vient, le Seigneur tout-puissant. Qui pourra soutenir sa vue ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs. Il s’installera pour fondre et purifier. ~

Saint Paul veut parler aussi de ces deux avènements lorsqu’il écrit à Tite : La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur. Tu vois comment il a parlé du premier avènement, dont il rend grâce ; et du second, que nous attendons. ~

Donc, notre Seigneur Jésus Christ viendra du ciel. Il viendra vers la fin de ce monde, avec gloire, au dernier jour. Car la fin du monde arrivera et ce monde créé sera renouvelé.

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Le sens de l’Avent

Voici, mes bien-aimés, ce temps célébré avec tant de ferveur, et, comme dit l’Esprit Saint, temps de la faveur divine, période de salut, de paix et de réconciliation ; temps jadis désiré très ardemment par les vœux et les aspirations instantes des anciens prophètes et patriarches, et qui a été vu enfin par le juste Siméon avec une joie débordante ! Puisqu’il a toujours été célébré par l’Église avec tant de ferveur, nous-mêmes devons aussi le passer religieusement dans les louanges et les actions de grâce adressées au Père éternel pour la miséricorde qu’il a manifestée dans ce mystère.

Du fait que ce mystère est revécu chaque année par l’Église, nous sommes exhortés à rappeler sans cesse le souvenir de tant d’amour envers nous. Cela nous enseigne aussi que l’avènement du Christ n’a pas profité seulement à ceux qui vivaient à l’époque du Sauveur, mais que sa vertu devait être communiquée aussi à nous tous ; du moins si nous voulons, par le moyen de la foi et des sacrements, accueillir la grâce qu’il nous a méritée et diriger notre vie selon cette grâce en lui obéissant.

L’Église nous demande encore de comprendre ceci : de même qu’il est venu au monde une seule fois en s’incarnant, de même, si nous enlevons tout obstacle de notre part, il est prêt à venir à nous de nouveau, à toute heure et à tout instant, pour habiter spirituellement dans nos cœurs avec l’abondance de ses grâces.

St Charles Borromée († 1584), archevêque de Milan, canonisé en 1610


Dimanche 20 novembre 2022

Aujourd’hui

En la fête du Christ-Roi, la prière du bon larron traduit le paradoxe chrétien : la foi en la personne et en la mission du Christ est exprimée par un malfaiteur crucifié ; celui-ci se tourne avec confiance vers Jésus lui-même condamné, qui expire dans une apparente impuissance.

Les chefs religieux et les soldats se moquent. Un autre condamné blasphème. Le titre de « Roi des Juifs » est donné au Nazaréen par dérision. De même qu’au désert il y avait eu trois tentations, sur le Golgotha le défi est lancé trois fois : Sauve-toi toi-même ! Si tu es le Messie, si tu es le roi des Juifs.

Seul le bon larron porte sur Jésus le regard de la foi et l’invoque avec l’audace de l’espérance. Il a reconnu le Messie. Il espère le Règne de vie que viendra inaugurer le Fils. Il donne sa foi à celui en qui Dieu a voulu tout réconcilier, en faisant la paix par le sang de sa croix.

Voilà un modèle pour toute confession de foi chrétienne. Voilà le sens de cette solennité : dans le mystère salvifique de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu fait homme est fondé le Règne nouveau. Et Jésus répond au bon larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » L’attente est comblée. L’alliance et la communion sont offertes, aujourd’hui, avec le Christ.

Jean-Paul II, pape de 1978 à 2005, a été canonisé en 2014. / Homélie du 25 novembre 1989, Librairie éditrice vaticane

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« Que ton règne vienne »

Comme l’a dit notre Seigneur et Sauveur, le règne de Dieu vient sans qu’on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur. En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s’accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses lois spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. ~

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole de l’Apôtre s’accomplira : le Christ, après avoir soumis ses ennemis, remettra son pouvoir royal à Dieu le Père afin que Dieu soit tout en tous. C’est pourquoi, priant sans cesse et avec des dispositions divinisées par le Verbe, nous disons : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne. 

À propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : comme il n’y a pas d’union entre la justice et l’impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, et portons les fruits de l’Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci trônera en nous, à la droite de la puissance spirituelle, que nous désirons recevoir, jusqu’à ce que tous ses ennemis qui sont en nous deviennent l’escabeau de ses pieds, et que soit chassée loin de nous toute principauté, puissance et souveraineté.

Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu’à ce que soit détruit le dernier ennemi, la mort, et que le Christ dise en nous : Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? Dès maintenant donc, que ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable ; que ce qui est mortel après la destruction, revête l’immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.

Traité d’Origéne sur la prière


Dimanche 13 novembre 2022

SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LE PSAUME 95

« Une terre nouvelle, où habitera la justice »

Tous les arbres des forêts bondiront de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il est venu une première fois, et il viendra. ~ La première fois, sa parole a résonné dans l’Évangile : Désormais, vous verrez le Fils de l’homme venir sur les nuées. Pourquoi désormais ? Est-ce que le Fils de l’homme ne viendra pas plus tard, lorsque se lamenteront toutes les tribus de la terre ? Il est d’abord venu en la personne de ses prédicateurs et c’est ainsi qu’il a rempli toute la terre. Ne résistons pas au premier avènement si nous ne voulons pas redouter le second. ~

Que doit donc faire le chrétien ? User du monde, ne pas servir le monde. En quoi cela consiste-t-il ? À posséder, comme si l’on ne possédait pas. C’est ce que dit saint Paul : D’ailleurs, frères, le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme ; ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent, comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas, car elle passe, la figure de ce monde. Je veux que vous soyez libres de tout souci. Celui qui est libre de tout souci attend avec sécurité la venue de son Seigneur. Car est-ce qu’on aime le Seigneur, lorsqu’on redoute sa venue ? Mes frères, est-ce que nous n’avons pas honte ? Nous aimons, et nous redoutons sa venue ! Aimons-nous vraiment, ou est-ce que nous n’aimons pas davantage nos péchés ? Nous haïrons nos péchés eux-mêmes, et nous aimerons celui qui va venir pour punir les péchés. Il viendra, que nous le voulions ou non. Ce n’est pas parce qu’il ne vient pas maintenant qu’il ne viendra pas. Il viendra, et tu ne sais pas quand. Et s’il te trouve prêt, cela n’a pas d’inconvénient pour toi que tu ne le saches pas. ~

Et tous les arbres des forêts bondiront de joie. Il est venu une première fois, et il viendra pour juger la terre. Il trouvera bondissant de joie ceux qui ont cru à son premier avènement, car il vient. ~

Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité. Quelle justice et quelle vérité ? Il rassemblera auprès de lui ses élus pour le jugement, et les autres, il les séparera, car il mettra ceux-ci à sa droite, et ceux-là à sa gauche.

Qu’y aura-t-il de plus juste, de plus vrai que cela : ils n’attendront pas du juge la miséricorde, ceux qui n’ont pas voulu exercer la miséricorde avant la venue du juge. Ceux qui ont voulu exercer la miséricorde seront jugés avec miséricorde. Car il dira à ceux qu’il aura mis à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Et il leur attribue des actes de miséricorde : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, et toute la suite.

Ceux qu’il a placés à sa gauche, qu’est-ce qu’il leur reproche ? De n’avoir pas voulu exercer la miséricorde. Et où iront-ils ? Allez au feu éternel. Cette sentence funeste suscitera un grand gémissement. Mais que dit un autre psaume ? Jamais on n’oubliera le juste. Il ne craint pas une sentence funeste. Quelle est cette sentence funeste ? Allez au feu éternel, préparé pour le démon et ses anges. Celui qui se réjouira d’une sentence favorable ne craindra pas une sentence funeste. ~ Voilà la justice, voilà la vérité.

Parce que tu es injuste, le juge ne sera pas juste ? Parce que tu es menteur, la vérité ne sera pas véridique ? Mais si tu veux rencontrer un juge miséricordieux, sois miséricordieux avant qu’il vienne. Pardonne, si l’on t’a offensé. Donne les biens que tu possèdes en abondance. Et avec quoi donneras-tu, sinon avec ce que tu tiens de lui ? Si tu donnais de ton bien, ce serait de la générosité. Puisque tu donnes ce que tu tiens de lui, c’est de la restitution. Que possèdes-tu que tu n’aies reçu ? Voilà les sacrifices qui sont très agréables à Dieu : miséricorde, humilité, reconnaissance, paix, charité. Si c’est cela que nous apportons, nous attendrons avec assurance l’avènement du juge, lui qui jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité.


Dimanche 30 octobre / dimanche 6 novembre 2022

« Zachée, descends vite »

Jésus nous a attirées ensemble, quoique par des voies différentes ; ensemble il nous a élevées au-dessus de toutes les choses fragiles de ce monde dont la figure passe ; il a mis pour ainsi dire toutes choses sous nos pieds. Comme Zachée nous sommes montées sur un arbre pour voir Jésus. Alors nous pouvions dire avec saint Jean de la Croix : « Tout est à moi, tout est pour moi, la terre est à moi, les cieux à moi, Dieu est à moi et la Mère de mon Dieu est à moi ». (…) Céline, quel mystère que notre grandeur en Jésus ! Voilà tout ce que Jésus nous a montré en nous faisant monter sur l’arbre symbolique dont je parlais tout à l’heure. Et maintenant quelle science va-t-il nous enseigner ? Ne nous a-t-il pas tout appris ? Écoutons ce qu’il nous dit : « Hâtez-vous de descendre, il faut que je loge aujourd’hui chez vous ». Eh quoi ! Jésus nous dit de descendre. Où donc faut-il descendre ? Céline, tu le sais mieux que moi, cependant laisse-moi te dire où nous devons maintenant suivre Jésus. Autrefois les juifs demandaient à notre divin Sauveur : « Maître, où logez-vous ? » et il leur répondit : « Les renards ont leur tanière, les oiseaux du ciel leurs nids et moi je n’ai pas où reposer la tête » (Jn 1,38; Mt 8,20). Voilà où nous devons descendre afin de pouvoir servir de demeure à Jésus. Être si pauvre que nous n’ayons pas où reposer la tête.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

Carmélite, docteur de l’Église. Lettre 137, à sa sœur, Céline (in OC, Cerf DDB 1992, p. 452)

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« Je crois à la communion des saints »

Frères bien-aimés, veillons avec soin à tout ce qui touche à notre vie commune, « conservant l’unité de l’esprit dans le lien de la paix » par « la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et l’amour de Dieu et la communion du Saint Esprit » (Ep 4,3; 2Co 13,13). De l’amour de Dieu procède l’unité de l’esprit ; de la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, le lien de la paix ; de la communion du Saint Esprit, cette communion qui est nécessaire à ceux qui vivent en commun. (…) « Je crois, Seigneur, en l’Esprit Saint, en la sainte Église catholique, en la communion des saints » (Credo). Là est mon espérance, là est ma confiance, là est toute ma sécurité dans la confession de ma foi. (…) S’il m’est donné, Seigneur, de « t’aimer et d’aimer mon prochain » (Mt 22,37-39), bien que mes mérites soient de peu, mon espérance s’élève bien au-dessus. J’ai confiance que par la communion de la charité, les mérites des saints me seront utiles et qu’ainsi la communion des saints suppléera à mon insuffisance et à mon imperfection… La charité dilate notre espérance jusqu’à la communion des saints, dans la communion des récompenses. Mais celle-ci concerne les temps futurs : c’est la communion de la gloire qui sera révélée en nous. Il y a donc trois communions : la communion de la nature, à laquelle s’est ajoutée la communion de la faute (…) ; la communion de la grâce ; et enfin celle de la gloire. Par la communion de la grâce, la communion de la nature commence d’être rétablie et celle de la faute est exclue ; mais par la communion de la gloire, celle de la nature sera réparée en perfection et la colère de Dieu sera tout à fait exclue, lorsque « Dieu essuiera toute larme des yeux » des saints (Is 25,8; Ap 21,4). Alors tous les saints auront comme « un seul cœur et une seule âme » ; et « toutes choses leur seront communes », car Dieu sera « tout en tous » (Ac 4,32; 1Co 15,28). Pour que nous parvenions à cette communion et que nous nous rassemblions dans l’un, « que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, et l’amour de Dieu, et la communion du Saint-Esprit soit toujours avec nous tous. Amen ».

Baudouin de Ford (?-v. 1190)

Abbé cistercien, puis évêque. Traité de la vie cénobitique ; PL 204, 544s (trad. Lubac, Catholicisme, p. 308 rev.)


Dimanche 23 octobre 2022

« Prends pitié du pécheur que je suis »

      Un pharisien et un publicain montaient au Temple pour y prier. Le pharisien a commencé par énumérer toutes ses qualités, en proclamant : « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes et adultères, ou bien encore comme ce publicain ! » Misérable sois-tu, toi qui oses porter un jugement sur la terre tout entière ! Pourquoi accabler ton prochain ? As-tu encore besoin de condamner ce publicain, la terre ne t’a-t-elle pas suffi ? Tu as accusé tous les hommes, sans exception : « Je ne suis pas comme le reste des hommes…ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. » Que de suffisance dans ces paroles ! Malheureux !…       Le publicain, quant à lui, avait fort bien entendu ces paroles. Il aurait pu rétorquer en ces termes : « Qui donc es-tu, qui oses proférer de telles médisances à mon sujet ? D’où connais-tu ma vie ? Tu n’as jamais vécu dans mon entourage, tu n’es pas un de mes intimes. Pourquoi manifester un tel orgueil ? D’ailleurs, qui peut attester la réalité de tes bonnes actions ? Pourquoi fais-tu ainsi ton propre éloge, qu’est-ce qui t’incite à te glorifier de la sorte ? » Mais il n’en fit rien –- bien au contraire -– il s’est prosterné, en disant : « O Dieu, prends en pitié le pécheur que je suis ! » Et, pour avoir fait preuve d’humilité, il a été justifié.       Le pharisien a quitté le Temple, privé de toute absolution, tandis que le publicain s’en allait, le cœur renouvelé d’une justice retrouvée… Pourtant, il n’y avait là guère d’humilité, dans la mesure où l’on utilise ce terme lorsque quelqu’un de noble s’abaisse ; or, dans le cas du publicain, il ne s’agissait pas d’humilité, mais de simple vérité, car il disait vrai.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

Prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église. Homélies sur la conversion, n°2 (trad. coll. Pères dans la foi, 8, DDB 1978, p. 46)

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Mon Dieu, montre-toi favorable !

Un frère dit à abba Antoine : « Prie pour moi. » Et le vieillard lui dit : « Je ne te prendrai pas en pitié, ni Dieu non plus, si toi-même ne te prends pas en pitié et ne cherches à lui plaire. »

L’un des pères racontait qu’il y avait aux Cellules un vieillard laborieux qui ne portait qu’une natte. Il s’en alla trouver abba Ammônas ; et celui-ci, voyant qu’il portait une natte, lui dit : « Cela ne te sert à rien. » Et l’autre l’interrogea en disant : « Trois pensées me préoccupent : ou bien errer dans le désert, ou bien partir à l’étranger où personne ne me connaît, ou bien m’enfermer dans une cellule et ne rencontrer personne, mangeant un jour sur deux. » Abba Ammônas lui dit : « Aucun de ces trois projets non plus ne t’est utile à réaliser ; mais demeure plutôt dans ta cellule, mangeant un petit peu chaque jour et conservant sans cesse en ton cœur la parole du publicain, et tu peux être sauvé. »

Apophtegmes des Pères

Les Apophtegmes, ou Sentences, sont de brèves paroles des Pères du désert, moines de la Thébaïde égyptienne au ve siècle. / Les Apophtegmes des Pères (collection systématique),t. II, X, 4 et 20, trad. J.-C. Guy, Paris, Cerf, coll. « Sources Chrétiennes » 474, 2003, p. 17 et 27.


Dimanche 16 octobre 2022

« Toujours prier sans se décourager »

Aime prier. Ressens souvent le besoin de prier tout au long de la journée. La prière dilate le cœur jusqu’à ce que celui-ci puisse recevoir le don de Dieu qui est lui-même. Demande, cherche, et ton cœur grandira au point de le recevoir, de le garder comme ton bien. Nous désirons tellement bien prier, et puis nous échouons. Alors nous nous décourageons et renonçons. Si tu veux prier mieux, tu dois prier plus. Dieu accepte l’échec, mais il ne veut pas du découragement. Toujours plus, il nous veut tels des enfants, toujours plus humbles, toujours plus remplis de gratitude dans l’oraison. Il veut que nous nous souvenions de notre appartenance à tous au corps mystique du Christ, qui est prière perpétuelle. Nous devons nous aider l’un l’autre dans nos prières. Libérons nos esprits. Ne prions pas longuement, que nos prières ne s’étirent pas sans fin, mais qu’elles soient brèves, pleines d’amour. Prions pour ceux qui ne prient pas. Souvenons-nous que celui qui veut pouvoir aimer, doit pouvoir prier.

Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

Fondatrice des Sœurs Missionnaires de la CharitéNo greater love (Il n’y a pas de plus grand amour, trad. JF Colosimo ; Lattès 1997, p. 20)

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Prier sans se décourager

Les biens qui se retirent de la sécheresse et du manque de dévotion dans la prière sont innombrables, pour peu que l’âme comprenne ce que Dieu veut à travers cela, ce qui dépend d’elle n’étant que de le supporter et de persévérer dans la prière.

En effet, comme dit saint Grégoire, Dieu aime beaucoup la prière faite avec foi et confiance, même si l’âme s’y trouve sèche et complètement privée de goût, tout en y persévérant avec une véritable félicité. Même si elle se trouve amère et distraite, et qu’à son jugement elle ne peut penser à rien de valable, cette prière n’est pas perdue, car la tribulation même, supportée avec patience devant Dieu, prie et intercède devant Lui ; et selon le même saint Grégoire, cette amertume de la tribulation resplendit devant le Seigneur, et porte à Dieu plus que les autres, et, pour parler ainsi, le force à nous favoriser. D’où il s’ensuit qu’aucune œuvre bonne ne doit être délaissée sous prétexte que l’âme se trouve stupide et inquiète, car en la laissant, nous faisons ce que voulait le démon et nous nous privons d’un fruit merveilleux.

Jean de Bonilla, o.f.m.

On ne sait presque rien de ce franciscain espagnol (probablement du XVIe siècle), sinon que son petit Traité de la paix de l’âme fut répandu au XIXe siècle dans toute l’Europe sous le nom de Scupoli. / Breve Tratado, Madrid, Rialp, 2005, p. 55s.


Dimanche 9 octobre 2022

La foi qui purifie

Que représentent les dix lépreux sinon l’ensemble des pécheurs ?… Lorsque le Christ notre Seigneur est venu, tous les hommes souffraient de la lèpre de l’âme, même s’ils n’étaient pas tous atteints de celle du corps… Or la lèpre de l’âme est bien pire que celle du corps. Mais voyons la suite. « Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : ‘Jésus, Maître, prends pitié de nous’ ». Ces hommes se tenaient à distance car ils n’osaient pas, étant donné leur état, s’avancer plus près de lui. Il en va de même pour nous : tant que nous demeurons dans nos péchés, nous nous tenons à l’écart. Donc, pour retrouver la santé et guérir de la lèpre de nos péchés, supplions d’une voix forte et disons : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ». Cette supplication ne doit toutefois pas venir de notre bouche, mais de notre cœur, car le cœur parle d’une voix plus forte. La prière du cœur pénètre dans les cieux et s’élève très haut, jusqu’au trône de Dieu.

Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123)

Evêque – Commentaire sur l’évangile de Luc, 2, 40 ; PL 165, 426-428 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 449)

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Celui qui donne tout

Tout ce que tu fais au plus petit, c’est à moi que tu le fais, et tout ce que tu ne fais pas au plus petit, c’est à moi que tu ne le fais pas ! Si je vois un enfant qui meurt sur le trottoir, c’est Jésus Christ qui meurt sur le trottoir. Ce sont des phrases de l’Évangile qu’on ne dit pas assez. Je suis parti avec cette idée très, très forte comme missionnaire : je cherche le visage du Seigneur. Je le cherche sur mes pauvres gens, le visage du Seigneur, ça peut être un visage triomphal, très, très beau, et aussi un visage de souffrance, le visage des lépreux, des pauvres.

S’il y a quelque chose de très impressionnant en Inde, ce sont les léproseries. J’ai toujours été très proche des lépreux. Dans le livre d’or d’une grande léproserie du sud de l’Inde, cette phrase en sanskrit était écrite, très émouvante dans un tel contexte : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. » C’est-à-dire que toutes les richesses matérielles mais aussi tout l’amour que vous ne donnez pas sont perdus. Toute la beauté que vous ne donnez pas, c’est de la beauté perdue. L’intelligence qu’on ne donne pas, c’est de l’intelligence perdue. Cette phrase extraordinaire m’avait beaucoup frappé et me frappe encore.

Pierre Ceyrac, s.j.

Le père jésuite Pierre Ceyrac († 2012), né en Corrèze, a été missionnaire en Inde pendant presque toute sa vie, excepté une longue parenthèse avec les réfugiés du Cambodge (1980-1992). Son action a tiré des milliers d’hommes et de femmes de la misère. / Carnets spirituels, Paris, Bayard, 2015, p. 150. 172-173.


Dimanche 2 octobre 2022

Nous sommes de simples serviteurs

Il n’est rien qui produise d’ordinaire la présomption, si nous n’y prenons garde, comme une bonne conscience. Voilà pourquoi le Christ, sachant que les bonnes actions ouvrent la voie à ce sentiment, disait à ses disciples : « Quand vous aurez tout fait, dites : “Nous sommes de simples serviteurs.” » En d’autres termes : « Quand le fauve va pénétrer chez vous, alors, par ces paroles, fermez-lui votre porte. » Il n’a pas dit : « Quand vous aurez tout fait, vous êtes inutiles » ; mais bien : « Dites vous-mêmes : “Nous sommes inutiles.” » Dis-le, sans crainte, je ne porte pas mon verdict d’après ton jugement. Si tu te déclares toi, inutile, alors moi je te couronne, comme utile. Il est dit ailleurs dans le même sens : Avoue toi-même, le premier, tes désobéissances à la Loi, pour être justifié (Is 43, 26). Devant les tribunaux païens, en effet, après l’accusation du coupable, vient la mort, mais devant le tribunal divin, après l’accusation des fautes, vient la couronne. Voilà pourquoi Salomon disait : Ne te justifie pas toi-même devant le Seigneur (Si 7, 5).

St Jean Chrysostome

Saint Jean Chrysostome ou « Bouche d’or », fut évêque de Constantinople avant de mourir en exil en 407, persécuté. / Jean Chrysostome (Ve s.), Homélies sur Ozias 3, 1, trad. J. Dumortier, Paris, Cerf, coll. « Sources Chrétiennes » 277, 1981, p. 109.

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« Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir »

Sois toujours fidèle dans les petites choses, car en elles réside notre force. Pour Dieu, rien n’est petit. Il n’entend rien diminuer. Pour lui, toutes les choses sont infinies. Pratique la fidélité dans les choses les plus minimes, non pas pour leur vertu propre, mais en raison de cette grande chose qu’est la volonté de Dieu — et que, moi-même, je respecte infiniment. Ne recherche pas des actions spectaculaires. Nous devons délibérément renoncer à tout désir de contempler le fruit de notre labeur, accomplir seulement ce que nous pouvons, du mieux que nous le pouvons, et laisser le reste entre les mains de Dieu. Ce qui importe, c’est le don de toi-même, le degré d’amour que tu mets dans chacune de tes actions. Ne t’autorise pas le découragement face à un échec, dès lors que tu as fait de ton mieux. Refuse aussi la gloire lorsque tu réussis. Rends tout à Dieu avec la plus profonde gratitude. Si tu te sens abattu, c’est un signe d’orgueil qui montre combien tu crois en ta propre puissance. Ne te préoccupe pas plus de ce que pensent les gens. Sois humble et rien ne te dérangera jamais. Le Seigneur m’a lié là où je suis ; c’est lui qui m’en déliera.

Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

Fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité – No Greater Love (Il n’y a pas de plus grand amour; trad. de l’anglais par J.-Fr. Colosimo; J.-C. Lattès, 1997, p. 42)


Dimanche 25 septembre 2022

« Un pauvre… était couché devant le portail »

Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent être mis en abondance à la disposition de tous, selon la règle de la justice, qui est inséparable de la charité. Quelles que soient les formes de la propriété, adaptées aux légitimes institutions des peuples, selon des circonstances diverses et changeantes, on doit toujours tenir compte de cette destination universelle des biens. C’est pourquoi, en utilisant ces biens, l’homme ne doit pas considérer les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais il doit aussi les considérer comme communes, en ce sens qu’elles peuvent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres.   D’ailleurs, tous les hommes ont le droit d’avoir une part suffisante de biens pour eux-mêmes et leur famille. C’est ce qu’ont pensé les Pères et les Docteurs de l’Église qui enseignaient que l’on est obligé d’aider les pauvres, et pas seulement au moyen de son superflu. Quant à celui qui se trouve dans l’extrême nécessité, il a le droit de se procurer le nécessaire à partir des richesses d’autrui.

Vu le nombre si grand de ceux qui souffrent de faim dans le monde, le Concile insiste auprès de tous, qu’il s’agisse des individus ou des autorités, pour qu’ils se souviennent de ce mot des Pères : « Donne à manger à celui qui meurt de faim car, si tu ne lui as pas donné à manger, tu l’as tué. » Et le Concile insiste auprès de tous pour que, selon les possibilités de chacun, ils partagent réellement leurs biens et les emploient pour fournir, soit à des individus et à des peuples, les moyens qui leur permettront de s’aider eux-mêmes et de se développer.

Concile Vatican II

Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps « Gaudium et Spes », § 69,1 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

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Quel est cet abîme ?

L’Évangile souligne avant tout le fossé infranchissable entre la vie de bombance du riche et la misère du pauvre qui est couché devant le portail, et voit donc ce qui se passe à l’intérieur, sans que personne ne se soucie de ses plaies, sinon les chiens sales et vagabonds. Le fossé devient dans l’au-delà l’abîme définitif, infranchissable, entre le repos dans le sein d’Abraham et la torture dans les enfers brûlants. L’abîme est insurmontable pour Abraham lui-même, et la demande de l’envoi du pauvre – ce malheureux méprisé justement ! – aux cinq frères n’a aucun sens, car avec bien plus d’insistance que le pauvre ne le pourrait Moïse et les prophètes leur parlent. La simple parabole de Jésus n’est rien qu’une concrétisation de la parole que nous ne comprenons peut-être que difficilement : « Heureux, vous les pauvres […] malheur à vous, les riches » (Lc 6, 20.24).

Cardinal Hans Urs von Balthasar

Hans Urs von Balthasar († 1988), jésuite et fondateur d’un institut séculier, a laissé une œuvre théologique monumentale. Il est l’un des plus importants écrivains et théologiens catholiques du xxe siècle. / Lumière de la Parole – Année C, Lessius, Bruxelles, 1997, p. 129-130.


Dimanche 18 septembre 2022

« Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande »

      Tu dois savoir d’où vient pour toi l’existence, le souffle, l’intelligence et ce qu’il y a de plus précieux, la connaissance de Dieu, d’où vient l’espérance du Royaume de cieux et celle de contempler la gloire que tu vois aujourd’hui de manière obscure, comme dans un miroir, mais que tu verras demain dans toute sa pureté et son éclat (1Co 13,12). D’où vient que tu sois fils de Dieu, héritier avec le Christ (Rm 8,16-17) et, j’oserai dire, que tu sois toi-même un dieu ? D’où vient tout cela et par qui ?       Ou encore, pour parler de choses moins importantes, celles qui se voient : qui t’a donné de voir la beauté du ciel, la course du soleil, le cycle de la lune, les étoiles innombrables et, en tout cela, l’harmonie et l’ordre qui les conduisent ?… Qui t’a donné la pluie, l’agriculture, les aliments, les arts, les lois, la cité, une vie civilisée, des relations familières avec tes semblables ?       N’est-ce pas de Celui qui, avant toute chose et en retour de tous ses dons, te demande d’aimer les hommes ?… Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n’a pas honte d’être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ? Non, mes frères et mes amis, ne soyons pas des gérants malhonnêtes des biens qui nous sont confiés.

Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l’Église

Homélie 14, sur l’amour des pauvres, § 23-25 ; PG 35,887 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 161 rev.; cf bréviaire 1er lundi de carême)

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Maudit argent

Serait-ce là un éloge du vol ? La « prise illégale d’intérêt » serait donc une vertu ?

Il n’y a pourtant pas d’ambiguïté. Lorsque tu fais un fouet pour chasser ceux qui marchandent dans la maison de Dieu, Seigneur, c’est assez clair : oui, l’argent est « trompeur » ou encore « malhonnête ». Il est trompeur, parce qu’avec lui tout se calcule, tout se pèse, tout s’évalue. Il se veut étalon universel de ce qui vaut. Pas de « valeur », même symbolique, même morale, sans la notion d’évaluation, de mesure, et d’une instance qui décide de ce qui vaut et de ce qui ne vaut rien, mais laquelle ? Quant à ceux qui parlent trop souvent de « valeurs », n’est-ce pas parce qu’ils se mettent en place d’évaluateur, de Dieu ? Au contraire, ton amour n’a rien à voir avec tout cela. Il est incalculable, inaliénable, il ne se mesure pas, ne se pèse pas, ne se mérite pas. Tu aimes les vauriens, la gratuité, le temps perdu ou gagné à refaire le monde avec de bons amis. Tu aimes la légèreté, la poésie, la douce caresse du vieillard sur la main de sa vieillarde chérie. Notre intendant roublard a peut-être compris quelque chose de très important. S’il « gaspille » les biens du maître, au moins, il n’est pas avare. Il sait que l’argent passe, quand l’amitié demeure. S’il tombe par son inconstance, il en profite pour libérer du joug de plus pauvres que lui. Par intérêt, parce qu’il espère taquiner le goujon avec de bons amis sur ses vieux jours ? Peut-être. Par altruisme ? Peut-être aussi. Qui peut en juger, sinon toi, l’unique maître qui n’as jamais pesé tes dons ?

Anne Lécu, o.p.

Anne Lécu, dominicaine, est docteur en philosophie et en médecine. Elle exerce en milieu carcéral. / Signe dans la Bible, Paris, Cerf, 2015, p. 119.


Dimanche 11 septembre 2022

« Réveille-toi, toi qui dors ; relève-toi d’entre les morts » (Ep 5,14)

« J’irai trouver mon père, et je lui dirai : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi.’’ » Tel est notre premier aveu, au Créateur, au maître de la miséricorde, au juge de la faute. Bien qu’il connaisse tout, Dieu attend l’expression de notre aveu ; car « la confession des lèvres obtient le salut » (Rm 10,10). (…) Voilà ce que se disait le fils cadet ; mais ce n’est pas assez de parler, si tu ne viens pas au Père. Où le chercher, où le trouver ? « Il se leva. » Lève-toi d’abord, toi qui jusqu’ici étais assis et endormi. Voilà ce que dit l’apôtre Paul : « Debout, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts » (Ep 5,14). (…) Debout donc, cours à l’Église : là est le Père, là est le Fils, là est l’Esprit Saint. Celui qui t’entend parler dans le secret de ton âme vient à ta rencontre ; et quand tu es encore loin, il te voit et il accourt. Il voit dans ton cœur ; il accourt, pour que personne ne te retarde ; il t’embrasse aussi. (…) Il se jette à ton cou pour te relever, toi qui gisais chargé de péchés, tourné vers la terre ; il te retourne vers le ciel pour que tu puisses y chercher ton Créateur. Le Christ se jette à ton cou, pour dégager ta nuque du joug de l’esclavage et y suspendre son joug de douceur. (…) Il se jette à ton cou, lorsqu’il dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous réconforterai ; prenez sur vous mon joug » (Mt 11,28). Telle est la manière dont il t’étreint, si tu te convertis. Et il fait apporter une robe, un anneau, des chaussures. La robe est le vêtement de la sagesse (…), l’habillement spirituel et le vêtement des noces. L’anneau est-il autre chose que le sceau d’une foi sincère et l’empreinte de la vérité ? Quant aux chaussures, c’est la prédication de la Bonne Nouvelle.

Saint Ambroise (v. 340-397)

évêque de Milan et docteur de l’Église

Commentaire de l’évangile de Luc, VII, 224s ; SC 52 (Traité sur l’Évangile de S. Luc, t. II Livres VII-X; trad. G. Tissot; Éd. du Cerf 1958; p. 93s rev.)

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Les paraboles de l’espérance

Dans les siècles des siècles il y aura pour ces trois paraboles une place secrète dans le cœur. Et toutes les trois elles sont les paraboles de l’espérance. Ensemble. Également jeunes, également chères. Entre elles. Sœurs entre elles comme trois enfants toutes jeunes. Également chères, également secrètes.  Secrètement aimées. Également aimées.

Mais entre toutes ; entre toutes les trois voici la troisième parabole qui s’avance. Et celle-là, mon enfant, cette troisième parabole de l’espérance,

Elle a touché dans le cœur de l’homme un point unique, un point secret, un point mystérieux. (Elle a touché au cœur.) Un point inaccessible aux autres. On ne sait quel point comme plus intérieur et plus profond. Des hommes innombrables, depuis qu’elle sert, des chrétiens innombrables ont pleuré sur elle.  (À moins d’avoir un cœur de pierre.) Ont pleuré par elle. Dans les siècles des hommes pleureront. Rien que d’y penser, rien que de la voir qui pourrait, qui saurait retenir ses larmes.

C’est la parole de Jésus qui a porté le plus loin, mon enfant. C’est celle qui a eu la plus haute fortune temporelle. Éternelle. Elle a éveillé dans le cœur on ne sait quel point de répondance unique. Aussi elle a eu une fortune unique. Elle est célèbre même chez les impies. Elle y a trouvé, là même, un point d’entrée. Seule peut-être elle est restée plantée au cœur de l’impie comme un clou de tendresse.

Charles Péguy

Retourné au christianisme de son enfance en 1909, Charles Péguy est tombé dans la Marne en septembre 1914, aux premiers jours de la guerre. Il est l’un des plus grands écrivains français du xxe siècle. / Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Paris, Gallimard, 1916, p. 390-392.


Auteur :secretariat

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