Editorial de la semaine
« La paix de Dieu dépasse tout ce qu’on peut concevoir «
Le fils est rejeté par les vignerons (Mt 21,33-43). Et pourtant ce n’est pas dans l’évangile la fin d’un récit tragique car se profile l’horizon vers lequel ce récit nous conduit, celui de la passion avec en filigrane la place du ressuscité devenu la pierre angulaire d’un nouvel édifice spirituel, de « l’œuvre du Seigneur, de la merveille à nos yeux ».
Si la violence existe, si la tentation humaine de s’opposer à son Créateur survient, le Seigneur ne s’y résout pas car il est la source de la réconciliation de l’homme avec lui-même, avec son prochain, avec son Dieu. « La paix de Dieu dépasse tout ce que l’on peut concevoir ». Elle ne repose ni sur un traité signé d’une main et ignoré de l’autre, ni sur une bonne résolution abimée à l’aune des intérêts divergents des esprits humains.
La paix suppose un détour. Ce qui nous inquiète légitimement s’appréhende de bien des manières en ce monde. La foi ne fait pas disparaître la violence et la concupiscence par enchantement mais elle inscrit en nos cœurs une tout autre aspiration. Elle passe par bien plus qu’une seule conviction, par un engagement, celui de la prière à laquelle nous invite sainte Thérèse d’Avila : Que « rien ne te trouble, rien ne t’effraie ; tout passe, Dieu ne change pas. La patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ».
Sainte Thérèse a expérimenté de quelle manière la présence du Seigneur pouvait influencer nos pensées et transformer nos craintes. Ecrire le livre de sa vie n’a pas d’autre but que d’inviter ses lecteurs à faire de même. Une pensée ressassée pour elle-même enferme parfois notre esprit dans une impasse. Le détour par la prière est un chemin exigeant, moins par la difficulté de l’exercice, que par la constance qu’il suppose afin de permettre au Seigneur d’être si intime à nous-mêmes que nos pensées puisent en Lui une nouvelle orientation, une nouvelle mise en perspectives à laquelle nous ne parvenions pas par nos seules aptitudes humaines.
« Quelquefois, écrit sainte Thérèse d’Avila (ch 30 livre de sa vie) -ou du moins habituellement- je me trouvais soulagée dès que j’avais communié. Parfois même à l’instant où je recevais l’Eucharistie, je me sentais si bien pour l’âme et pour le corps, que j’étais dans l’étonnement. On aurait dit qu’en un instant toutes les ténèbres de mon âme se dissipaient. D’autres fois, une seule parole de notre Seigneur, par exemple : « ne t’afflige pas, ne crains pas » me rendait un calme aussi parfait que si je n’avais souffert de rien ».
Un auteur spirituel français traduit aux Etats Unis intitulé « Vivre la présence de Dieu » de frère Laurent, inspiré comme sainte Thérèse d’Avila par la spiritualité du Carmel au XVII° siècle, vient de reparaître en France depuis que le pape Leon XIV en a parlé comme un livre majeur de son inspiration. Ce livre dit-il, « décrit un type de prière et de spiritualité où l’on offre simplement sa vie au Seigneur et où l’on se laisse guider par le Seigneur. Le chemin que nous montre Frère Laurent est à la fois simple et ardu : il ne requiert rien de plus qu’un souvenir constant de Dieu, par de petits actes continus de louange, de prière, de supplication et d’adoration, dans chaque action et chaque pensée, en ayant Dieu seul comme horizon, source et fin ».
Père Michel Esposito, curé
1ère lecture : Is 5, 1-7
2è lecture : Ph 4, 6-9
Evangile : Mt 21, 33-43