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Dimanche 29 mai 2022

HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES

« Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée »

Si l’amour chasse parfaitement la crainte et si la crainte se transforme en amour, alors on découvre que l’unité consiste en cet aboutissement du salut : tous sont unis entre eux par l’adhésion à l’unique bien, au moyen de cette perfection que la colombe représente.

Car c’est le sens que nous tirons des paroles qui suivent dans le Cantique des cantiques, et que prononce le Bien-Aimé : Unique est ma colombe, unique ma parfaite ; elle est la fille unique de sa mère, la préférée de celle qui l’enfanta.

Mais le sens de ces paroles nous apparaît plus clairement dans le discours du Seigneur rapporté par l’Évangile. Par sa bénédiction, il a donné toute puissance à ses disciples ; puis, en priant son Père, il accorde les autres biens à ceux qui en sont dignes. Et il ajoute le principal de tous les biens : que les disciples ne soient plus divisés par la diversité de leurs préférences dans leur jugement sur le bien, mais qu’ils soient tous un par leur union au seul et unique bien. Ainsi, par l’unité du Saint-Esprit, comme dit l’Apôtre, étant attachés par le lien de la paix, ils deviennent tous un seul corps et un seul esprit, par l’unique espérance à laquelle ils ont été appelés.

Mais nous ferons mieux de citer littéralement les divines paroles de l’Évangile : Que tous, dit Jésus, soient un, comme toi, mon Père, tu es en moi, et moi en toi ; qu’eux-mêmes soient un en nous.

Or, le lien de cette unité, c’est la gloire. Que le Saint-Esprit soit appelé gloire, aucun de ceux qui examinent la question ne saurait y contredire, s’il considère ces paroles du Seigneur : La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée. Effectivement, il leur a donné cette gloire quand il leur a dit : Recevez le Saint-Esprit.

Cette gloire, qu’il possédait de tout temps, avant que le monde fût, le Christ l’a pourtant reçue lorsqu’il a revêtu la nature humaine. Et lorsque cette nature eut été glorifiée par l’Esprit, tout ce qui lui est apparenté a reçu communication de la gloire de l’Esprit, en commençant par les disciples. C’est pour cela que Jésus dit : La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée ; qu’ils soient un comme nous sommes un ; moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un.

Celui qui, de petit enfant, est parvenu en grandissant à la stature d’homme parfait, qui a rejoint la mesure de l’âge spirituel ~ ; celui qui est devenu capable de recevoir la gloire de l’Esprit par sa maîtrise de soi et sa pureté : il est cette colombe parfaite que regarde l’Époux lorsqu’il dit : Unique est ma colombe, unique ma parfaite.

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Jésus nous fait entrer en Dieu

La prière sacerdotale de Jésus, c’est l’Échange trinitaire devenant public et s’ouvrant à nous comme à des partenaires nouveaux. Non, Dieu n’est pas jaloux de son Secret : il nous y fait entrer. Le « Tout ce qui est à Moi est à Toi » du dialogue divin (cf. Jn 17, 10) trouve désormais son écho dans le « Tout ce qui est à Moi est à toi » du dialogue du Père (cf. Lc 15, 31). Dieu ne peut rien cacher à l’homme, dès que ce dernier est devenu son ami (cf. Gn 18, 17). Loin de lui cacher quelque chose, Il le cache en Lui-même : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en Nous ».

Jésus n’y tient plus ; Jésus ne peut plus Se cacher ; Jésus ne peut pas retenir plus longtemps son Secret, le Secret dans lequel il vit en tant que Fils éternel, le Secret qu’il partage avec le Père et avec l’Esprit, le Secret qu’il est venu nous partager à nous aussi pour que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus Christ (1 Jn 1, 3).

François Cassingena-Trévedy, o.s.b.

Normalien, bénédictin, le père François Cassingena-Trévedy construit une œuvre spirituelle et littéraire d’une rare élévation. / Pour toi, quand tu pries…, Abbaye de Bellefontaine, 2000, p. 167-168.


Dimanche 22 mai 2022

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), Carmélite, docteur de l’Église

« Si quelqu’un m’aime… nous viendrons chez lui ; nous irons demeurer auprès de lui »

J’étais une fois profondément recueillie dans la divine compagnie que j’ai toujours en mon âme ; Dieu me paraissait tellement présent en moi que je songeais à cette parole de saint Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Et en effet, il me semblait que le Dieu vivant habitait réellement dans mon âme. Cette présence est différente de certaines visions que j’ai eues : elle donne une telle force à la foi que l’on ne peut aucunement douter que la Trinité est en notre âme par présence, par puissance et par essence. L’âme retire un immense profit de l’intelligence de cette vérité. Comme j’étais saisie d’effroi en voyant une si haute Majesté présente dans une créature aussi basse que mon âme, j’entendis ces paroles : « Ton âme n’est pas basse, ma fille, car elle est faite à mon image » (Gn 1,27). (…) Jouissant un jour de la présence des trois Personnes que je porte en mon âme, la lumière dans laquelle je les voyais en moi était si vive, qu’il n’y avait aucun doute que ce ne soit là le Dieu vivant, le vrai Dieu. (…) Je songeais combien la vie est amère, puisqu’elle nous empêche de nous tenir toujours en cette si admirable compagnie. (…) Et le Seigneur m’a dit : « Ma fille, après cette vie, tu ne pourras plus me servir de la même manière que maintenant. Alors, que tu manges ou que tu dormes, quoi que tu fasses, fais-le par amour pour moi, comme si tu ne vivais plus toi-même, mais moi en toi. C’est là ce que disait saint Paul » (Ga 2,20).

Les Relations, 54 et 56 (OC; trad. Mère Marie du Saint-Sacrement, o.c.d.; Éds du Cerf 1995, p. 421 et 422; rev.)

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« Que votre cœur ne soit pas bouleversé »

J’ai crié vers vous, Seigneur, et vous m’avez exaucée, je vous ai dit : « Vous seul connaissez le chemin où nous marchons, vous seul pouvez nous y diriger et nul homme sur la terre ne saurait m’enseigner la voie qui peut me conduire au but vers lequel je tends de toutes mes forces ; me voici embarrassée, Seigneur, je ne sais si je suis égarée et si je dois revenir sur mes pas, prendre le chemin à droite à gauche ou devant moi, cette route n’a pas encore été pratiquée, je ne vois personne que vous qui puisse me diriger, hâtez-vous donc de vous montrer à moi, donnez-moi la main pour que je ne persiste pas ici sans secours, que je recule si je m’égare et que j’avance à grands pas si je vais à la croix que je désire. Dites-moi par quel moyen plus sûr j’arriverai au lieu où elle est dressée pour moi ? »

J’ai dit et votre cœur s’est rapproché du mien, vous vous êtes abaissé vers ma faiblesse et vous m’avez fait sentir votre présence.

Bse Pauline Jaricot

La bienheureuse Pauline-Marie Jaricot († 1862), laïque et grande contemplative, contribue au renouveau missionnaire. Elle est l’initiatrice de l’œuvre de la Propagation de la foi et du Rosaire vivant. / Les Écrits de jeunesse, Paris, Lethielleux, 2010, p. 131 et 132.


Dimanche 15 mai 2022

Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité

A Simple Path, p. 80 (Un Chemin tout simple; trad. de l’anglais par Frances Georges-Catroux et Claude Nesle; Plon Mame 1995, p. 83 rev.)

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres »

Je dis toujours que l’amour commence à la maison : d’abord dans votre famille et ensuite dans votre ville. C’est facile de prétendre aimer les gens qui sont très loin, mais beaucoup moins facile d’aimer ceux qui vivent avec nous ou tout près de nous. Je me méfie des grands projets impersonnels : l’amour doit commencer par une personne. Pour parvenir à aimer quelqu’un, il faut le rencontrer, se rendre proche de lui. Tout le monde a besoin d’amour. Tous les êtres humains ont besoin de savoir qu’ils comptent pour les autres et qu’ils ont une valeur inestimable aux yeux de Dieu. Jésus a dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il a dit aussi : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). Donc c’est lui que nous aimons dans chaque pauvre. Il a dit : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’étais nu et vous m’avez habillé » (Mt 25,35). Je rappelle toujours à mes sœurs et à nos frères que notre journée est faite de vingt-quatre heures avec Jésus.

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HOMÉLIE DE SAINT MAXIME DE TURIN
POUR LA PÂQUE

Le jour qui n’a pas de nuit.

Par la résurrection du Christ, les enfers s’ouvrent, par les nouveaux membres de l’Église, la terre est renouvelée, et le ciel est ouvert par le Saint-Esprit. Car les enfers en s’ouvrant laissent sortir les morts, la terre renouvelée fait germer ceux qui ressuscitent, le ciel ouvert accueille ceux qui y montent.
Enfin le malfaiteur monte au paradis, les corps des saints entrent dans la Cité sainte, les morts reviennent à la vie à la résurrection du Christ, tous les éléments sont comme transfigurés. Les enfers font remonter ceux qu’ils détenaient, la terre envoie au ciel ceux qu’elle avait ensevelis, le ciel présente au Seigneur ceux qu’il accueille ; par une seule et même action la passion du Sauveur fait remonter des abîmes, élève au-dessus de la terre, fait trouver place dans les hauteurs.
Car la résurrection du Christ est vie pour les morts, pardon pour les pécheurs, gloire pour les saints. Le saint Prophète invite toutes les créatures à fêter la résurrection du Christ, car il dit qu’il faut exulter et se réjouir en ce jour que le Seigneur a fait. ~
La lumière du Christ est un jour qui n’a pas de nuit, un jour qui n’a pas de fin. ~ Que le Christ soit lui-même ce jour, l’Apôtre nous le dit : La nuit est partie, le jour est arrivé. La nuit est partie, dit-il, donc elle ne viendra plus ; comprenez-le : lorsque survient la lumière du Christ, elle dissipe les ténèbres du démon, et elle n’est pas suivie par la nuit du péché ; elle chasse par sa splendeur permanente l’obscurité présente, elle arrête la progression sournoise du péché. ~
C’est le Fils en personne qui est le jour, car le Père qui est aussi le jour lui dévoile son mystère. Je dis bien : il est le jour, lui qui a dit par la bouche de Salomon : J’ai fait se lever dans le ciel la lumière sans déclin.
De même que la nuit ne succède jamais à ce jour céleste, de même les ténèbres du péché ne succèdent pas à la justice du Christ. C’est pour toujours que la lumière céleste resplendit, éclaire et brille, et aucune obscurité ne peut l’emprisonner. De même, c’est pour toujours que la lumière du Christ étincelle, rayonne, illumine, et ne peut être arrêtée par aucune obscurité des péchés, ce qui fait dire à saint Jean : La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. ~
Donc, mes frères, nous devons tous exulter en ce saint jour. Que personne ne se soustraie à la joie commune parce qu’il a conscience de ses péchés, que personne ne soit écarté des prières communes par le fardeau de ses fautes ! En un tel jour, même le pécheur ne doit pas désespérer du pardon ; c’est en effet un grand privilège. Si un malfaiteur a obtenu le paradis, pourquoi le chrétien n’obtiendrait-il pas le pardon ?


Dimanche 24 avril 2022

Nous sommes faits pour le voir

Quel est le sens de nos vies ? Que cherchons-nous ? Pour quoi sommes-nous faits ?

Sommes-nous faits pour étudier ? Sûrement pas ! Bien sûr, il faut étudier, mais nous ne sommes pas faits pour ça. Sinon il faudrait que tous étudient tout le temps ! Sommes-nous faits pour passer des examens ? Sûrement pas ! Il faut le faire, mais nous ne sommes pas faits pour passer des examens ! Sommes-nous faits pour fonder un foyer, avoir un métier ? Sûrement pas ! Il faut le faire, mais nous ne sommes pas faits pour ça ! Pour vieillir et pour mourir ? Sûrement pas ! Nous ne sommes pas faits pour ça !

Alors, pour quoi sommes-nous faits ?

Dans une phrase d’une densité incroyable, saint Jean nous le dit : Nous sommes faits pour voir Dieu, et le voyant tel qu’il est, lui devenir semblables (cf. 1 Jn 3, 2). Quelle destinée extraordinaire ! Voir Dieu face à face et devenir comme lui ! Comme l’a toujours affirmé la grande tradition chrétienne, nous sommes faits pour Dieu, et lui seul peut nous satisfaire. Lui seul peut nous « combler ». Nous sommes des « vides », des « creux », des « capacités » de Dieu ! « Capax Dei », comme disaient les Pères de l’Église. Et nous serons toujours insatisfaits, dit saint Augustin, tant que nous ne le verrons pas. Il est la Beauté infinie et l’Amour infini, et c’est pour cela que nous sommes faits. C’est ce que nous ne cessons de chercher. Nos vies sont une marche sur les traces de Dieu, à la recherche de Dieu. Tout est reflet de Dieu, et à travers ces reflets, c’est lui que nous cherchons.

Pierre Ceyrac, s.j.

Le père jésuite Pierre Ceyrac († 2012), né en Corrèze, a été missionnaire en Inde pendant presque toute sa vie, excepté une longue parenthèse avec les réfugiés du Cambodge (1980-1992). Son action a tiré des milliers d’hommes et de femmes de la misère. / Mes racines sont dans le Ciel, Paris, Presses de la Renaissance, 2004, p. 99-101.

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HOMÉLIE DE SAINT AUGUSTIN AUX NOUVEAUX BAPTISÉS
LE DEUXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

Ceux qui sont re-nés dans le Christ

C’est à vous que je m’adresse, enfants nouveau-nés, vous qui êtes des tout-petits dans le Christ, la nouvelle génération mise au monde par l’Église, le don du Père, la fécondité de la Mère, de tendres bourgeons, l’essaim tout nouveau, la fleur de notre fierté et le fruit de notre labeur, ma joie et ma couronne, vous qui tenez bon dans le Seigneur.
Je vous adresse les paroles de l’Apôtre : Revêtez Jésus Christ et ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour satisfaire vos convoitises, afin de revêtir par votre vie ce que vous avez revêtu par le sacrement. Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni païen, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme : tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.
Telle est la force du sacrement : il est le sacrement de la vie nouvelle, qui commence maintenant par le pardon de tous les péchés passés, et qui trouvera son accomplissement dans la résurrection des morts. Car vous avez été mis au tombeau avec le Christ par le baptême dans sa mort ; de même que le Christ est ressuscité des morts, ainsi devez-vous mener une vie nouvelle.
Vous vous conduisez maintenant par la foi, aussi longtemps que, dans ce corps mortel, vous êtes en exil loin du Seigneur. Mais vers celui vers qui vous tendez, vous avez un chemin sûr : le Christ lui-même est ce chemin, il a voulu le devenir en se faisant homme pour nous. Car il a réservé une grande douceur pour ceux qui le craignent ; il a voulu la commencer et la parfaire pour ceux qui espèrent en lui, du fait que nous recevrons en réalité ce que nous avons reçu maintenant en espérance. ~
C’est aujourd’hui l’octave de votre naissance ; aujourd’hui s’accomplit en vous le sceau de la foi qui était conféré chez les anciens Pères avec la circoncision de la chair qu’on faisait huit jours après la naissance charnelle. ~ C’est pourquoi le Seigneur en ressuscitant a dépouillé la chair mortelle ; non pas qu’il ait surgi avec un autre corps, mais avec un corps qui ne doit plus mourir ; il a ainsi marqué de sa résurrection le « jour du Seigneur ». C’est le troisième jour après sa passion, mais dans le compte des jours qui suivent le sabbat, c’est le huitième, en même temps que le premier.
C’est pourquoi vous-mêmes avez reçu le gage de l’Esprit, non pas encore dans sa réalité, mais dans une espérance déjà certaine, parce que vous possédez le sacrement de cette réalité. Ainsi donc, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

Saint-Augustin


Dimanche 17 avril 2022

Voici le jour

« Voici le jour que le Seigneur a fait : soyons dans la joie et dans l’allégresse » (Ps 117,24). (…) En tant que chrétiens nous sommes nés pour le Royaume de Dieu depuis notre plus tendre enfance (…), mais, tout en ayant conscience de cette vérité et y croyant totalement, nous avons beaucoup de difficulté à saisir ce privilège et passons de longues années à le comprendre. Personne, bien sûr, ne le comprend pleinement. (…) Et même en ce grand jour, ce jour parmi les jours, où le Christ est ressuscité des morts (…), nous voici comme des petits enfants (…) à qui il manque des yeux pour voir et un cœur pour comprendre qui nous sommes vraiment. (…) Voici le jour de Pâques — répétons-le-nous encore et encore, avec un profond respect et une grande joie. Comme les enfants disent : « Voici le printemps » ou « Voici la mer », pour essayer d’en saisir l’idée (…), disons : « Voici le jour parmi les jours, le jour royal (Ap 1,10 grec), le jour du Seigneur. Voici le jour où le Christ est ressuscité des morts, le jour qui nous apporte le salut ». C’est le jour qui nous rend plus grands que nous ne pouvons le comprendre. C’est le jour de notre repos, notre vrai sabbat ; le Christ est entré en son repos (He 4), et nous avec lui. Ce jour nous conduit, en préfiguration, à travers la tombe et les portes de la mort jusqu’au temps du répit dans le sein d’Abraham (Ac 3,20; Lc 16,22). Nous en avons assez de la fatigue, de la morosité, de la lassitude, de la tristesse et du remords. Nous en avons assez de ce monde éprouvant. Nous en avons assez de ses bruits et de son vacarme ; sa meilleure musique, ce n’est que du bruit. Mais maintenant le silence règne, et c’est un silence qui parle (…) : telle est notre béatitude désormais. C’est le commencement de jours calmes et sereins, et le Christ s’y fait entendre, de sa « voix douce et tranquille » (1R 19,12), parce que le monde ne parle plus. Dépouillons-nous seulement du monde, et nous revêtirons le Christ (Ep 4,22; Rm 13,14). (…) Puissions-nous, en nous dévêtant ainsi, nous revêtir de choses invisibles et impérissables ! Puissions-nous grandir en grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur, saison après saison, année après année, jusqu’à ce qu’il nous prenne avec lui (…) dans le Royaume de son Père et notre Père, de son Dieu et notre Dieu (Jn 20,17). 

Saint John Henry Newman (1801-1890)

Cardinal, théologien, fondateur de l’Oratoire en Angleterre Sermon “The Difficulty of Realizing Sacred Privileges”, PPS, t. 6, n°8 (trad. ⒸEvangelizo.org)

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HOMÉLIE ANCIENNE POUR LE GRAND ET SAINT SAMEDI

« Éveille-toi, ô toi qui dors »

Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler.

C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Oui, c’est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs.

Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous ! » Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ». Il le prend par la main et le relève en disant : Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

« C’est moi ton Dieu, qui, pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez. À ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez illuminés. À ceux qui sont endormis : Relevez-vous.

« Je te l’ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.

« C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclave ; c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux Juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.

« Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.

« Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois.

« Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Ève. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.

« Lève-toi, partons d’ici. L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis ; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi. J’ai posté les chérubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu.

« Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité. »


Dimanche 10 avril 2022

Entrons avec lui dans la Ville sainte

Pour le Christ, devenons une monture sainte qui remplacera l’ânon impur, afin qu’il monte sur nous. Attelons-lui le char de nos pensées, et sur nous il régnera pour toujours, et son règne n’aura pas de fin (Lc 1, 33). Brandissons, avec l’homme intérieur, l’activité divine et spirituelle, comme les rameaux de palmier, et suivons-le avec des actions de grâce. Et brandissons, au lieu de leur blancheur éclatante, la foi droite, immaculée, sans duplicité ; au lieu de leur piquant, l’espérance patiente.

Suivons le Seigneur dans la Ville sainte, entrons avec lui dans le Temple, afin qu’il culbute les tables des changeurs dressées en nous (cf. Mt 21, 12-13) et qu’il chasse loin de nous les démons qui vendent les colombes, à savoir les pensées dont le vol s’égare, ainsi que tous ceux qui vendent et achètent en nous ; afin que, au lieu d’un repaire de brigands à la manière du sanctuaire antique, il fasse de nous un temple saint dans lequel le Christ habite et marche ; afin qu’il accorde la lumière à ceux d’entre nous qui sont aveugles, qu’il fasse entendre les sourds et marcher les boiteux (cf. Mt 11, 5) et qu’il ressuscite les morts avec Lazare – là en effet où habite la vie, là se trouve la résurrection – ; afin qu’avec Lazare, les foules et les disciples, avec les tout-petits et ceux qui tètent encore (cf. Mt 21, 16), avec les saints anges, nous criions : Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Pseudo-Hésychius de Jérusalem

Ce texte, attribué notamment à Hésychius de Jérusalem, est peut-être dû à un auteur grec ayant vécu à Jérusalem dans la deuxième moitié du ve siècle. / Homélie 13, 12-13, trad. M. Aubineau, Les homélies festales d’Hésychius de Jérusalem, II, Subsidia Hagiographica 59, Bruxelles, 1980, p. 775-777.

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HOMÉLIE DE SAINT ANDRÉ DE CRÈTE POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX

Gloire au Christ vainqueur de la mort

Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd’hui de Béthanie et il s’avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut.

Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l’explique l’Écriture, au-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui nous dominent, quel que soit leur nom.

Mais il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, il ne protestera pas, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix. Il sera doux et humble, il fera modestement son entrée. ~

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion, imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour répandre sur son chemin, comme ils l’ont fait, des rameaux d’olivier, des vêtements ou des palmes. C’est nous-mêmes qu’il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, l’humilité du cœur et la droiture de l’esprit afin d’accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.

Car il se réjouit de s’être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui monte au-dessus du couchant, c’est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.

Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, il soit monté au sommet des cieux, à l’orient, comme dit le psaume, j’estime qu’il l’a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l’humanité, afin d’élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l’emporter avec lui dans les hauteurs.

C’est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n’étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d’arbres qui vont bientôt se faner, et qui ne réjouissent le regard que peu de temps. Notre vêtement, c’est sa grâce, ou plutôt c’est lui tout entier que nous avons revêtu : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. C’est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas.

Par notre péché, nous étions d’abord rouges comme la pourpre, mais le baptême de salut nous a nettoyés et nous sommes devenus ensuite blancs comme la laine. Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort.

Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’lsraël !


Dimanche 3 avril 2022

COMMENTAIRE DE SAINT AUGUSTIN SUR L’ÉVANGILE DE JEAN

« Justice et miséricorde »

La Loi avait ordonné de lapider les adultères. Or la Loi ne pouvait prescrire une injustice ; et si quelqu’un parlait contre ce que la Loi commandait, il était coupable d’injustice. Aussi les pharisiens se dirent-ils entre eux à propos de Jésus : « Il a réputation d’être vrai, il respire la douceur ; c’est sur la justice qu’il nous faut l’attaquer. Amenons-lui une femme prise en flagrant délit d’adultère et disons-lui ce que la Loi ordonne à son sujet. » ~

Que répond le Seigneur Jésus ? Que répond la Vérité ? Que répond la Sagesse ? Que répond la Justice elle-même ainsi mise en cause ? Jésus ne dit pas : « Qu’elle ne soit pas lapidée », car il ne veut pas avoir l’air de parler contre la Loi. Cependant, il se garde bien de dire : « Qu’elle soit lapidée », car il est venu non pour perdre ce qu’il a retrouvé, mais pour chercher ce qui est perdu. Alors, que répond-il ? Voyez comme il est rempli de justice, de douceur et de vérité ! Que celui d’entre vous qui est sans péché, dit-il, lui jette la première pierre. Réponse de sagesse. Comme il les fait rentrer en eux-mêmes ! ~ Leurs manœuvres étaient extérieures, mais ils ne regardaient pas au fond de leur propre cœur. Ils voyaient l’adultère, mais ils ne s’observaient pas eux-mêmes. Or quiconque s’observe attentivement se découvre pécheur. C’est inévitable. Donc, ou bien rendez la liberté à cette femme, ou bien subissez avec elle le châtiment de la Loi.

Si Jésus avait dit : « Qu’on ne lapide pas l’adultère », il aurait été convaincu d’injustice. S’il avait dit : « Qu’elle soit lapidée », il aurait paru manquer de douceur. Il dira donc : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. C’est la voix de la justice. Que la coupable soit punie, mais non par des coupables ; que la Loi soit mise à exécution, mais non par ceux qui violent la Loi. C’est tout à fait la voix de la justice. Frappés par cette justice comme par un fer de lance, ils rentrèrent en eux-mêmes et, se découvrant pécheurs, ils se retirèrent l’un après l’autre. ~

La femme restait donc seule. Tous étaient partis. Et Jésus leva les yeux sur la femme. Nous avons entendu la voix de la justice, écoutons celle de la douceur. Je pense en effet que cette femme devait être bien effrayée par cette parole du Seigneur : Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Ces hommes étaient rentrés en eux-mêmes, et leur départ était un aveu. Mais ils avaient laissé la femme avec sa grande faute à celui qui était sans péché. Et comme elle avait entendu cette parole de Jésus, elle s’attendait à être châtiée par celui en qui ne se trouvait aucun péché. Mais lui, après avoir repoussé ses adversaires par la voix de la justice, lève sur elle les yeux de la miséricorde et lui demande : Personne ne t’a condamnée ? — Personne, répond-elle. — Moi non plus, dit Jésus, je ne te condamnerai pas. Moi par qui tu croyais être condamnée parce que tu n’as pas trouvé en moi le péché, moi non plus je ne te condamnerai pas. Quoi, Seigneur ? Tu favorises le péché ? Certes non. Écoute ce qui suit : Va, et désormais ne pèche plus. Le Seigneur a porté condamnation, lui aussi, mais contre le péché, et non pas contre l’homme.

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De la pierre à la chair

Voilà comment on fait la vérité. Avec cette petite phrase : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre », Jésus a semé le trouble. C’est la débandade des arroseurs arrosés. L’extraordinaire est que Jésus n’a pas jugé. Il a seulement mis à nu les reins et les cœurs. Ou plutôt il demande aux gens qui sont là d’oser le face-à-face avec leur propre cœur. Et cette petite phrase a mystérieusement retenu ces gens de faire acte de violence. Ce qui n’est pas rien ! Cette parole, comme toujours la parole créatrice, la parole divine dans l’Écriture, est une parole qui met de l’ordre. Elle sépare. Elle sépare le sec de l’humide, le jour de la nuit, etc. Tout le chant des sept jours, au début de la Genèse, décrit l’action de Dieu comme un tri, comme un jugement, comme une mise en ordre. Elle sépare. Et ici, effectivement, cette parole sépare cette femme, l’accusée, des accusateurs. Comme le jour et la nuit. La femme leur échappe complètement. Et puis, mystérieusement aussi, elle divise les accusateurs. Leur bloc (ils lui amènent) a éclaté ! La Loi a éclaté en miséricordieuse vérité pour la femme, et en cruelle vérité pour ses accusateurs. Ils avaient tendu à Jésus un piège de péché, celui de la femme, au nom de leur vertu. Le piège s’est refermé sur eux, en piège de vertu au nom de leur péché. Encore que, s’en allant comme ça, ils reconnaissent implicitement qu’ils ne sont pas sans péché et que, peut-être, cet aveu implicite est déjà comme une chance possible de leur propre délivrance, un jour. Pourquoi pas ?

Pierre-Marie Hoog, s.j.

Pierre-Marie Hoog († 2007) est entré dans la Compagnie de Jésus à 17 ans. Il a été aumônier d’étudiants avant de devenir assistant national de CVX (Communauté de vie chrétienne). / Pour que vous croyiez, t. 1, Paris, Vie chrétienne, 2015, p. 151.


Dimanche 27 mars 2022

Tout n’est pas perdu !

Charles Péguy médite ici sur la parabole du fils prodigue.

Un homme avait deux fils. De toutes les paroles de Dieu, c’est celle qui a éveillé l’écho le plus profond.

C’est la seule que le pécheur n’a jamais fait taire dans son cœur.

Elle tient l’homme au cœur, en un point qu’elle sait, et ne le lâche pas. Elle n’a pas peur. Elle n’a pas honte. Et si loin qu’aille l’homme, cet homme qui se perd, en quelque pays, en quelque obscurité, loin du foyer, loin du cœur, et quelles que soient les ténèbres où il s’enfonce, les ténèbres qui voilent ses yeux, toujours une lueur veille, toujours une flamme veille, un point de flamme. Toujours une lumière veille qui ne sera jamais mise sous le boisseau. Toujours une lampe. Toujours un point de douleur cuit. Un homme avait deux fils. Un point qu’il connaît bien. Dans la fausse quiétude un point d’inquiétude, un point d’espérance.

Elle a pour ainsi dire et même réellement porté un défi au pécheur. Elle lui a dit : Partout où tu iras, j’irai. On verra bien. Avec moi tu n’auras pas la paix. Je ne te laisserai pas la paix. Et c’est vrai, et lui le sait bien. Et au fond il aime son persécuteur. Tout à fait au fond, très secrètement. Car tout à fait au fond, au fond de sa honte et de son péché il aime (mieux) ne pas avoir la paix. Cela le rassure un peu.

Un point douloureux demeure, un point de pensée, un point d’inquiétude. Un bourgeon d’espérance.

Une lueur ne s’éteindra point et c’est la Parabole troisième, la tierce parabole de l’espérance. Un homme avait deux fils.

Charles Péguy

Charles Péguy († 1914) est un des plus grands écrivains français du début du xxe siècle. Socialiste et dreyfusard, il se convertit au catholicisme et déploie une œuvre admirable que la guerre vient interrompre en 1914. / Le Porche du mystère de la deuxième vertu, in Œuvres complètes, vol. 5, Paris, NRF, 1916, p. 394-396.

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Le pardon du Père

Je me lèverai et j’irai vers mon père. Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s’écrie : Je me lèverai et j’irai vers mon père. D’où lui vient cet espoir, cette assurance. Cette confiance ? Du fait même qu’il s’agit de son père. « J’ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils ; mais lui n’a pas perdu celle de père. Il n’est point besoin d’un étranger pour intercéder auprès d’un père : c’est l’affection même de celui-ci qui intervient et qui supplie au plus profond de son cœur. Ses entrailles paternelles le pressent à engendrer de nouveau son fils par le pardon. Coupable, j’irai donc vers mon père. »

Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. À son rôle de juge il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, lui qui désire le retour du fils et non sa perte ~ Il se jeta à son cou et l’embrassa. Voilà comment le père juge et comment il corrige : il donne un baiser au lieu d’un châtiment. La force de l’amour ne tient pas compte du péché, et c’est pourquoi le Père remet d’un baiser la faute de son fils, il le couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu’elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur. Heureux ceux dont la faute est ainsi remise et le péché pardonné. Gardons-nous donc de nous éloigner d’un tel Père. La seule vue de ce Père suffit pour mettre en fuite le péché, pour éloigner la faute et pour repousser tout mal et toute tentation. Mais si nous nous sommes éloignés du Père, si nous avons dissipé tout son bien par une vie dissolue, s’il nous est arrivé de commettre quelque faute ou méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans fond de l’impiété et dans une ruine absolue, relevons-nous enfin et revenons à un tel Père, encouragés par un tel exemple.

Quand il le vit, il s’attendrit, courut se jeter à son cou et l’embrassa. Je le demande, quelle place y aurait-il ici pour le désespoir, quelle occasion pour une excuse ou pour un semblant de crainte ? À moins peut-être que la rencontre avec le Père ne nous fasse peur et que son baiser nous inspire de la crainte ; à moins peut-être que nous croyions que c’est pour prendre et se venger et non pour accueillir et pardonner que le Père vient et attire son enfant par la main, qu’il le serre contre son cœur et l’entoure de ses bras. Mais cette pensée destructrice de la vie, cette ennemie de notre salut est mise hors de combat par ce qui suit : Le Père dit à ses serviteurs : Mangeons et faisons liesse. Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et le voilà retrouvé. Après avoir entendu cela pouvons-nous encore retarder notre retour vers le Père ?

Homélie de saint Pierre Chrysologue 


Dimanche 20 mars 2022

Saisir sa chance

Combien de fois Jésus dit-il « encore un peu de temps » dans la conscience que ses jours sont comptés et que sa parole n’est pas entendue ? Et si le figuier représente les gardiens de la Loi qui n’entendent pas la parole de Jésus, alors ce délai apparaît comme une ouverture maintenue pour leur conversion. Mais la portée de la parabole est plus vaste : si elle a été proposée au bout des trois années de sa prédication, il faut la rapprocher de ce passage de l’Évangile où Jésus pleure sur Jérusalem qui n’a « pas reconnu le temps où elle a été visitée » (Lc 19, 44). Ainsi, cette histoire n’est pas là pour établir un rapport entre le péché et la souffrance, mais elle dit l’urgence de l’écoute de la Parole, dans le même sens que ce qui a été mentionné plus haut : « Vous le savez : si le maître de maison connaissait l’heure à laquelle le voleur va venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ignorez que le Fils de l’homme va venir » (Lc 12, 39-40). Reste donc au figuier à ne pas différer encore le temps de sa conversion en reconnaissant d’abord sa stérilité puis en acceptant que le sol soit remué jusqu’à ses racines, car c’est à cette profondeur que la conversion touche l’être humain.

Jean-Marie Ploux

Jean-Marie Ploux, prêtre de la Mission de France, est théologien. / Écoute la lumière. Une lecture des paraboles de Jésus, Salvator, 2021, p. 169-170.

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SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND SUR LA PASSION

Préparons-nous au pardon mutuel


Le Seigneur a dit : Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Il n’est donc pas permis à aucun chrétien de haïr qui que ce soit : personne ne peut être sauvé si ce n’est dans le pardon des péchés et, ceux que la sagesse du monde méprise, nous ne savons pas à quel point la grâce de l’Esprit peut leur donner du prix. Que le peuple de Dieu soit saint et qu’il soit bon : saint pour se détourner de ce qui est défendu, bon pour agir selon les commandements. Bien qu’il soit grand d’avoir une foi droite et une saine doctrine, et que soient digne de louange la sobriété, la douceur et la pureté, toutes ces vertus demeurent pourtant vaines sans la charité. Et on ne peut pas dire qu’une conduite excellente soit féconde si elle n’est pas engendrée par l’amour. ~

Que les croyants fassent donc la critique de leur propre état d’esprit et qu’ils examinent attentivement les sentiments intimes de leur cœur. S’ils trouvent au fond de leur conscience quelque fruit de la charité, qu’ils ne doutent pas que Dieu est en eux. Et pour devenir de plus en plus capables d’accueillir un hôte si grand, qu’ils persévèrent et grandissent dans la miséricorde par des actes. Si en effet l’amour est Dieu, la charité ne doit connaître nulle borne, car aucune limite ne peut enfermer la divinité.

Pour traduire en actes ce bien de la charité, mes frères, il est vrai que tous les temps sont bons ; et pourtant, les jours que nous vivons nous y exhortent particulièrement. Ceux qui désirent accueillir la Pâque du Seigneur avec la sainteté de l’esprit et du corps doivent s’efforcer avant tout d’acquérir cette grâce que contient la somme des vertus et couvre une multitude de péchés.

Sur le point donc de célébrer le plus grand de tous les mystères, celui où le sang de Jésus Christ a effacé nos iniquités, préparons tout d’abord le sacrifice de la miséricorde. Ce que la bonté de Dieu nous a donné, nous le rendrons ainsi à ceux qui nous ont offensés. Que les injures soient jetées dans l’oubli, que les fautes ignorent désormais la torture et que toutes les offenses soient libérées de la peur de la vengeance ! Que chacun sache bien que lui-même est pécheur et, pour recevoir le pardon, qu’il se réjouisse d’avoir trouvé à qui pardonner. Ainsi lorsque nous dirons, selon l’enseignement du Seigneur : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, nous ne douterons pas, en formulant notre prière, d’obtenir le pardon de Dieu. 


Dimanche 13 mars 2022

LE SOMMEIL ET LA GLOIRE

Voici le grand carême, la quarantaine pascale, l’invite au désert et au silence intérieur.
Qu’allons nous faire? Quelque oeuvre pie? Quelque action méritoire arrachée à la routine ou à l’insouciance? Vers quelle comptabilité allons nous entraîner notre mauvaise conscience? Et quelle image de Dieu allons nous convoquer pour croire qu’en deux ou trois recettes chacun peut expédier l’affaire?
Entrez dans la nuit, fils de la terre, comme Abraham le patriarche à qui l’Eternel montre le ciel de Chaldée, voûte immense constellée d’astres scintillants impossibles à dénombrer. Le silence des espaces infinis, l’intensité du ciel nocturne, tétanisaient le jeune Pascal dans les veilles de son Auvergne natale. Oui, le monde est grandiose et l’humain si petit! Mais revenons au père des croyants.
Abraham quitte la lointaine Our et ses temples à terrasses pour devenir nomade d’un périple sans trêve ni destination précise. Il commence sa longue marche sur une seule promesse, la descendance issue de lui, un grand peuple qui remplira le monde. D’où jaillit cette foi, cette sorte de folie à ébranler l’immobilité minérale du désert? L’Esprit de Dieu fait naître des pensées merveilleuses qui ensemencent la vie, là même où on ne voit qu’absence.

Sur la montagne ( est ce une image, est ce un vrai mont?), Jésus attire Pierre, Jacques et Jean. Pierre représente la force à venir qui fera autorité, Jacques sera la vigilance de l’être vrai, Jean sera l’âme contemplative apte à transcrire les visions séraphiques. Le Christ, soudain, la-haut, se révèle comme tel à leurs yeux « fatigués de sommeil ». Sa transfiguration fulgurante flanquée des apparitions de Moïse et d’Elie, la Loi et les Prophètes, instant d’éternité, indique le terme du voyage, la Gloire destin de tout enfant né homme de bonne volonté. Et les pécheurs me direz vous? Et les déficients de la vie? Rassurons nous, car tous en ont leur part et nous les premiers, mais la grande pitié des destinées humaines provoque la compassion divine, l’amour foisonnant de la Trinité sainte car « les projets de son coeur subsistent d’âge en âge » (psaume 32).

Ainsi, le carême est il un temps pour Dieu et un temps pour nous mêmes, un temps méditatif de grâce sur les mystères sacrés qui nous habitent, un temps où repenser l’harmonie aux devoirs fraternels, un temps, peut être bien opportun, où renouer avec les œuvres de la miséricorde.Sous l’étrange beauté des nocturnes terrestres se cache un autre monde, un Au-delà sans commencement ni fin, l’histoire sans fin…

Chanoine Jean-Jacques Launay

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Pour le bonheur et pour la gloire

Le Seigneur, après avoir annoncé sa Passion à ses disciples, les avait engagés à suivre sa Passion. Or, pour que quelqu’un marche avec assurance sur une route, il faut qu’il connaisse plus ou moins par avance le but du voyage, de même que l’archer ne lance pas bien la flèche s’il n’a pas vu la cible qu’il faut viser. C’est ainsi que Thomas disait : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas : comment pourrions-nous connaître le chemin ? » (Jn 14, 5). Et cela est particulièrement nécessaire quand la voie est difficile et escarpée, le trajet, pénible, et la fin, joyeuse.

Et c’est pourquoi il convenait qu’il montre à ses disciples sa gloire lumineuse, qui est sa transfiguration, à laquelle il configurera les siens, selon l’épître aux Philippiens : Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. Si bien que Bède déclare : « Il a pourvu dans sa bonté à ce que ses disciples, ayant goûté peu de temps la contemplation de la joie définitive, soient capables de supporter plus courageusement l’adversité. »

St Thomas d’Aquin

Thomas d’Aquin († 1274), théologien, membre de l’ordre dominicain, a enseigné à Paris, Rome et Naples. Canonisé en 1323, il a été proclamé docteur de l’Église en 1567. / Somme théologique, Tertia Pars, question 45, article 1, réponse.


Dimanche 27 février 2022

PASSER AU TAMIS

Nous poursuivons l’écoute du chapitre 6 de saint Luc et nous ne voyons pas  que les choses s’arrangent vraiment pour nous. En effet, Jésus, dans ses paraboles, emboîte allègrement le pas à ce sceptique de Ben Sira qui est un démolisseur de prétentions. Nous sommes donc destinés à passer au tamis, lequel, bien secoué par une main vigoureuse, ne conserve que les déchets… Ces détritus, ne nous le dissimulons pas, ne sont autres que ceux de nos propres vies !
On juge l’arbre à ses fruits, telle est la loi de l’agriculteur et, à en croire l’évangile, la loi de Dieu lui-même. Le temps est le grand niveleur des choses ainsi que le révélateur des combinaisons obscures. Et nous ne lui échappons pas malgré tous nos maquillages.
Nous rêvons parfois d’être des petits maîtres, sinon de grands , et nous oublions facilement qu’il n’y a qu’un seul Maître. Sans doute, ne sommes-nous pas assez fous pour croire qu’on puisse le dépasser, mais alors on se rabat si j’ose dire sur les confrères ou les voisins, et nous essayons de jouer devant eux ou contre eux notre petite comédie.
Jésus, bien sûr, n’est pas dupe de nos manigances et s’il nous laisse nous y épuiser, il nous attend au terme de notre route en vue de nous dire nos quatre vérités. La punition du tricheur sera sa honte face aux autres, moins les injustes comme lui que les saints et les braves qui auront sué sang et eau pour maintenir la vérité et la justice.
Aux pieds du Père éternel, accosté du Christ ressuscité, devant les justes nimbés de gloire et escortés par la foule des anges, à quoi ressemblerons-nous avec nos cœurs vides et nos yeux secs ? Qui pansera nos plaies d’amour égocentrique et nos paresseuses ignorances ? Il faudra bien, pour nous tirer de là, que des serviteurs bons s’en aillent puiser dans les trésors infinis de l’Eglise, les trésors des mérites des saints et ces trésors ont un nom inouï et merveilleux : la Miséricorde divine.

Chanoine Jean-Jacques Launay


Dimanche 13 février 2022

LEVANT LES YEUX SUR SES DISCIPLES

«  Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur. » dit le prophète Jérémie. Béni, certes, car cet homme considère celui qui, levant ses yeux sur ses disciples, leur énonce les sentences de son amour miséricordieux.

Que sont ces Béatitudes qui hantent la méditation évangélique de l’Eglise amoureuse de son Maître, sinon le regard même du Maître sur ces disciples bien-aimés?
La foi n’est pas seulement adhésion obéissante à la tradition religieuse ou accord intellectuel au credo dogmatique, elle est encore davantage alliance profonde de l’âme aux propos jaillis du cœur du Seigneur comme dit le psaume 32, verset 11:  » les projets de son cœur subsistent d’âge en âge ».
Ces projets sont des motions de paix, de justice et de bonheur. Toutes sont tournées vers l’homme et veulent répondre à ses besoins. Ce bon Maître n’ignore pas que ce monde ne soit souvent qu’une terre de tribulations et c’est pourquoi il clame heureux en puissance ceux qui souffrent présentement par la cruauté du monde enivré de péché. Mais, surtout, il proclame heureux tous ceux qui souffrent pour la vérité incarnée par le Maître, en vue de ce lendemain où, toute fantasmagorie diabolique cessante, le Fils de Dieu entrera à la vue de tous, ennemis ou adorateurs, dans la gloire éternelle de son Règne.
Alors, les bénis resplendiront comme les astres au firmament, Dieu sera tout en tous, tous jubileront dans la festivité céleste, dans ce royaume où la justice est immortelle…

Chanoine Jean-Jacques Launay

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Bonheur et béatitude

Est-ce de bonheur sans plus que [Jésus] nous parle ? Non, c’est de béatitude. Entre les deux, il y a plus qu’une nuance ou qu’une subtilité de vocabulaire : il y a un monde, un monde entier qui est Jésus Christ. Car nous savons bien courir au petit bonheur, mais nous désespérons, nous mourons à la fin, individuellement et collectivement, faute d’atteindre jamais la joie. C’est que le bonheur, le petit bonheur, ne sait guère grandir, tandis que la béatitude, dont la joie est un autre nom, est immense par nature ; elle seule est à notre mesure, parce qu’elle est à celle de Dieu et que nous avons été faits à la mesure de Dieu.

Si terre à terre qu’il se fasse pour nous, Jésus Christ n’est pas un démagogue et c’est un bonheur difficile qu’il nous propose. Au vrai, Jésus est un pédagogue, et en bon pédagogue, il commence par la fin. La fin, oui, la fin dernière seule béatifie, et cette fin n’est autre que le Christ lui-même. De droit divin en effet, Jésus peut tout confisquer, tout concentrer sur sa Personne.

Est-ce à dire que nos chers petits bonheurs deviennent caducs et que nous pourrons superbement les mépriser, voire les condamner ? Oh ! non pas. Jésus descend tout exprès les partager avec nous, comme les pains et les poissons, comme le vin de Cana ; il vient seulement les rendre relatifs, en même temps qu’il les charge de tout leur pesant, qu’il les eucharistie pour ainsi dire et qu’il laisse dans notre palais, sitôt que nous les avons goûtés, une sorte d’avant-goût qui nous inquiète et ne nous quitte plus.

François Cassingena-Trévedy, o.s.b., normalien, est moine de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé. Il enseigne à l’Institut supérieur de liturgie à Paris. / Sermons aux oiseaux, Ad Solem, 2009, p. 136.


Dimanche 6 février 2022

Une horreur sacrée

Prêtez bien attention, car la lecture des Écritures ouvre les cieux. L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé. As-tu vu la bienveillance de ce sage serviteur ? Il nous a directement introduits près du trône royal, sans nous y mener d’abord par de longs couloirs, mais à peine a-t-il ouvert les portes, qu’il nous a montré en face le roi sur son trône. Des séraphins, est-il dit, se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! » (Is 6, 2-3).

Vraiment il est saint, pour avoir jugé notre nature digne de si nombreux et si grands mystères et nous avoir fait communier à ces réalités ineffables. Une horreur sacrée, un tremblement me saisit au milieu de ce chant. Quoi d’étonnant qu’il en soit ainsi pour moi, un être de boue, né de la terre (cf. Jb 13, 11-12), quand les puissances d’en haut elles-mêmes sont continuellement saisies du plus grand effroi ? Voilà donc pourquoi elles détournent leurs regards et placent devant elles leurs ailes en guise de rempart, faute de pouvoir supporter les rayons qui émanent de là-bas.

St Jean Chrysostome ou « Bouche d’or » († 407), fut un des commentateurs les plus prolifiques des Écritures. / Homélies sur Ozias 2, 2, trad. J. Dumortier, Paris, Cerf, 1981, Sources Chrétiennes 277, p. 89-91.

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COMMENTAIRE DE SAINT AUGUSTIN SUR LA LETTRE AUX GALATES

« Vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce »


L’Apôtre écrit aux Galates afin de leur faire comprendre que la grâce a pour effet de les soustraire à la Loi. En effet, alors qu’on leur avait annoncé la grâce de l’Évangile, il y eut des hommes venus de la circoncision, quoique portant le nom de chrétiens, qui ne saisissaient pas encore l’efficacité bienfaisante de la grâce, et qui voulaient demeurer sous les obligations de la Loi. Cette Loi, Dieu l’avait imposée aux serviteurs non pas de la justice, mais du péché ; c’est-à-dire qu’il donnait une loi juste aux hommes injustes pour signaler leurs péchés, non pour les enlever.

En effet, les péchés ne sont enlevés que par la grâce de la foi agissant par la charité. Ces judaïsants voulaient soumettre aux obligations de la Loi les Galates déjà établis sous le régime de la grâce. Ils affirmaient que l’Évangile ne leur servirait de rien s’ils ne se faisaient pas circoncire et s’ils n’acceptaient pas les autres observances charnelles de la religion judaïque.

C’est pourquoi les Galates commençaient à suspecter l’Apôtre Paul, qui leur avait prêché l’Évangile, comme n’observant pas la discipline des autres Apôtres, qui obligeaient les païens à vivre selon la manière juive. L’Apôtre Pierre avait reculé devant le scandale suscité par de tels hommes, et il avait été conduit à simuler, comme s’il avait pensé lui aussi que l’Évangile ne servirait de rien aux païens, s’ils n’accomplissaient pas les obligations de la Loi. L’Apôtre Paul le détourne de cette simulation, comme il le dit dans cette lettre justement. Le même problème est abordé dans la lettre aux Romains. Cependant il semble que quelque chose intervient alors, qui règle cette dispute et apaise ce litige soulevé entre les croyants venus du judaïsme et les croyants originaires du paganisme. ~

Mais, dans la lettre aux Galates, Paul s’adresse à ceux qui avaient déjà été ébranlés par l’autorité des hommes venus du judaïsme, qui les contraignaient aux observances légales. Car les Galates avaient commencé à faire confiance aux judaïsants, comme si Paul n’avait pas prêché la vérité en refusant de les faire circoncire. Et c’est pourquoi il commence ainsi son exposé : Je trouve vraiment étonnant que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés à la gloire du Christ, et que vous passiez à un autre Évangile.

Par cette entrée en matière, il a brièvement présenté le problème en cause. Déjà, dans la salutation où il se dit Apôtre envoyé non par les hommes ni par un intermédiaire humain, — affirmation qu’on ne trouve dans aucune autre lettre —, il montre suffisamment que ses contradicteurs ne viennent pas de Dieu, mais des hommes. Il montre aussi qu’il ne doit pas être considéré comme inférieur aux autres Apôtres en ce qui concerne l’autorité du témoignage évangélique. Car il sait qu’il est Apôtre envoyé non par les hommes ou par un intermédiaire humain, mais par Jésus Christ et Dieu le Père.


Dimanche 30 janvier 2022

Le Christ est la semence qui croît en nous !

C’est aujourd’hui la mémoire de saint Thomas d’Aquin, qui évoque ici la graine de moutarde de l’Évangile de ce jour.

« La semence, c’est la parole de Dieu » (Lc 8, 11), et le Christ est le Verbe de Dieu. La propriété de la semence est qu’elle produit quelque chose de semblable à elle-même ; ainsi la semence du Verbe de Dieu produit-elle quelque chose de semblable à elle, car elle fait des dieux. C’est pourquoi Jean [dit] : Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jn 1, 12). Abraham est loué à cause de sa sainteté, et de même que le Christ est semence de Dieu selon l’Esprit, de même est-il descendant d’Abraham selon la chair, et c’est à Abraham que les promesses ont été adressées, ainsi qu’à sa descendance (Ga 3, 16). En ta postérité seront bénies toutes les nations (Gn 22, 18). Cette semence est donc bénie. De même que par la semence du Verbe de Dieu nous devenons fils de Dieu, de même par la semence d’Abraham nous sommes fils d’Abraham. Bénie soit la semence qui nous apporte la bénédiction !

De même, elle est semence vertueuse. Dans l’Évangile, elle est comparée à une graine de moutarde qui est la plus petite graine et produit un grand arbre dans les branches duquel les oiseaux du ciel se réfugient. Le Christ est une petite semence : il fut petit à la croix ; il a crû jusqu’à remplir le ciel et la terre. Il est monté aux cieux pour accomplir toute chose.

St Thomas d’Aquin († 1274), théologien, membre de l’ordre dominicain, a enseigné à Paris, Rome et Naples. Canonisé en 1323, il a été proclamé docteur de l’Église en 1567. / Sermon 16 Sermo Germinet terra, in Sermons traduits en français, dir. Jacques Ménard, Projet docteur angélique, 2005.

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Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

Évêque et docteur de l’Église

Sur le prophète Isaïe, 5, 5; PG 70, 1352-1353 (Delhougne, Homéliaire pour les dimanches et les grandes fêtes, coll. Mysteria; 4e dimanche TO C; trad. R. Pirlot; Éd. Brepols 1991, p. 394, rev.)

Pour « renouveler la face de la terre » (Ps 103,30)

Le Christ a voulu amener à lui le monde entier et conduire à Dieu le Père tous les habitants de la terre. Il a voulu rétablir toutes choses dans un état meilleur et renouveler, pour ainsi dire, la face de la terre. Voilà pourquoi, bien qu’il soit le Seigneur de l’univers, « il a pris la condition de serviteur » (Ph 2,7). Il a donc annoncé la bonne nouvelle aux pauvres, affirmant qu’il avait été envoyé dans ce but (Lc 4,18). Les pauvres, ou plutôt les gens que nous pouvons considérer comme pauvres, sont ceux qui souffrent d’être privés de tout bien, ceux qui « n’ont pas d’espérance et sont sans Dieu dans le monde » (Ep 2,12), comme dit l’Écriture. Ce sont, nous semble-t-il, les gens venus du paganisme et qui, enrichis de la foi dans le Christ, ont bénéficié de ce divin trésor : la proclamation qui apporte le salut. Par elle, ils sont devenus participants du Royaume des cieux et compagnons des saints, héritiers des réalités que l’homme ne peut comprendre ni exprimer — « ce que, d’après l’apôtre Paul, l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1Co 2,9). (…) Et les descendants d’Israël eux aussi avaient le cœur brisé, ils étaient pauvres et comme prisonniers, et remplis de ténèbres. (…) Le Christ est venu annoncer les bienfaits de son avènement précisément aux descendants d’Israël avant les autres, et proclamer en même temps l’année de grâce du Seigneur (Lc 4,19) et le jour de la récompense.


Dimanche 23 janvier 2022

Origène (v. 185-253)

prêtre et théologien

Homélies sur saint Luc, n°32, 2 ; SC 87 (trad. F. Fournier, P. Perichon; Éd. du Cerf 1962, p. 387-388, rev.)

« Cette parole de l’Écriture…, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »

Quand vous lisez : « Il enseignait dans leurs synagogues et tous célébraient ses louanges », prenez garde de n’estimer heureux que les auditeurs du Christ et de vous juger, vous, privés de son enseignement. Si l’Écriture est la vérité, Dieu n’a pas seulement parlé jadis dans les assemblées juives mais il parle aujourd’hui encore dans notre assemblée. Et non seulement ici, dans la nôtre, mais dans d’autres réunions et dans le monde entier Jésus enseigne et cherche des porte-parole pour transmettre son enseignement.

Priez pour qu’il me trouve à la fois disposé et apte à le chanter. De même que le Dieu tout-puissant, cherchant des prophètes au temps où la prophétie faisait défaut aux hommes, trouve par exemple Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, ainsi Jésus cherche des porte-parole pour transmettre sa parole, pour « enseigner les peuples dans leurs synagogues et être glorifié par tous ». Aujourd’hui Jésus est davantage « glorifié par tous » qu’au temps où il n’était connu que dans une seule province.


Par l’Écriture, un contact plus profond avec Jésus


Jésus referme le rouleau, le rend aux servants et s’assied. Tous tournent leurs regards vers lui et attendent son commentaire. Celui-ci est particulièrement bref et simple : « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »
Nous devons aussi penser à l’importance que l’Écriture doit avoir pour nous. Elle est notre principal moyen de connaître Jésus. Pour que nous puissions le rencontrer, l’Église nous a toujours proposé de lire des passages de l’Ancien Testament, surtout les prophéties qui se réfèrent à lui. Jésus lui-même, après sa résurrection, a donné à ses Apôtres la clé d’interprétation de l’Écriture comme le rapporte saint Luc dans le chapitre conclusif de son Évangile (cf. Lc 24, 27).
La parole de Dieu contient nombre de prophéties et de prédictions qui s’accomplissent et s’actualisent dans la personne de Jésus. Celui qui veut connaître Jésus doit lire l’Écriture. Saint Jérôme dit que l’ignorance de l’Écriture, c’est l’ignorance du Christ. Il est important pour nous tous de lire l’Écriture.
L’Église veut nous mettre en contact avec elle dans chacune des liturgies. Nous devons l’écouter avec attention, avec disponibilité. Les lectures qui nous sont proposées sont une nourriture spirituelle, une force pour aller de l’avant et une lumière qui guide notre chemin. Grâce à l’Écriture nous avons un contact plus profond avec Jésus, nous pouvons mieux le comprendre et, ainsi, nous laisser pleinement attirer par lui.

Card. Albert Vanhoye († 2021)

Jésuite français créé cardinal en 2006 par le pape Benoît XVI. Il fut professeur d’Écriture sainte et recteur de l’Institut biblique pontifical de Rome. / Lectures bibliques des dimanches année C, trad. François Dussaubat, Perpignan, Artège, 2012, p. 195-196.


Auteur :secretariat

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