Editorial de la semaine
« Allons nous incliner, nous prosterner devant le Seigneur qui nous a faits ». Ps 95
Le Seigneur parlait à Moïse, face à face comme à un ami (Ex 33,11) et tout le peuple voyait la nuée (Ex 33,10). La singularité religieuse de Moïse s’inscrivit dans les mémoires. L’exercice de sa médiation religieuse ne le séparait pas du peuple de Dieu sinon de manière provisoire pour mieux le renvoyer vers lui. La révélation divine institue toujours de nouvelles relations avec les autres.
Il ne s’agissait pas d’extraire Moïse de la commune vocation humaine. Il devenait pour tous un signe de l’amour infini que le Seigneur manifestait jusqu’à se rendre accessible et même désirable. Destin individuel et collectif s’unissent pour exprimer l’unique éclat, l’unique attrait du Dieu créateur, « du Seigneur qui nous as faits. »
L’amitié du Seigneur se manifeste à travers notre fragilité humaine. Parvenu dans le désert de Tsin le premier mois, le peuple s’arrêta à Kadès. C’est là que Miriam mourut et fut enterrée. Moïse est éprouvé par ce deuil qui est suivi d’une mise à l’épreuve. Dans le désert, le peuple a soif. Il se souvient avec mélancolie de la période de servitude : alors il ne souffrait pas de la soif, oubliant un instant les désagréments de l’esclavage (Nb 20). Il ne cherchait pas dans la fidélité du Seigneur une issue. Le murmure et la récrimination du peuple étaient adressées à Moïse et à Aaron.
L’amitié du Seigneur façonne la personnalité de Moïse lui épargner certaines épreuves, des moments difficiles, des obstacles et des tempêtes qui se lèvent dans son existence comme dans celle de tout croyant (Mt 14, 25sq). Si Moïse conduit le peuple jusqu’à l’entrée de la terre de la promesse, il n’y entre pas car le chemin de la foi, de la fidélité au Seigneur se poursuit collectivement, là où s’arrête le pèlerinage individuel de Moïse en ce monde (Dt 34). Le lieu est incertain car il ne s’agit pas pour le peuple de faire acte de nostalgie en cultivant le « culte du grand homme disparu » mais de devenir jour après jour un peuple dédié au Seigneur, animé par l’Esprit-Saint (Nb 11,29 ; Ac 1,8 ; Mt 18,15 sq). Nul ne connaît l’emplacement de la tombe de Moïse car elle deviendrait un point focal au lieu d’avancer sur le chemin de la foi sur lequel le Seigneur se manifeste comme le Dieu de la vie. Inversement, si Marie-Madeleine connaît l’emplacement de la tombe de Jésus celui-ci n’y est plus, il est ressuscité (Jn 20,11-18).
Se prosterner devant le Seigneur est un geste spontané. Il exprime notre reconnaissance de l’amitié inattendue du Créateur à notre égard. Cette amitié alimente notre vie fraternelle jusqu’à nous permettre dans la foi de nous s’instruire les uns les autres (Rm 12,10). Ainsi se déjoue la tentation du murmure et du ressassement d’un passé imaginé, voire sublimé. Chaque jour se manifeste l’amitié du Seigneur lorsque nous commençons, écrit sainte Thérèse d’Avila (Livre de la vie ch 3), « à prendre goût aux relations religieuses qui s’instaurent entre nous lorsque nous « revêtons le Seigneur Jésus » (Rm 13,14), lorsque nous nous présentons devant lui en rendant grâce, lorsque nous l’acclamons avec des hymnes » (Ps 95,2).
Père Michel Esposito
1ère lecture : Ez 33, 7-9
2è lecture : Rm 13, 8-10
Evangile : Mt 18, 15-20