Editorial de la semaine
Dimanche 1er février 2026
6è Béatitude : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Mt 5,8)
« … Une telle promesse surpasse nos joies les plus raffinées : après ce bonheur, quel autre pourrions-nous désirer ? Ne les tenons-nous pas tous en celui que nous voyons ? Car dans l’Ecriture, voir n’est rien d’autre que posséder. Par exemple, « tu verras le bonheur de Jérusalem » (Ps 128, 5), où voir signifie partager. Et en disant : « l’impie disparaîtra et ne pourra voir la gloire du Seigneur » (Is 26, 11), le prophète marque par cette expression qu’il en sera totalement exclu.
Ainsi celui qui voit Dieu possède par cette vision tous les biens imaginables : une vie sans fin, une incorruptibilité perpétuelle, une joie inépuisable, une invincible puissance, un enchantement éternel, une lumière véritable, les douces paroles de l’esprit, une gloire incomparable, une allégresse jamais interrompue, tous les biens, enfin. Que cette béatitude nous offre donc de grandes et de belles espérances !
Mais, disions-nous, la vision de Dieu dépend de la pureté de nos cœurs. Me revoilà saisi de vertige. Eh quoi ? La pureté de mon cœur n’est-elle pas impossible, ne surpasse-t-elle pas mes forces ? […] Non. Pas plus que [Dieu] ne demande de voler aux animaux qu’il n’a pas pourvus d’ailes ; ni de vivre dans l’eau à ceux qu’il a destinés à habiter sur la terre. La Loi s’est adaptée en tous points aux capacités de ceux qui la reçoivent ; elle ne fait jamais violence à leur nature. De là nous concluons que cette béatitude non plus n’est pas une promesse illusoire. »
[Qu’est-ce que voir Dieu alors ?]« […] La santé est un bien pour la vie de l’homme. Mais le bonheur ne consiste pas à savoir ce qu’est la santé, mais à vivre sain. Car si tout en vantant la santé, je prends une nourriture indigeste, propre à gâter mes humeurs, quel bien tirerai-je de ces éloges, en butte à mes maladies ? Appliquons le même raisonnement à propos de Dieu. Le Seigneur dit que notre joie pour nous n’est pas d’entrevoir Dieu, mais de le posséder en nous-mêmes. Je ne crois pas que Dieu se livre face à face au regard de celui qui s’est purifié. Cette formule magnifique nous suggère peut-être ce qu’une autre parole exprime en termes plus clairs : « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » (Lc 17, 21). Par-là, nous apprenons qu’avec un cœur purifié de toute créature et de tout sentiment charnel, nous voyons dans notre propre beauté l’image de la nature divine. En cette brève formule, le Verbe lance un grandiose appel : « Vous qui aspirez à voir le Bien véritable, lorsqu’on vous dit que la grandeur de Dieu trône au-dessus des cieux, que sa gloire est inexprimable et sa beauté sans nom, que sa nature est infinie, ne tombez pas dans le désespoir, en pensant que vous ne pourrez contempler celui que vous cherchez. » Il est en toi, dans une certaine mesure, une aptitude à voir Dieu : […] en te créant, Dieu a enfermé en toi l’ombre de sa propre bonté, ainsi que l’on imprime le dessin d’un cachet dans la cire. Mais le péché a dissimulé l’empreinte de Dieu et ce bien est devenu sans profit, caché sous des voiles souillés. Effaces-tu, en vivant dans le bien, la tâche qui salit ton cœur ? Ta divine beauté resplendit de nouveau en toi.
Tu es comme une pièce de fer : sous la pierre à aiguiser, la rouille disparaît ; elle était noire, voilà qu’elle reflète l’éclat du soleil et brille à son tour. Comme elle, l’homme intérieur, le cœur, […] une fois débarrassé de la rouille qui tachait sa beauté, retrouvera l’image première et sera bon. Rien ne peut ressembler au bien sans être bon. Ainsi l’homme, en se regardant, verra en lui celui qu’il cherche… »
St Grégoire de Nysse, (6e homélie sur les Béatitudes, 2 ; 4)1ère lecture : So 2, 3 ; 3, 12-13 – 2è lecture : 1 Co 1, 26-31 – Evangile : Mt 5, 1-12a