Editorial de la semaine
Dimanche 7 juin 2026
» Vie reçue, vie donnée ! »
Dans le sillage de la Pentecôte, l’Église nous donne deux solennités pour découvrir ce que le don de l’Esprit saint nous permettra d’apprendre tout au long du temps ordinaire. Après une vie de communion à l’image de celle qui unit le Père et le Fils dans la puissance de l’Esprit saint, il s’agit de vivre intensément dans la présence du Seigneur. La liturgie de la messe insère chacun dans une symphonie de gestes, d’attitudes et de paroles qui initient à reconnaître et à vivre en sa présence. Cette éducation révèle la capacité de toute célébration à former en nous la vie de la foi, une vie de communion avec Dieu et avec les frères et sœurs.
Le 29 juin 2022, le pape François délivrait une lettre apostolique sur la liturgie, Desiderio desideravi. En s’appuyant sur les paroles de Jésus au cours de son ultime repas pascal, « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâques avec vous », le pape invitait à saisir l’intensité du mystère de la célébration eucharistique, qui conduit tous et chacun à découvrir la relation vivante avec le Christ dont elle est le sacrement. Tout y est affaire de vie. L’homme ne vit pas seulement de pain, il vit de rêves, de projets, de réussites et d’échecs, même si c’est parfois source de peine ou de douleurs. Dans son exode, il peut découvrir qu’il vit d’un autre qui ne cesse de l’attirer à lui. Tel le peuple d’Israël qui découvre ses limites et ses impasses, mais reçoit de Dieu une vraie nourriture qui lui fait traverser l’épreuve de l’exode et du désert pour entrer en Terre promise. Mais dans l’abondance retrouvée, se souviendra-t-il du don véritable qui l’a fait vivre ?
De même, Paul interroge la manière dont le saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur est reçu par chacun dans toute eucharistie. Nous souvenons-nous de sa puissance de transformation et de communion dont il est le sommet et la source ? Aussi, pour faire mémoire, Jésus offre un pain nouveau qui nourrit de la vie éternelle. Il n’est plus le pain d’un instant qui laisse encore sur sa faim, mais la seule vraie nourriture qui rassasie de vie. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Il fait entrer dans le dynamisme de la vie divine, de celle qui circule entre le Père et le Fils par l’Esprit de leur amour. Voilà pourquoi l’homme ne peut vivre seulement de pain, mais de tous ce qui vient de la bouche du Seigneur. En Jésus s’accomplit ainsi le désir infini de Dieu de nous introduire en sa communion éternelle. Il est le Pain vivant descendu du ciel. Cet unique Pain de vie est inséparablement parole de Dieu et pain et vin devenus le Corps et le Sang du Seigneur (Dei Verbum 21). Cette communion apparaît alors dans toute son intensité : charité et vie éternelle.
Dieu ne se cache pas donc dans une hostie, mais il y manifeste son identité : Deus caritas est, un amour vivant qui se donne sans cesse pour partager sa vie. Quand François d’Assise invite à contempler l’humilité du Christ qui se “cache sous un semblant de pain”, il veut mettre en lumière cette réciprocité inouïe à laquelle Dieu invite les hommes. En se rendant présent à nos yeux et à nos oreilles dans le geste eucharistique, le Christ offre à tous de se rendre pleinement présent à son Père. Il s’agit bien de « voir les biens éternels dans la terre des vivants » comme le chante la séquence ! Alors, en s’approchant de nous jusqu’à l’intime par le don de son Corps et de son Sang, Jésus rend capable de s’approcher de tous pour leur partager à notre tour cette vie reçue en plénitude.
Père Olivier Praud
1ère lecture : Dt 8, 2-3.14b-16a
2è lecture : 1 Co 10, 16-17
Evangile : Jn 6, 51-58